Complètement pété

Avis sur Bullets of justice

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Vous allez une fois de plus vous dire à la lecture du scénario : « Qu’est-ce que c’est que cette bouse qu’il nous a encore dénichée… On s’en fout de tes films pourris Cherycok ». Dans un sens, vous auriez raison. Mais il ne faut pas avoir peur d’être curieux. Il ne faut pas avoir peur de sortir des sentiers battus. Et il ne faut pas avoir peur du réalisateur bulgare Valeri Milev. Oui, je sais, vous ne savez pas qui c’est et vous vous en tamponnez le coquillard. Et pourtant, si vous lisez DarkSideReviews, vous êtes déjà tombé sur tous les autres films de sa filmographie, pas tous forcément bons, il faut l’avouer. Après avoir tenté sa chance aux States avec le moyen mais néanmoins sympathique Code Red (2013) puis le foireux Détour Mortel 6 (2014) et enfin la très chouette série B Re-Kill (2015) avec Scott Adkins, il repart dans son pays d’origine, la Bulgarie, où il va chercher des fonds pour son nouveau projet complètement fou. C’est ainsi que nait Bullets of Justice, co-production entre la Bulgarie et le Kazakhstan, un film complètement pété du début à la fin sur lequel je me suis amusé comme un petit fou !

Après avoir tourné durant une bonne année dans divers festivals (Frightfest, Obscura Film Festival Berlin, Morbido Film Fest, …), Bullets of Justice commence à sortir un peu partout dans le monde, arborant fièrement une affiche permettant d’un seul coup d’œil de savoir à quel genre de film on va avoir affaire : une bobine qui va partir dans le n’importe quoi. Clairement, on va en avoir pour son argent tant le spectacle qui nous est proposé est complètement barré, avec un réalisateur qui semble aux anges de pouvoir faire ce qu’il a envie sans aucune contrainte. Un film à voir au second degré car c’est ainsi qu’il a semble-t-il été pensé. On va y croiser des hommes cochons en jetpack armés de deux sulfateuses et qui ont dans leur sac un nain armé jusqu’aux dents : des enfants qui chevauchent des cochons ; une femme cochon (la sainte mère) qui ingurgite 500kg de viande humaine tous les jours ; un héros qui trouve qu’il a le plus beau cul du monde et qui tire des coups avec sa sœur ; ladite sœur qui est une femme à moustache depuis sa plus tendre enfance ; un méchant avec un trou du cul en guise de bouche, qui s’appelle Asshole (Trouduc), qui parle en pétant et qui a une paire de couilles sous le menton ; des robots ; des super pouvoirs ; un sosie du footballeur Cristiano Ronaldo ; des voyages dans le temps ; un grand méchant qui se balade en demi-slip et qui a tout le temps du vent dans les cheveux parce qu’il le vaut bien … Et la liste est encore longue, très longue ! Bullets of Justice est un film qui fourmille d’idées toutes plus nawak les unes que les autres avec, au milieu de tout ça, un Danny Trejo venu se perdre là-dedans, histoire d’encaisser son petit chèque. Temps de présence à l’écran : 2 minutes, mais il est malgré tout en gros sur l’affiche car il parait que c’est vendeur. Il se la joue Hamlet, un crâne à la main, et il déblatère des punchlines. Voilà, il est content, on ne lui demandait rien de plus. Si avec ça je n’ai pas donné envie aux plus aventuriers d’entre vous, c’est que vous ne savez pas apprécier les petits plaisirs simples de la vie. Car oui, le cinéma est certes un art, mais c’est aussi (et surtout pour moi) un divertissement. J’ai été servi.

Il est clair qu’on sent très vite les limites du faible budget de 1.2M$US qui a été alloué au film, avec des effets spéciaux pas toujours au point et d’autres bien kitchos (OMFG les fonds verts). C’est également problématique au niveau des acteurs, pas toujours à l’aise avec l’anglais et, par conséquence, pas à l’aise également avec leur jeu. On notera également un montage pas toujours au point, avec parfois des scènes un peu coupées à la sauvage, et d’autres, à l’inverse, qui s’étirent beaucoup trop (le nain qui ouvre son sac à dos). Mais on sent réellement chez Valeri Milev, réalisateur et scénariste du film, et Timur Turisbekov, scénariste, producteur, compositeur et acteur principal, une réelle envie de créer un univers complètement fou. Le côté post-apo est très bien rendu, avec des décors bien sympathiques et un côté assez craspec par moments, et on a parfois l’impression d’évoluer dans une BD/Manga complètement foldingue. L’action est bien nerveuse, lisible, et l’ensemble est bien badass, hautement improbable et hautement généreux. La mise en scène est énergique, plutôt bien troussée, bien que l’ultra désaturation de l’image pourra finir par lasser. Mais certains plans sont tellement improbables et nawak qu’il est difficile de ne pas prendre des fous rires. Valeri Milev et Timur Turisbekov semblent parfaitement conscients de ce qu’ils sont en train de faire, et le film lorgne même vers le faux nanar assumé du début à la fin. Beaucoup d’humour, parfois un peu con, des références rigolotes (Rambo par exemple), de la nudité frontale avec du plan cul, du plan boobs, du plan zguègue, histoire de contenter l’amateur(trice) des belles choses, un combat de fin volontairement ridicule, et surtout, une scène finale à l’image du film, complètement pétée, point d’orgue d’une bobine de 1h19 qui semble dire « je vous emmerde et j’assume ». Car en y réfléchissant, est-ce que ce joyeux bordel ne serait pas un gros fuck à notre monde de surconsommation ? Où les gens agissent comme des porcs, disent constamment de la merde ? Ou une métaphore du cinéma hollywoodien auquel le réalisateur s’est frotté ? Avec ses résistants qui seraient les films indépendants, et ces cochons mutants, Hollywood, qui abreuvent la sainte mère (le public) d’humain gras et sales (les blockbusters) ? Je vais sans doute trop loin, mais je suis certain qu’il y a du vrai là-dedans.

Vous l’aurez compris, Bullets of Justice est une série B à tendance Z complètement nawak, bancale sur bien des points, mais tellement généreuse et pétée qu’il est difficile pour un amateur de bisserie de rester insensible. Complètement con, mais surtout complètement fun.

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