La cité des enfants perdus

Avis sur Ça

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La nouvelle adaptation cinématographique des romans de Stephen King, Ça joue avec les peurs : celle de la cave mal éclairée, de la maison abandonnée, des égouts où l'on n'a pas envie d'aller, du clown cet autre figure de l'inconnu qu'il ne faut pas suivre ni écouter. Les vaincre c'est s'affirmer. En selle les jeunes !

"Ça" s'en va et "Ça" revient...

Les villes ont leur part de mystère, d'endroits où il ne fait pas forcément bon traîner. Á Derry, il y a quelque chose de différent. Une ambiance qui rend mal à l'aise, qui colle à la peau des enfants. Il y a des morts, des disparitions. Cela dure depuis longtemps et pourtant tout se passe comme si de rien n'était. Un enfant disparaît et prend dans les têtes la place de celui qui avait disparu auparavant. La police ne semble pas s'affairer. En cette fin des années 1980 les vacances d'été s'annoncent "inoubliables" pour les "ratés" (une fille, six garçons), bande de copains qui ont en commun d'être en marge et de se faire taper dessus par les "durs" du coin.

Ça c'est d'abord un film sur l'adolescence, la difficulté à communiquer avec sa famille, d'avoir des parents étouffants, un peu trop proches... Les monstres sont partout (famille, école, etc.). Rien ne vaut les amis, surtout quand les enfants sont les seuls à voir les manifestations de ça... cet amas de pulsions, cet inconscient de Derry qui, de manière cyclique, mange des enfants avant de piquer un roupillon. Mais voilà que son garde-manger se révolte ! ça se nourrit de la chair et de la peur des enfants et voilà que la bande des sept se met à le traquer.

Il en découle une atmosphère que le film transmet bien. On a le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond : des regards deviennent vides, des têtes qui se tournent, comme si rien ne se passait ; des moments où le surnaturel surgit dans le quotidien pour en disparaître quelques secondes plus tard. Jeu de lumières, folie passagère, ça a quelque chose d'hypnotique qui contamine les habitants et dont le club des sept va devoir s'occuper s'il ne veut pas s'ajouter à la liste des enfants disparus et jamais retrouvés. Coups de pédales et investigations dans quelques coins peu ragoûtants ne seront pas de trop pour trouver la piste du clown.

Qu'est-ce que tu fais pour les vacances ?

Les vacances arrivant, les "ratés" vont pouvoir se constituer, intégrer (rapidement) les nouveaux (Beverly et Mike), partager leurs expériences de ça (car le clown prend différentes formes pour mieux exploiter les peurs de ses proies) et remporter la première manche face à lui. Un serment sera fait (où ce n'est pas Stan qui tient le morceau de verre... moyen de donner plus d'importance au personnage de Bill qui partage davantage la lumière avec Beverly ?) pour revenir sur les lieux si jamais le clown refait parler de lui. Un serment nécessaire car l'oubli est l'autre grand ennemi.

Le rythme du film permet d'entretenir une certaine tension. En tant qu'adaptation, il retire plusieurs passages des romans. L'intrigue peut donc avancer sans à-coups. Compiler a parfois du bon. Idem pour le personnage de Ritchie, qui, s'il est parfois un peu "relou" avec ses réflexions est quand même bien moins insupportable que dans les livres. Par contrecoup cela retire au film certains passages qui illustraient la construction de l'amitié entre les enfants.

Toutefois, et cela doit être souligné, d'une part le film évite les répliques superflues qui polluent bon nombre de productions et, d'autre part, les enfants sont vraiment des enfants : leur âge réel correspond quasiment à l'âge qu'ils ont dans le film. Mine de rien, cela permet de mieux s'impliquer dans ce que l'on voit : des enfants qui doivent se débrouiller seuls et qui ont aussi leurs sens en éveil... Par certains aspects, ces enfants qui luttent contre l'horreur me font penser à ceux que l'on retrouve dans les récits de Kazuo Umezz.

Les ballons rouges qui flottent

Si le film sélectionne certains passages des romans, il opère aussi certaines modifications concernant des situations familiales, le déroulement de l'intrigue, rajoute des scènes, des morts, etc. Ces réagencements ne nuisent pas à l'univers et, si on peut trouver certains passages un peu rapides, Ça n'oublie pas de se "rattraper" en glissant des références à l'œuvre de Stephen King tant de manière visuelle (le géant, le frigo...) qu'à travers les dialogues (bip-bip). Il y a une certaine élégance, que l'on retrouve aussi dans la distance que peut prendre le film par rapport à certaines insistances des romans (notamment autour de Beverly). Un bon point supplémentaire surtout que le film se déroulant à la fin des années 1980 (alors que les romans débutent en 1957) quelques références à cette période sont de la partie (Street Fighter !).

Pour autant on pourra regretter certains passages où un certain manque de cohérence apparaît. Certes qu'il y ait de l'incohérence n'est pas gênant en soi (l'être humain est incohérent !) mais c'est parfois la juxtaposition des scènes qui fait quelque peu tilter le spectateur. Ainsi de Bill qui rappelle aux autres qu'il faut rester groupé pour affronter ça, ne pas se disperser... alors qu'à la première occasion il fausse compagnie à ses amis. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais : Bill était bien fait pour être leur chef. On pourra aussi s'interroger sur le pourquoi ça n'a pas tué Stan alors que cela semblait aisé au possible... ou encore sur le "bisou magique" de Ben.

La difficulté principale se joue pourtant ailleurs, du côté de Grippe-Sou le clown. Si la figure du clown est ancrée dans l'imaginaire américain comme une figure menaçante il a néanmoins un côté trop "propre sur lui". Les truquages utilisés (maquillage, images de synthèse) le sont à bon escient mais les différentes figures du monstre ne sont pas assez sales. Elles manquent de ce côté puant, grouillant, repoussant et restent un peu en-deçà. Grippe-sou partage cette condition avec Silver, le vélo de Bill, bien moins impressionnant que sa description dans les romans.

Dans les égouts, vous les entendrez crier...

Alors que l'adaptation de la Tour Sombre peut être jugée très décevante, ce premier chapitre de Ça s'en sort beaucoup mieux en proposant une relecture de l'œuvre de Stephen King qui mêle habilement les lignes de force des romans pour baliser la route ce qui n'interdit pas quelques sorties maîtrisées. Les scénaristes (Chase Palmer, Cary Joji Fukunaga et Gary Dauberman) n'ont pas démérité. Il demeure certaines faiblesses mais Andrés Muschietti livre un travail qui a une couleur, une odeur bref, qui n'est pas fade. On ne s'en plaindra pas.

Avis illustré avec un clown, des enfants et un ballon rouge par ici.

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