Coulrophobia

Avis sur Ça

Avatar Billy Joe
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Les remakes sont à la mode, "on" refait des jeux vidéo, on "refait" des films, bientôt peut-être, on réécrira des livres, qui sait, à croire qu'"on" a plus de nouvelles idées. Assurément, le cinéma est en tête de liste dans cet exercice, et on tremble toujours à l'idée de se taper, un jour, un remake de Retour vers le Futur ou de Gremlins.
En attendant, concernant It, on est quand même sur un cas un peu particulier. Il y a bien sûr le double roman de Stephen King, sorti en 86, et demeurant une des plus grandes références de l'auteur. Et puis il y a aussi le fameux téléfilm, sorti seulement 4 ans plus tard, signé Tommy Lee Wallace.
Rares sont les trentenaires/quarantenaires qui ne gardent pas un souvenir traumatique de ces 3h15, qu'M6 se plaisait à diffuser à peu près tous les ans durant les années 90. Une adaptation devenue probablement aussi connue, si ce n'est plus, que le roman d'origine.

Annoncé depuis longtemps mais victime du gestation chaotique, la réalisation de It s'est finalement vue confiée à Andrés Muschietti, à qui l'on doit seulement le correct, mais oubliable, Mama.
Premier point important, It version 2017, sera lui aussi en deux parties. Une consacrée aux héros encore enfants, et une seconde, 27 ans plus tard, alors qu'ils ont 40 ans.
Néanmoins, si Stephen King avait écrit le chapitre consacré aux enfants avec pour cadre les années 50, en hommage à sa propre enfance, ce nouveau film prend place, lui, à la fin des années 80. Bah oui ma bonne dame, les années 80 sont à la mode, et on ne peut pas en dire autant des années 50.
Si le choix est évidemment opportuniste, il faut bien reconnaître que ça n'en est pas moins sympathique, que le film fonctionne très bien comme ça également et que ça parlera davantage au public visé.

Hormis son cadre, It version 2017 vit également avec son temps sur d'autres points. Il cherche à faire peur, mais pas de la même manière que King et Wallace. Nettement moins viscéral et malsain, le film de Muschietti propose une approche clairement plus frontale. Dans l'ensemble, là aussi, le résultat demeure convaincant et les moins initiés d'entre vous risquent de vivre quelques moments crispants. On regrettera néanmoins que parfois, le réalisateur enchaîne trop les scènes effrayantes en oubliant qu'il a une histoire à nous raconter, à tel point qu'à un moment, on frôle l'overdose. D'autant que les mécanismes sont connus, vus et revus dans les productions de teen movie horrifiques des années 2010. Les habitués du genre n'en feront donc pas des cauchemars, contrairement aux enfants qu'ils étaient dans les 90, après avoir vu le téléfilm de Wallace.

Au-delà, la force de cette version de It restera surtout la capacité du réalisateur à avoir su créer une vraie osmose autour de la bande de gamins. Ces malheureux, confrontés à une entité aussi effrayante que mystérieuse, comprennent vite qu'ils sont seuls face à la menace. Les adultes et les autorités semblent vouloir ignorer la situation, peut-être parce qu'ils connaissent le prix à payer des apparitions cycliques de Pennywise...
Toujours est-il que cette petite bande de copains est attachante, comme dans tous ces bons vieux films des années 80, où l'on frémissait en s'imaginant à la place de gamins de notre âge devant faire face aux pires dangers.
On pouvait s'interroger sur l'intérêt d'intégrer Finn Wolfhard au casting, lui qui joue déjà un rôle que l'on pouvait supposer similaire dans la série Stranger Things (elle même très marquée 80's), mais son personnage est finalement suffisamment différent pour qu'on ait pas la désagréable impression qu'il fasse du Stranger Things dans It. La jolie Sophia Lillis n'est pas loin de crever l'écran, et le reste de la bande s'en sort également largement avec les honneurs. Seul Jaeden Lieberher - qui ressemble d'ailleurs étonnamment à Daniel Radcliffe à l'époque du premier Harry Potter- peine à convaincre dans son rôle de bègue.

Un peu inégal en terme de narration, It 2017 fait également le choix regrettable de consacrer un peu trop de temps aux scènes "d'horreur" au détriment du background de ses personnages, souvent survolé.
Proposant une version un peu édulcorée du livre et du téléfilm, l'oeuvre d'Andrés Muschietti surfe néanmoins avec un certain brio sur le revival 80's.
Au final, on a donc droit à 2h15 d'un film bien rythmé, attachant et doté d'un humour assez bien senti, qui vient donner un peu de respiration à l'ensemble.
Ce Pennywise là, ne viendra probablement pas hanter vos nuits, mais à défaut, on tient un film d'épouvante plutôt inspiré qu'il ne vaut mieux pas trop chercher à comparer coûte que coûte aux œuvres d'origine.
Si le chapitre 2 est de la même trempe, on pourra dire que le contrat aura été rempli.

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