ÇA: on a tous eu une enfance difficile.

Avis sur Ça

Avatar Wynner92
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Ça est il un film d'horreur? C'est la question qui m'a assaillie des heures après la séance. Je ne crois pas avoir trouvé de réponse exacte pour définir l'oeuvre proposée par Andrès Muschietti. Je suppose qu'il n'y en a pas, le réalisateur proposant à chacun la liberté de mettre un adjectif sur le livre culte de Stephen King. Très différent du téléfilm de 1990, Ça version 2017 nous livre une allégorie quasi-horrifique non exempte de défauts mais terriblement attachante. C'est mieux ainsi.

Ne vous focalisez sur Mr Pennywise, laissez le clown de côté. Le spectacle proposé est une gigantesque échelle intergénérationnelle. Les plus petits prendront l'échelle du bas et barreaux par barreaux découvriront un méchant clown mangeur d'enfants, une chouette bande de copains et un sentiment d'incompréhension. Les plus grands glisseront jusqu'en bas pour se replonger dans les années 80, hausseront les sourcils face au burlesque d'un clown pas si effrayant mais se délecteront des clins d'oeil offerts par les scénaristes. Les Goonies au pays de Grippe-sou? Le film assume complètement sa part rétro, ses montages à la Star Wars, son humour teenage insolent et bien sûr les vélos façon E.T.

L'enfance. Le thème principal du film est la jeunesse et ses souffrances, aucun doute là-dessus. Il y a une part de notre propre passé dans chacun des protagonistes. On a tous connu le pote en surpoids, le rigolo de service, la petite beauté qui émoustille nos premiers sens d'ados. La peur aussi. Le monstre sous le lit. Les grands qui vous persécutent. La maison abandonnée signe d'un rite d'initiation. On sent l'iode de l'inconscience durant une bonne moitié du film avant que le difficile passage à l'adolescence ne s'opère. Le clown n'est pas le grand méchant, ce sont les adultes ou plutôt l'abandon généré par les adultes dans une ville malade, pervertie, où seule l'innocence et le courage pourra triompher du mal. Chaque plan mettant en scène un parent est bancal comme pour souligner la solitude de ces aventuriers en herbe face à la sauvagerie brute.

Sur le plan esthétique rien à redire. La Warner a fait un choix judicieux en confiant son bébé au réalisateur espagnol. Cadre travaillé, lumière aux petits oignons, direction d'acteurs époustouflante... Mais les effets numériques ne sont pas magnifiques et on peut parfois pester sur l'impression de tranquillité voire de lenteur qui se dégage du film. Muschietti a pris le parti de respecter l'oeuvre originale du mieux possible au détriment des jump scare et autres artifices de l'épouvante. Le design du clown est génial mais la peur qu'il inspire est relative. C'est la réflexion sur la peur que Muschietti veut souligner. Un brin dommage car on aurait aimé sursauter un poil plus. La fameuse scène d'introduction est réussie mais elle ne reflète pas l'entièreté du tableau. On marche collé au scénario, un brin asphyxié. La fin qui devait servir d'apothéose divisera les fans.

Après 2H15 d'image on sort de la salle, déboussolé. Qu'a-t-on vraiment éprouvé? On marche, on cherche. Cela nous titille. On plonge alors dans ses souvenirs et on se rappelle: la bande de losers, ces sept formidables comédiens, c'étaient nous. C'était l'ami avec qui tu as visionné le film, le voisin inconnu qui a mangé du pop-corn sur ta droite. Ça est une composition multiple, un torrent d'émotion qui fera des déçus et des heureux. Mais indubitablement elle nous rapproche les uns des autres. On reviendra dans cette salle pour voir la seconde partie. Adulte.

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