Ça s’en va et ça revient

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Coïncidence ou non, cette nouvelle adaptation de l’œuvre culte de Stephen King sort 27 ans après la première pour la télévision, soit exactement le même lapse de temps que celui laissé par l’entité maléfique surnommée « ça », entre sa disparition et son éternel retour dans la ville de Derry.

Bien que son réalisateur Andy Muschietti ait souhaité moderniser l’histoire en transposant la période des années 50 aux années 80, il a su rester très respectueux par rapport à l’œuvre originale, malgré les quelques libertés prises.

Si l’on a beaucoup reproché au téléfilm de 1990 son aspect trop édulcoré, le Ça de 2017 use peu de filtres lorsqu’il s’agit de représenter la violence à l’écran. Pour preuve l’éprouvante scène d’ouverture, fidèle à la virgule près au début du livre, dont la cruauté annonce d’emblée la couleur.

Sur le caractère horrifique, ce premier volet se veut plus angoissant que réellement terrifiant. En effet, « ça » peut frapper quasiment n’importe où (tant que les adultes sont loin), n’importe quand et sous n’importe quelle forme, pourvu qu’elle soit effrayante pour des enfants.

Exploitant au maximum cette idée, Andy Muschietti déploie des trésors d’ingéniosité en termes de mise en scène, chaque apparition de « ça » devenant une expérience inédite et inattendue. Le spectateur se retrouve ainsi plongé dans un état d’angoisse permanent, s’attendant à voir surgir « ça » à tout moment, mais ne sachant jamais de quelle manière le réalisateur va le surprendre.

Au-delà de l’aspect épouvante, l’une des grandes forces du film réside dans son casting et dans sa remarquable galerie de personnages. Chaque membre du « club des ratés » s’avère formidablement bien écrit et interprété. Les héros ne sont en effet jamais présentés de manière caricaturale sous prétexte qu’il ne s’agit que d’enfants.

Ceux-ci parlent donc comme de vrais gamins, c’est-à-dire avec un langage souvent cru (l’inénarrable Richie remporte la palme à ce niveau-là !) et les différents tourments et émois de l’adolescence sont traités de front. Chaque personnage présente ses propres failles et est confronté à ses propres démons (au sens propre comme au sens figuré), mais les adultes ne leur apportent absolument aucune aide. Bien au contraire, ceux-ci se révèlent parfois tout aussi menaçants et traumatisants que le clown lui-même.

Au niveau visuel, ce deuxième long métrage de Andy Muschietti réalise des prouesses. Assumant complètement son aspect grand guignol (qui est aussi une composante essentielle du livre), Ça nous délivre une série de véritables tableaux et de visions infernales, imprimant la rétine de manière indélébile.

On pourra tout de même lui reprocher d’abuser par moments d’effets sonores pour surligner le caractère effrayant de certaines scènes. L’impressionnant travail réalisé sur le cadrage, le découpage et les éclairages ne nécessitant pas forcément l’utilisation de jump scares, devenus trop systématiques dans le cinéma d’horreur actuel.

Si les lecteurs du King pourront éventuellement regretter que la mythologie de « ça » ne soit qu’assez peu creusée, les références faites à la tortue (à moins qu’il ne s’agisse que de simples clins d’œil) peuvent laisser espérer que le chapitre 2 pourrait explorer les origines du monstre et même se rapprocher du caractère mystique de certains passages du livre.

Après avoir vibré pendant deux heures en compagnie de cette attachante bande de gamins, on est presque triste de devoir les abandonner. On ne peut qu’attendre avec impatience la suite, qui devrait logiquement proposer un traitement plus mature de la peur et qui laisse présager, 27 ans plus tard, des retrouvailles aussi émouvantes qu’inoubliables.

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