Far from the madding clown

Avis sur Ça

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Dans la commune de Derry, des enfants se mettent à disparaître de manière inexplicable. Un groupe d’adolescents se met à enquêter. Ils vont se retrouver confrontés à une force maléfique qu’ils n’auraient jamais pu concevoir...

Ça n’est un secret pour personne : Stephen King n’a pour ainsi dire jamais eu de chance avec le cinéma. Effectivement, ses adaptations n’ont donné que des œuvres paresseuses (le Shining raté de Kubrick, le décevant Fenêtre secrète de David Koepp...), sauf quelques exceptions (Les Evadés, La Ligne verte). C’est dire que l’on attendait au tournant le film d’Andres Muschietti, précédé chez nous par la réputation excessivement flatteuse que lui ont attribué les critiques et le public américains. On l’attendait d’autant plus que jusqu’ici, on n’avait eu qu’un téléfilm sympathique mais inégal à se mettre sous la dent en guise d’adaptation de Ça.
Malheureusement, en ce qui concerne la première moitié de l’histoire, il y a fort à parier que le téléfilm de Tommy Lee Wallace ne reste une référence en la matière. De fait, le manque de budget de cette précédente adaptation était étonnamment ce qui faisait sa force, lui permettant une sobriété remarquable et créant ainsi une angoisse sourde chez son spectateur. En outre, l’excellente prestation de Tim Curry marqua bien des mémoires par la capacité de l’acteur à rendre son personnage drôle et menaçant en même temps. Or, un faible budget et Tim Curry sont précisément ce qui manque à Andres Muschietti pour réussir son film. En ce qui concerne le budget, ce ne serait pas grave si le réalisateur ne profitait de ses moyens pour briser toute suggestion, tentant de forcer son spectateur à avoir peur par une succession de jumpscares tous déjà vus ailleurs et souvent prévisibles. En ce qui concerne la prestation de Bill Skarsgard, on ne peut clairement pas la qualifier de mauvaise, elle est même plutôt bonne quoique rarement glaçante. Pourtant, il lui manque la cruelle ambiguïté d’un Tim Curry, qui rendait son personnage presque sympathique par moments - et donc d’autant plus menaçant le reste du temps -, là où Skarsgård n’en fait qu’un monstre vicieux dont on se demande comment il peut inspirer la moindre confiance chez des enfants dotés d’un brin de bon sens. Ainsi, la scène culte de Georgie trouve ici une traduction à l’écran tout-à-fait réussie (celle de 1990 ne l’était pas moins), mais elle se voit gâchée par l’inévitable descente à la cave qui la précède, montrant Georgie comme une âme extrêmement sensible, ce qui n’aide pas à comprendre pourquoi il discute tranquillement la minute d’après avec un clown monstrueux qui se cache dans les égouts...
Dès cette première apparition de Grippe-Sou, le spectateur comprend donc en même temps que Georgie qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur et qu’il n’a pas trop à s’en faire pour le reste du film, si ce n’est les quelques sursauts d’usages imposés par une mise en scène pas assez subtile. Cette dernière n’en est pas moins très élégante, et contribue pour beaucoup à l’ambiance du film qui, malgré son terrible manque d’effroi, n’en est pas moins une belle réussite. Elle est d’ailleurs aidée en cela par la bande originale à la fois légère et pesante, délicate et mystérieuse, signée Benjamin Wallfisch, rejeton de Zimmer qui marche sur les traces d’un Danny Elfman, et qui réitère ici son coup de maître de A Cure for life, pour lequel il avait déjà composée une partition hypnotisante. Non content de montrer qu’il n’est tout de même pas un manchot, Muschietti prouve en plus qu'il sait donner de la consistance à ses personnages, et si leur écriture frôle souvent la caricature, son casting parvient sans problème à rendre attachants la bande de paumés qui constituent le centre du film.
Et finalement, c’est là où on ne l’attendait pas que Ça surprend agréablement : dans sa peinture intimiste et compatissante d’une enfance malheureuse et doutant d’elle-même à l’approche de l’adolescence. Voir cette bande d’enfants rejetés s’unir afin d’affronter ensemble leurs peurs a en effet quelque chose de tout autant émouvant que jubilatoire, et c’est lorsqu’il filme les liens d’amitié qui se nouent entre ses différents personnages qu’Andres Muschietti prouve son véritable talent. Dès lors, Grippe-Sou ne devient plus seulement un intrus dans la ville mais également dans le scénario, venant (presque) à chaque fois briser l’ambiance pleine de délicatesse instaurée par le récit par des apparitions presque constamment ratées.
Finalement, Andres Muschietti sort donc perdant, malgré de louables efforts, de ce premier round face au téléfilm de 1990. Mais justement, là où la version de Tommy Lee Wallace se cassait la figure, c’était dans sa deuxième moitié, celle où il s’agissait de mettre en scène la bande des Ratés devenus adultes. Et c’est véritablement là qu’on attend Muschietti au tournant. Mais ça, c’est pour le prochain épisode...

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