Stand by me

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It est probablement un des plus gros succès et une des œuvres les plus connues de Stephen King, et il est presque étrange d’avoir attendu aussi longtemps avant d’avoir eu une vraie adaptation cinématographique. La première adaptation n’étant qu’un téléfilm en deux parties. Mais cette dernière adaptation aura été accouchée dans la douleur car il aura fallu 8 ans et 3 réalisateurs qui se sont enchaînés sur le projet avant que ce dernier puisse voir le jour. Sous la direction d’Andy Muschietti, l’œuvre de King trouve une nouvelle fraîcheur et revient à la vie au yeux de tous dans ce qui est un des plus gros succès du cinéma horrifique : le film bat actuellement des records au box-office. De quoi être très curieux de ce que peut offrir ce It, qui avec sa très bonne campagne promotionnelle promettait une œuvre très raccord avec les écrits de King mais qui semblait aussi développer sa propre personnalité. Surtout que Muschietti avait fait une bonne impression en 2013 avec son premier film, le conte fantastique Mamá. Un long métrage convaincant avec de belles fulgurances poétiques mais qui se montrait bancal dans ses mécaniques horrifiques.

It possède les mêmes défauts et qualités que le précédent film de Muschietti, c’est à dire qu’il s’impose à la fois comme un drame saisissant mais aussi comme un film d’horreur un peu raté. La force de cette adaptation c’est qu’elle a compris le roman de Stephen King, que la peur dépasse le cadre de la simple présence d’un clown démoniaque. Ici la peur s’incarne dans les épreuves du quotidien comme la brute de l’école qui nous tourmente, faire face à la mort d’un être cher, l’amour surprotecteur d’une mère étouffante, la perspective de grandir surtout pour une fille qui prend conscience de ce que cela implique de devenir une femme. Au travers de tous ses personnages, le film incarne diverses thématiques et arrive souvent à les magnifier avec un regard et une empathie sincère pour cette bande d’adolescents un peu paumés qui cherchent juste leur place dans la vie. C’est ici que se trouve le cœur du film, comme cela était le cœur du roman. Même si on regrettera que tous les membres du « Loosers’ club » ne soient pas traités avec la même importance, certains étant mis de côté par le récit, ils ont chacun leur personnalité et arrivent tous à être attachants. Leurs interactions sont souvent savoureuses, notamment grâce à des dialogues finement écrits, dans l’humour comme dans le drame mais ses lignes sont aussi délivrées par d’excellents jeunes acteurs. On retiendra en particulier le charismatique Jaeden Lieberher qui est définitivement un acteur à suivre, et qui avec sa prestation à fleur de peau s’impose comme un leader naturel. Mais aussi Finn Wolfhard (déjà aperçu dans la série Stranger Things) qui impressionne de naturel et surtout Sophia Lillis qui est la révélation du film. Non seulement Berverly est le meilleur personnage, mais la jeune actrice lui donne vie de la plus belle manière possible.

C’est donc à travers cette fresque adolescente touchante, drôle et vraiment bien amenée que Muschietti puise la force de son film, rappelant des œuvres comme Stand by me ou encore les Goonies. Il est d’ailleurs très ancré dans cet hommage aux films des années 80, ce qui est un peu un effet de mode, et il exploite parfois ce filon de manière un peu trop appuyée notamment dans sa bande son pop trop envahissante. Mais il parvient quand même à travailler une ambiance délétère pour encadrer le fantastique et ne se laisse pas ensevelir par l’appel du cool. Mais à trop être obnubilé par sa partie adolescente, il en oublie un élément essentiel et central du roman, son mysticisme. Il en vient, à cause de ça, à négliger toute la partie horrifique de son récit. Toute la partie investigation autour de Pennywise, l’entité maléfique, est négligée. Peut-être pour être exploitée dans la suite déjà annoncée, mais cela crée ici un manque bien réel. Surtout que le réalisateur ne semble pas savoir quoi faire de son clown et le traite comme un banal boogeyman alors que le personnage est censé représenter bien plus que cela. Ici, il vient l’incruster dans son récit avec des forceps, les passages du clown sont beaucoup trop téléphonés et sont les moments les plus faibles de It. Pourtant la performance de Bill Skarsgård n’est nullement en cause car l’acteur est tout simplement parfait. Moins dans l’optique du clown excentrique made in Tim Curry, il arrive à faire ressortir tout l’aspect hypnotique et étrange du personnage. On ressent bien le fait que ce n’est pas un clown, mais un monstre qui veut se faire passer pour un clown et ses maladresses ne le rendent que plus authentique. L’acteur est vraiment très bon mais c’est la manière dont il est jeté dans l’intrigue qui est problématique, apparaissant plus comme un passage obligé que l’élément perturbateur et la menace omniprésente qu’il est censé être.

En termes de mise en scène, Andy Muschietti maîtrise aussi maladroitement ses effets horrifiques qui non seulement sont attendus mais reposent toujours sur la même construction. Le tout devient répétitif durant le deuxième acte et les jumpscares sont trop présents et très peu efficaces. L’horreur est ici un élément trop contraint pour paraître palpable, Muschietti étant plus intéressé par le fantastique morbide ou l’humain derrière son récit. Et d’ailleurs dans le morbide, il arrive à offrir quelques jolis plans ici et là, notamment dans le dernier acte où les enfants se retrouvent dans la tanière du monstre. Il y a une certaine poésie glauque qui se dégage de ses cadres et de l’atmosphère qu’il arrive parfaitement à retranscrire, aidé par un score original plus inspiré que sur les débuts. Par moments, on a l’impression d’avoir deux films en un, conduits par des démarches différentes : un film d’horreur fade et un conte fantastique adolescent particulièrement réussi mais qui est limité par l’autre démarche. On a donc un film qui ne décolle jamais vraiment mais qui a ici et là de jolies fulgurances. Muschietti offre néanmoins une réalisation solide et soigne bien son atmosphère comme lorsqu’il bascule dans le réel et le fantastique, appuyant la transition par des mouvements de caméra planants symbolisant le flottement causé par l’arrivée du clown.

It est donc une adaptation inégale. On sent que le réalisateur a compris ce qui faisait l’essence de l’œuvre de King mais qu’il ne parvient pas toujours à lui rendre honneur. Il croule sous les impératifs horrifiques et l’horreur pure n’est visiblement pas ce qui l’intéresse ou l’inspire le plus. On a donc une majeure partie de It qui est particulièrement réussie dans son portrait adolescent, à la fois bien écrit, touchant et drôle. Mais le tout est restreint par un film d’horreur beaucoup trop sage et peu inspiré qui vient se greffer de manière maladroite et trop appuyée au reste. It reste pourtant une des adaptations qui arrivent le plus à retranscrire l’esprit de Stephen King et, sans être une des meilleures, n’en reste pas moins efficace. On avait par moments le potentiel d’un grand film et on peut être déçu que l’opportunité ne soit jamais pleinement saisie, mais le spectacle reste globalement bon et on a hâte de voir ces personnages grandir et de les retrouver dans le deuxième chapitre.

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