Vision gothique de l'Amérique white trash

Avis sur Ça

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L'adaptation cinématographique du célèbre roman de Stephen King est à mon goût trop vite décriée. Comme le roman, elle est vendue sur le principe d'être un film d'horreur. A mon sens c'est une erreur. Certes, il y a des moments de terreurs dans le livre, mais le clown doit partager la terreur avec les adultes. Dès le roman, les adultes sont décrits comme monstrueux et souvent assez grotesques également. L'explication première pourrait être bien sûr que c'est le point de vue des enfants, ainsi voir la maman d'Eddie absolument ridicule assez comparable à l'horrible tante d'Harry Potter dans son côté ogre dictatorial, mais c'est oublié que Stephen King s'attache à dépeindre une Amérique pauvre, isolée et surtout la ville de Derry remplie de ceux qu'on appelle les white trash. Et pour se convaincre qu'ils existent suffit de regarder une des nombreuses émissions de téléréalité américaine diffusés sur les chaînes de la TNT. Le problème du film est sans doute de proposer une adaptation trop fidèle. Ainsi il devra subir les mêmes critiques qu'on pourrait objecté au roman, et de la part des fans, les choix qui ont dû être fait car un film n'est pas un livre.

D'autres choix assez audacieux ont été fait, déplacer l'action dans les années 80, mais qui a pour conséquence de déplacer l'action des adultes en 2017 soit 27 ans après l'adaptation télévisuelle, ce qui n'est pas une date anodine puisque Ça revient tous les 27 ans. Mais déplacer dans les années 80 permet aussi d'avoir des visages de Ça plus adapté aux terreurs enfantines du public qui globalement connait mieux les années 80 que les années 50. Je pense que le loup garou de Wolfman aurait été moins effrayant que les touffes de cheveux façon THE GRUDGE. Et puis l'autre choix, dicté par l'industrie cinématographique de séparer l'enfance de l'âge adulte qui dans le livre était entremêlé est à mes yeux judicieux. Cela permet d'offrir une première partie finie qui se suffit à elle-même. Sachant que la seconde partie pourrait ne pas exister (n'importe qui connaissant la difficulté de produire un film comprend que la suite pourrait ne pas être faite ou avortée) c'était un choix judicieux qui respecte le spectateur. A mon avis du moins.

Maintenant, ce qui m'a vraiment plu dans le film, c'est qu'en optant pour n'avoir que la partie enfance et en gardant l'essence du roman à savoir que le monde des adultes est aussi terrifiant que Ça (qui est clairement une métaphore des tueurs pédophiles, mais aussi des peurs enfantines qui nous pétrifient), le film devient alors clairement le passage initiatique des enfants à l'âge adulte. De ce fait, le film n'a plus qu'un seul axe. Notre petit groupe d'enfant devra affronter ses peurs afin de grandir et de survivre à l'adolescence sans doute le passage le plus terrifiant de la vie. Bon il est vrai que le petit groupe de tortionnaires mené par Henry (psychopathe en devenir) est moins présent que dans le roman mais je pense que c'est dû au fait qu'on se concentre l'action (beaucoup d'éléments du livre ont disparus, mais il faut bien souligner qu'il s'agit de 3 tomes assez épais réduit en deux films de deux heures).

Il y a une chose qui m'a beaucoup plu également, et que j'ai pu entendu ou lu de personnes en parler c'est de l'aspect totalement gothique du film autant dans son approche visuelle (la fameuse maison hantée qui n'a rien à envier aux films de Guillermo Del Toro) ou encore l'apparence du QG de Ça totalement gothique dans son apparence. Le gothisme est un genre qui confronte une jeune fille sortant de l'enfance, devenant donc adulte à ses terreurs à travers des visuels assez imposants (le manoir hanté, les clairs obscurs, les personnages monstrueux dignes d'un conte de fée) qui ne sont qu'une métaphore bien sûr de tout ce qu'implique l'adolescence (la sexualité, la peur des adultes, etc...). Et à mon sens Ça première partie, est indéniablement une oeuvre gothique qui adopte des visuels modernes mais très léchés, et impressionnants, très éloignés du réalisme, pour parler de tout ce qui terrifient les adolescents. Le fait que le personnage de Beverly soit beaucoup plus développé dans le film que dans les livres (au détriment de Eddie qui est plus central dans le roman) en est la preuve.

Je dois aussi souligner à quel point j'ai aimé le personnage de Beverly, un véritable personnage féministe, fort qui affronte ses peurs avec courage. Le fait qu'elle devienne la demoiselle en détresse à la fin m'a un peu dérangé, j'ai trouvé ça facile. D'autant que c'était fait pour faire de Bill le héros du film. Même s'il reste le personnage le plus développé dans le roman, c'était justement un point négatif du roman qui aurait pu être corrigé. Mais le film n'en demeure pas moins intéressant et plutôt bien foutu.

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