Trop de nostalgie tue la nostalgie...

Avis sur Ça

Avatar JuDeMelon
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[SPOILER ALERT]

Ça c'est un film que j'attendais de pied ferme, faisant partie de cette génération ayant connu sa première véritable peur sur petit écran à l'époque avec l'adaptation téléfilm diffusée sur M6. Depuis, cette version est devenue en ce qui me concerne culte, surtout sa première partie et ce malgré ses défauts et son côté un peu mal vieilli au revisionnage. Ainsi je me suis refait ce petit brûlot de jeunesse cet été, avec ce même plaisir, cette même sensation de voyager dans le temps, gardant en tête ce nouveau film à venir tout en essayant d'imaginer ce qui pourrait en résulter.

Puis vient donc le It de Andrés Muschietti. Jusqu'au bout j'ai essayé de garder mes a priori cachés au plus profond de moi, promis j'ai tout fait pour ne pas avoir à le comparer avec le téléfilm et encore moins avec le bouquin (inadaptable de toute façon, et encore moins en PG-13), mais cela m'a très vite été difficile vue la tonalité choisie pour cette nouvelle version.

Déjà, premier problème, tout faire pour être à la mode et au goût du jour : surfer sur le revival de peur des clowns (sans quoi ce remake n'aurait jamais existé ?) et sur cette envie de centrer l'action dans les années 80 pour faire plus fun. Pour au final d'ailleurs n'en tirer que des clichés peu intéressants (les New Kids on the Block, sérieux ?), loin de l'approche plus poussée d'un Stranger Things (la série TV de Netflix) par exemple. Il en découle un résultat d'ensemble qui sonne comme du déjà vu... et qui ne fait pas spécialement peur au-delà du public ciblé : les ados.

Ce Ça ressemble donc à un film d'horreur banal où tout assez prévisible notamment grâce à la bande son, à des silences ou à des situations qui font qu'on voit venir de très loin les moments tendus ou de peur, réduisant l'effet de surprise à néant. Très téléphoné dans son montage et dans ses scènes, avec ses moments dégoulinants quasi jump scariens à la Saw et compagnie, bien faits certes mais rien qui va réellement me marquer.

Pourtant, l'esthétique et les intentions sont là. Quelques scènes malsaines surprennent par leur présence : de Georgie agonisant avec le bras coupé dans la séquence d'ouverture aux intentions nauséabondes du père de Beverly (clairement dans l'inceste qui, ici suggéré, rend les choses encore plus sombres). Des personnages sont également plus développés que dans le téléfilm et plus proches du roman (Mike Hanlon ou Henry Bowers par exemple) même si on ne va pas suffisamment loin pour d'autres (Richie Tozier qui se résume au comic relief et même Billy un poil sous exploité en dehors de son lien avec son petit frère disparu). Quant au clown et à ses artefacts horrifiques, visuellement ça pète un max avec un énorme travail sur les costumes et les effets spéciaux, bien plus développés que dans le téléfilm mais avec un meilleur budget... Cependant, même si ici le personnage de Pennywise est sympathique et très bien joué par un Bill Skarsgård irréprochable, il n'égale pas le Grippe-Sou de Tim Curry qui avait su s'approprier le rôle avec brio et ce talent qu'on lui connait (je vous renvoie à The Rocky Horror Picture Show, si jamais).

Et puis, il y a le scénario où tout va très vite, trop vite. A vouloir mettre trop de scènes du roman, on n'a pas le temps de voir les choses se poser, tout s'enchaîne rapidement et il manque quelques passages pour bien approfondir l'histoire et les ressentiments de ce Club des Ratés dont on a du mal à suivre l'évolution. Il aurait presque fallu 30 minutes de film en plus pour bien imposer aux spectateurs un contexte plus profond afin de renforcer l'amitié allant jusqu'à unicité entre les sept, clef de voûte de l'histoire et de leur victoire face au clown. Pire, à certains moments on les sent presque plus désunis qu'autre chose, sauf sur le final où les gars s'en vont sauver la Princesse Bev (littéralement hein, jusqu'au livre The Frog Prince présent en set-up/pay-off dans la chambre de la fille). Ainsi, Beverly est sortie de sa torpeur (les fameuses lueurs mortes) par le baiser du prince charmant Ben... très différent du roman où une scène très controversée ne pouvait même pas être suggérée dans une telle adaptation. On a donc droit à la place à un cliché absolu et une fin assez bâclée d'ailleurs sur le terrassement de Pennywise.

Au final, Ça est tout de même un bon film d'horreur pour ado, bien réalisé et au visuel intense, mais un PG-13 qui ne sied pas vraiment de nos jours à l'adaptation d'une telle histoire. Trop édulcoré (même si...), trop "grossier" aussi (jusqu'aux références au sexe perpétuelles de Richie), moins gentillet que la version 1990 mais du coup moins attachant, trop axé sur la demande actuelle. Je reste donc sur ma faim, je le reverrai certainement un jour et changerai peut-être mon jugement avec plus de recul... En attendant la suite, que je crains un peu et qui devra être autre que cette version superficielle pour ado. Car avec les héros en mode adultes, ce sera plus difficile à avaler.

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