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Ça par oxyboldine

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En soi, "Ca" est une bonne "production horrifique" dans la lignée du récent "Conjuring", cherchant à retrouver la beauté classique du genre après les années d'errances du found-footage. On peut donc louer la qualité de la photographie, en tout premier lieu (Chung Chung-hoon, chef opérateur de Park Chan-Wook notamment). La mise en scène Andrés Muschietti est également très louable, tout comme le scénario efficace. Trop efficace. Car l'on se doit de mettre un bémol à ce premier "tome" cinématographique de l'adaptation du roman de Stephen King, en regard de la comparaison avec celui-ci. En choisissant de saisir uniquement les événements de l'enfance (en 1958 dans le roman), et de les placer dans un ordre chronologique, les scénaristes font le choix du classicisme, là où le roman de King élevait l'horreur dans le camp de la grande littérature en saisissant quelque chose du vertige du temps. Le pavé (environ 1200 pages) de King entremêlait en effet les événements, issus de l'âge adulte et de l'âge enfant, mais exécutait aussi des spirales au sein de chaque trame, en ajoutant enfin différents flash-backs plus lointains (chapitres d'intermèdes se situant en 1900, 1930...).
Ce choix reste compréhensible pour une adaptation au cinéma - une série d'une vingtaine d'épisodes permettrait de mieux rendre justice, enfin, à ce grand roman de King.
Mais, au-delà de la structure, c'est surtout l'aspect profondément dérangeant du roman qui est gommé. D'une part, l'angoisse véritable de ce "mal" mouvant, éternel, à la fois réel et irréel, gardait une inquiétante indécision tout au long des pages. Dans le film de Muschietti, "Ca" (sous toutes ses formes, notamment celle du Clown Grippe-sou) devient plus simpliste. L'effroi ne repose plus que sur des effets visuels et techniques, bonds vers la caméras et effets sonores. Ce n'est pas mal en soit, mais une adaptation plus fine aurait ajouté un niveau d'angoisse plus profond, plus psychologique, à la présence de "Ca". Ce manque de subtilité se constate aussi dans l'omniprésence de la musique, écrasante. Elle est tout l'inverse des atmosphères glauques que sait instaurer King. La scène introductive est peut-être celle qui capte le mieux l'angoisse du roman, avant de basculer vers un film d'aventure assez bon-enfant, en fin de compte. Bon-enfant, le roman ne l'était certes pas, avec sa scène de masturbation homosexuelle ou de "première fois" sexuelle entre amis, absentes de l'adaptation -12 ans. Il s'agissait pourtant, à mon goût, des deux passages les plus marquants du roman, instants à la fois choquants et terriblement justes.
Mais cessons-là la comparaison. "Ca" version 2017 n'est pas un mauvais film. Il préserve certaines forces du roman (Beverly et son père, par exemple). Et, au-delà du roman, le film fonctionne bien mieux que la première adaptation en téléfilm. Cette dernière version est un divertissement bien ficelé, palpitant, réjouissant, et pas très intelligent sauf quand transparaît un peu de la profondeur du roman.

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