Comédie qui pleure

Avis sur Café Society

Avatar Alex La Biche
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Éternellement passionné par New-York et son métier, c'est tout naturellement que Woody Allen vient remettre les couverts en offrant un énième hommage à sa ville natale ainsi qu'à Hollywood. Vous savez, ce genre de villes où cafés et repas mondains qui coûtent un bras sont monnaie courante. Eh bah dans les années 30, ces endroits où professionnalisme, luxure et égaiements se mêlaient, étaient surnommés Café Society.

Nous sommes dans les années 30, nous avons une ambiance rétro sur laquelle le cinéaste travaille depuis longtemps, nous avons un juif qui quitte sa famille juive, nous avons une prostitué débutante, nous avons le côté hautain du milieu cinématographique. Nous avons là un certes non-original, mais un bien beau film de Woody Allen. Film aux côtés très littéraires.

Avec sa voix off permanente et ses allures de roman imagé, Woody Allen délivre là un film qui peut sembler lourd mais dont la fluidité d'écriture estompe tout faux-semblants malgré une dernière partie qui fatigue aussi vite qu'elle se termine. Les dialogues sont exquis, fidèles à sa grande répartie et surtout, il sait ne pas s'attarder sur des futilités et reste constamment dynamique dans cette longue continuité de paroles. Du choix de Vonnie aux distractions snobinardes, on coupe dès la chute. Inutile de s'attarder, tout est dans la fluidité.

Plus qu'être un divertissement intelligent, cette nouvelle comédie romantique qui brille par son humour de situation, arrive à nous proposer une image soignée doublée d'une mise en scène aussi remarquable que l'est la direction d'acteurs, eux-mêmes aussi remarquables que l'écriture de leur personnage. La mignonne naïveté de Bobby perdu dans le cynisme hollywoodien se mêle parfaitement au charme mystérieux du personnage de Kristen Stewart.

Comédie romantique, mais bien plus, comme le montre cette délicieuse scène littéralement douteuse avec la prostituée, débutante, et juive. En plus d'être tordante sur le moment, on se rend vite compte qu'elle est avant tout précurseur d'un destin amoureux, où l'hésitation est omniprésente. Ce n'est qu'après coup, au fur et à mesure que le film avance qu'une certaines tristesse se transpose. Le réalisateur arrive cependant à nous faire rire de n'importe quoi alors qu'au fond c'est quand même triste. Et derrière ceci on peut peut-être y deviner une certaine réalité sur l'amour et ses préoccupations.

Le triangle amoureux, les problèmes générationnels, tout ça peut sans doute révéler une certaine angoisse de notre octogénaire. La folie du cœur, la sûreté de la raison, le choix est difficile de tous les côtés. En bref, ̶e̶s̶t̶-̶c̶e̶ ̶q̶u̶e̶ ̶W̶o̶o̶d̶y̶ ̶p̶e̶u̶t̶ ̶t̶o̶u̶j̶o̶u̶r̶s̶ ̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶l̶'̶a̶m̶o̶u̶r̶ ̶à̶ ̶s̶a̶ ̶g̶o̶s̶s̶e̶ ̶a̶d̶o̶p̶t̶i̶v̶e̶ ̶?̶ Est-ce que l'amour a des barrières, des limites ? Ici c'est mis en scène de façon remarquablement drôle , mais c'est surtout triste. Comme le devient de plus en plus Café Society sans paradoxalement jamais l'être à l'image.

Dans le cinéma d'Allen si une chose est toujours remarquable c'est bien sa chute. Toujours surprenante, qui renverse la situation. On l'attend ce retournement, limite on la souhaite. Cette situation se doit d'être claire. Cette barrière, soit on la respecte, soit on la franchit. Quoi qu'il en soit, il faut avancer.

Mais là où Woody nous fait une surprise, ce qui est ironique mais surtout triste, c'est tout simplement sur le fait qu'il y en a pas. Et ça c'est fort. Les gens se fuient, mais s'aiment, comme le disent implicitement ces derniers plans sur ses visages perdus. Et ça c'est triste. Malgré ce grand moment d'humour précédent d'une heure et demi.

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