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Quand Bobby rencontre Vonnie !

Avis sur Café Society

Avatar Fritz Langueur
Critique publiée par le

Quand Woody Allen se pose et se souvient, cela donne toujours de beaux films. Que ce soit par l’hommage appuyé au Cinéma source de rêves, même au pire moment de la grande dépression (« La rose pourpre du Caire ») ou bien encore avec l’effeuillage doux amer de l’enfance (« Radio days »). Dans « Café society » il se replonge, et de fait le spectateur par la même occasion, dans les méandres de ce qui fut l’âge d’or des majors hollywoodiennes, les années 30. Pour autant, il n’affiche pas une vision didactique de cette période, simplement évoquer la part de rêve qu’elle engendrait pour beaucoup, fantasmée la plupart du temps. Et « Café society » est bien au cœur du fantasme, celui d’un petit garçon du Bronx fils d’immigrés qui a idéalisé des années durant cet univers, se nourrissant des films ou d’affiches, de chroniques de faits divers ou people… Alors, le film fourmille, de stars (évoquées), de gangsters, d’illustres inconnus, mais aussi de références cinématographiques placées entre les films noirs de la Warner et les comédies luxueuses de la MGM.

Bobby (Jesse Eisenberg une fois de plus parfait !) a longtemps rêvé lui aussi de cet Hollywood si porteur de promesses, grande sera sa désillusion. Il portera très vite à tout ce petit monde, un regard distancé et quelque peu désabusé. S’il est une sorte de Woody de l’époque, préférant New York aux quartiers rutilants de Los Angeles, la pluralité à la superficialité, Bobby semble cependant plus naïf. Et c’est justement cette antinomie entre candeur et pragmatisme qui rend son personnage attachant. Et ce n’est pas le seul, si Vonnie et Phil rebutent quelque peu (Kristen Stewart, formidable et Steve Carell magnifiquement sobre), le reste de la galerie de portraits est désopilante, mention spéciale à Jeannie Berlin dans le rôle de la maman.

La portée spirituelle, voire intellectuelle, du scénario est moindre, si on la compare par exemple à d’autres œuvres d’Allen traitant de cinéma (« Stardust memories » par exemple), mais nous sommes ici dans le domaine de l’Entertainment, de la fantaisie et de l’humour. Car on rit beaucoup dans « Café society », notamment avec ce jeu de répliques parfois détonantes, et toujours férocement caustiques.

Quant à la partie technique, on ne peut que s’extasier. La photo de Vittorio Storaro (« Aplocalypse now », « Le dernier empereur ») est extrêmement élaborée. Entres ses tons mordorés à la Hopper et ses bleus à la Hockney (la scène d’ouverture autour de la piscine est fantastique), il recréé cette ambiance pleine de folies et si contrastée. L’illustration musicale se distingue par ses teintes jazzy bien prononcées, ses chansons si typées, les costumes de Suzy Benzinger et les décors Régina Graves sont pointus d’authenticité. Un ensemble parfaitement empreint de l’époque. Du fait de cette excellence, la mise en scène ronronne un peu mais qu’importe la façon pourvu qu’on ait l’ivresse !

Le plus surprenant en fait dans « Café society » est cette espèce de sentimentalisme qui le traverse, cela est peu coutumier chez l’auteur, ou pour le moins pas de manière aussi probante. Quand Booby rencontre Vonnie, Woody Allen donne dans la romance, à peine déguisée et c’est très plaisant. La référence au film de Bob Reiner n’est pas tout à fait déplacée, puisque le final pour chacune des deux œuvres est assez similaire, au son de la même et sinistre mélodie de Robert Burns (« Ce n’est qu’un au revoir), lors d’un réveillon de nouvelle année, les deux amants se languissent… l’un de l’autre… Mais le brillant octogénaire du cinéma ne se refait pas, cynique un jour cynique toujours, brillante ici est sa démonstration de l’une de ses pensées « La seule façon d’être heureux, c’est d’aimer souffrir ».

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