Amour de vacances

Avis sur Call Me by Your Name

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Très intéressé par le désir et les relations hyper-sexualisées, Luca Guadagnino a construit sa filmographie autour de ça. Au point même d'en faire un triptyque dont Call Me by Your Name en est le dernier représentant, même si le projet d'une suite est déjà en train d'être exploré. Par le passé, le cinéaste italien avec explorer cette thématique sans la moindre finesse, accouchant souvent d’œuvres grossières qui confondaient trop souvent le sulfureux avec le vulgaire et qui témoignaient d'un manque de compréhension évident de ce qu'était la subtilité. En dehors de Io sono l'amore en 2009, seul film plutôt plaisant et regardable de son auteur, Guadagnino s'est imposé avec une carrière pour le moins déplorable. Chose qui pourrait changer avec son dernier film qui reçoit d'excellents retours critiques mais qui à su creuser son chemin dans le cœur du public et qui a même récemment gagné l'Oscar du meilleur scénario adapté.

Il est vrai que l'écriture connait ici son lot de fulgurances, notamment dans le très réussi dernier acte qui nous gratifie d'un sublime monologue mais aussi de leçons de vie déchirantes avec par moments une vraie finesse. Ce n'était pourtant pas gagné surtout au vu d'un début assez laborieux qui pose ses personnages sans grande subtilité et qui sur-écrit bien trop la romance qui se développe entre les deux hommes. Le film appuie ses effets et aime faire languir son spectateur jusqu'à l’épuisement car dans ce parcours initiatique d'un jeune ado qui découvre son homosexualité, le récit fait plus marche arrière qu'il ne va de l'avant. Il multiplie beaucoup trop les longueurs pour une histoire finalement trop longue pour ce qu'elle a à raconter car on garde toujours une avance sur elle. Que ce soit dans la relation qu'entretien le personnage principal avec ses parents, la romance, etc. Tout le déroulé de l'intrigue est connu d'avance et on suit cette histoire qui ne connaîtra aucun remous jusqu'à sa belle mais attendue conclusion.

Ce sont surtout les acteurs qui apportent du relief à l'ensemble et ceux-ci se donnent sans retenue dans leurs rôles. Les seconds rôles sont tous excellents et les rôles principaux eux font mine de révélations. Beaucoup parlent de Timothée Chalamet et à raison car le jeune acteur déploie une palette de jeu et une énergie vaste mais aussi saisissante. Alors qu'il n'était guère convaincant dans le récent Lady Bird, il montre ici ses vraies promesses d'acteurs dans une prestation riche, juste et touchante qui apparaît aussi fulgurante qu'immature. Chalamet est indéniablement prometteur et se cherche encore beaucoup, il se donne énormément mais il devra canaliser son talent pour que sa fulgurance ici ne reste pas un cas isolé dans sa carrière. Celui qui surprend vraiment ici, c'est Armie Hammer. Lui qui ne s'était jamais vraiment imposé par son jeu, déploie ici une profondeur et une finesse inattendue. Contrairement à Chalamet, il a acquis une maturité et un recul sur son jeu qui lui permet de déployer tout son talent et qui s'impose avec une justesse et un charisme bluffant. Ils sont les deux gros rayons de soleil de ce film parfois bien morne et partage une alchimie évidente.

Car ici, ce n'est pas la réalisation de Luca Guadagnino qui impressionne. Même si on ne peut pas lui enlever un certain savoir-faire dans la composition de ses plans, notamment aidé par une superbe photo mais aussi une bande son inspirée et ensorcelante. Non ce qui gêne ici c'est son sens du dosage notamment dans un montage poseur qui tire en longueur des plans qui n'ont pas lieu d'être étiré, ou encore une mise en scène lourde et statique qui retire toute sensualité et fièvre à l'histoire d'amour qui est entrain de se jouer. Il ne suffit pas de filmer des beaux corps à moitiés nues pour créer le moindre désir et dans cette obstination il offre des passages parfois proche du ridicule et filme un érotisme factice. Même si il n'atteint pas la vulgarité beauf de ces anciens films, il manque encore de subtilité et d'un vrai regard pour asseoir une quelconque vision du désir et la seule émotion vivace qu'il fait ressentir à son spectateur est un doux ennui.

Call Me by Your Name est une oeuvre bancale, parfois fulgurante dans son dernier tiers vraiment réussi et surtout avec son formidable casting mais on reste face à un film sans grande subtilité qui dévitalise la force évocatrice du roman d'André Aciman. Même si Luca Guadagnino ne signe pas son long métrage le plus indigent, loin de là, il reste un cinéaste poseur et bien trop sur de ses effets pour éviter de tomber dans un érotisme de surface qui flirte souvent avec le ridicule et la prétention. Le sens du dosage n'est clairement pas maîtrisé et on n'évite par les lourdeurs et les longueurs d'un récit trop attendu, bien trop long même si par moments vraiment touchant. Call Me by Your Name n'est donc pas la hauteur de sa réputation, mais il arrive quand même à se hisser dans le haut du panier de la piètre filmographie de son auteur.

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