"Le temps est comme un fleuve que formeraient les événements"

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Héraclite disait il y a un moment déjà qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Les personnages se baignent, beaucoup, et effectivement jamais dans le même fleuve. Mais ce n'est pas vraiment ce que le grec voulait dire. Son enseignement semble s'être perdu dans cette maison du nord de l'Italie, car là bas, le décor qui sert de fleuve est toujours le même. La lumière qui baigne l'ensemble se fait chaude et agréable, comme une belle journée d'été, et sortirait presque d'une peinture de Monet. Mais Monet, lui, savait que la lumière finit par changer, et appréciait ce fait. C'est le propre des vacances : on reste oisif pour se donner l'illusion qu'ici, rien ne changera, que tout est inscrit dans une éternité immobile.

À l'image d'Oliver, lui qui ressemblerait presque à une statut grecque, représentation de l'idée de la beauté, elle aussi immortelle, qui peut être sortie toute entière du fleuve. Au contraire d'Elio qui, par sa nature d'adolescent, est condamné au changement. Et entre les deux, dans une confidence sur la place publique, se met le poids de l'Histoire. Celui qui empêche deux homosexuels de vivre leur amour sans y penser à deux fois. C'est bien le nul part dans l'espace et dans le temps de cette maison qui leur permettra de le faire.

Comme pour suivre cette idée, leur amour n'est pas décrit comme naissant. Il semble avoir toujours existé, attendant juste le moment idéal pour se révéler, de la même façon qu'un fruit finit par être mûr. Ce sera d'ailleurs source de regrets pour le couple qui se demande s'il n'aurait pas pu se révéler plus tôt. Pour rattraper ce temps perdu, on prolongera l'expérience, jusqu'à quitter cette éternité immobile. Quitter l'enfance définitivement, ou reprendre une vie où le poids de l'Histoire sur nos épaules nous fait baisser les bras.

C'est en hiver que les choses prendront sens. La lumière a changée, et avec elle les relations. Mais comme écrivait Oliver, si les choses changent continuellement, c'est finalement pour rester les mêmes, de la même façon que tous les différents mots pour "abricot" ayant traversés les âges désignent la même idée. Elio pleure, mais qui dit que son amour n'est pas intact ? Certainement pas son père. Cet amour reste inchangé. Et tant pis si le temps le transforme. "I remember everything".

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