Caprices d'un Innocent Gâté

Avis sur Caprice

Avatar Dr Billy-Jean  Robert MB
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Presque dix ans depuis la première intervention de son personnage d'ingénu maladroit et malgré le rien qu'il a depuis raconté avec, Emmanuel Mouret ne se lasse pas de lui-même et propose avec Caprice une énième variation insipide et inutile autour d'un libertinage cérébral désuet où le décalage recherché n'a assurément pas l'effet comique désiré. S'il rit tant mieux pour lui, mais la présentation d'une œuvre de cinéma, me semble-t-il, est supposée toucher au-delà du nombril de son metteur en scène. Ne pas être justement, le fait d'un

caprice irrationnel et misanthrope.

« Et si on s'embrassait ? »

Un instituteur obsédé par une actrice a l'immense chance de la rencontrer puis de la séduire mais ne sait résister, soir de beuverie, à l'insistance d'une jeune fille. Dès lors, sentiment de culpabilité, trahison impossible, et sempiternels élucubrations bavardes autour du sentiment amoureux : assurément on est dans un film de ce réalisateur obnubilé par le verbiage sentimental – eaux de roses et libertinages polissons, retenue prude désuète, enfantillages pour quarantenaires. Encore une fois, l'impression derrière ces vacuités de ne voir qu'un réalisateur manœuvrant pour faire défiler sur ses lèvres le gotha des actrices de sa génération. **Virgine Efira** apporte une touche de grâce plutôt inédite, **Anaïs Demoustier** une fraîcheur détonante, entraînante, mais comme d'habitude cela ne suffit pas à faire un film.
En interview, l'apprenti cinéaste avoue plusieurs de ses propres travers. Confesse ne consacrer que deux ou trois semaines à l'écriture d'un scénario. Estime, à l'instar de Jean Renoir – qui ne faisait pas le même cinéma, ni à la même époque – que « la direction d'acteurs c'est quatre-vingt pour cent le casting », citation de bon gros fainéant s'il en est. Se complaît à raconter les effets comiques qu'il recherche sans que personne ne vienne lui rappeler à quel point ils sont vains. Et assure que la mise en scène c'est surtout les costumes et les décors. Il est certain que d'un innocent aussi borné dans ses convictions délétères, il ne faut finalement pas attendre grand chose : le mec se prend presque pour Buster Keaton et s'il a compris le jeu du corps de sa référence, il est totalement passé à côté de son immense travail de rythme. Toutes ces négligences sont préjudiciables et c'est ici dommage parce qu'au cœur de *Caprice*, lors qu'il filme du théâtre (?!), on est soudain séduit par un vrai plan de cinéma, silhouette d'Anaïs Demoustier en contre sur fond de lumières rouges floutées, magnifique !
Au terme d'un court cycle de cinq longs présentés sur Arte, je comprends enfin pourquoi le cinéma d'**Emmanuel Mouret** m'est aussi insipide : une narration, à mon sens, raconte les obstacles qu'un personnage affronte et dépasse, ou non, et qui alors l'élèvent ou le terrassent, il doit y avoir progression. Hors, Emmanuel Mouret se contente de saynètes qui s'enchaînent pour laisser les personnages au même endroit où il les avait pris. Sans saveur, sans émotion, sans narration, son travail n'a finalement d'autre intérêt que sa propre distraction :

culturellement et socialement inutile.

*Caprice* suit ces règles, et au final, comme d'habitude, lasse, ennuie.

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