La première super-héroïne Marvel à avoir son propre film... lambda

Avis sur Captain Marvel

Avatar Red Arrow
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Tout s'est donc achevé sur un claquement de doigts... et également par un bipeur avec un certain sigle, laissé à terre par un Nick Fury juste bon à nourrir un aspirateur affamé. Ce symbole était évidemment l'annonce de l'arrivée d'un film sur une nouvelle super-heroïne chargée non seulement d'aller prochainement en découdre à son tour avec Thanos dans "Avengers: Endgame" mais aussi d'apporter un vent de fraîcheur féminin au MCU pour rivaliser avec un DCU qui (pour une fois) avait pris une certaine avance en ayant déjà offert une aventure en solo à sa Wonder Woman. Comme si cela ne suffisait pas, Captain Marvel, car c'est son nom, avait aussi pour ambition de propulser définitivement le MCU dans ses strates les plus cosmiques amenées à devenir le décor de sa nouvelle phase. Autant dire qu'il allait falloir envoyer sacrément du bois pour que les films Marvel passent à un nouveau niveau se devant de rimer avec un grand spectacle d'une autre ampleur . Bizarrement, l'écurie de Kevin Feige a fait un choix a priori on peut plus surprenant en ce sens en plaçant le duo de réalisateurs très indé, Ryan Fleck & Anna Boden (auteurs de la pépite "Half Nelson") derrière la caméra et Brie Larson, également rattachée à un cinéma pas vraiment mainstream ("Kong: Skull Island" est la seule très grosse production à son actif), dans le rôle principal d'un blockbuster superhéroïque clé de voûte entre les encore plus énormes "Avengers" 3 et 4. Une décision qui pouvait laisser perplexe mais comme la plupart des metteurs en scène venus d'autres horizons se fondent en réalité toujours dans un même moule de continuité Marvel avec parfois une patte un poil plus singulière pour certains, on était plutôt curieux de voir tout ce petit monde à l'oeuvre sur un tel projet.

Après une surprise bien pensée en préambule en réponse à un triste événement récent , "Captain Marvel" va d'abord agréablement étonner en déjouant le canevas archi-connu de son statut d'origin story. Si le film va bien sûr nous raconter comment Carol Danvers a acquis ses super-pouvoirs, il va astucieusement déstructurer ce schéma habituel pour ne pas nous servir les mêmes passages obligés (du moins, chronologiquement) que l'on connaît désormais tous vu la prolifération de longs-métrages nous faisant assister à la naissance de super-héros. Dès les premiers instants, "Captain Marvel" a en effet le mérite de nous plonger dans le vif de son sujet grâce à une Carol Danvers déjà intégrée aux forces Kree qu'elle côtoie depuis un bon moment tout en optimisant ses aptitudes. Amnésique, la belle entre de plein pied (et nous avec) dans le conflit Kree/Skrull qui va bien évidemment lui raviver quelques souvenirs de son passé en cours de route et surtout la diriger sur notre bonne vieille Terre des années 90 où un jeune Nick Fury à deux yeux (la rajeunissement de Samuel L. Jackson est bluffant !) et un Phil Coulson chevelu vont lui prêter main forte contre une poignée de Skrull en goguette.
Dans ce premier gros acte, le film a beau avoir l'heureuse idée de sortir du carcan d'un premier film de super-héros, il retombe assez vite sur un terrain très balisé (mais tout de même efficace, il faut bien le reconnaître) des films Marvel qui s'appuient sur les ressorts d'un genre cinématographique à chaque fois différent pour dérouler une intrigue pas follement novatrice en préférant miser avant tout sur la découverte d'un univers. Ici, années 90 obligent, c'est le buddy-movie d'espionnage/infiltration qui est à l'honneur avec le duo Brie Larson/Samuel L. Jackson en train de s'envoyer des bons mots tout en démasquant du Skrull métamorphe à tous les étages. Si le film donne vraiment l'impression de nous resservir de manière grossière la formule Marvel dans un nouveau contexte, la donne Skrull permet au moins de faire illusion en assurant le divertissement et de pallier un récit particulièrement faiblard sur une Carol Danvers à la recherche d'une nouvelle source d'énergie prétexte à en savoir plus ses origines. On ne peut pas dire que tout ça soit bien original mais, comme tout Marvel qui se respecte, "Captain Marvel" fait pour l'instant le job... jusqu'à son deuxième acte.

Dès que le duo de héros s'embarque dans un semi road-trip qui va les conduire à stagner bien plus que de raison en Louisiane, le film va faire le plus mauvais choix possible en se focalisant sur les rebondissements de son intrigue aussi prévisible que linéaire. Comme si c'était la première fois que l'on découvrait ce type d'histoire dont on connaît toutes les issues (mais absolument toutes et ce, que l'on connaisse les comics ou non !!), "Captain Marvel" s'enfile dans un impressionnant tunnel de révélations fatiguées qui, en plus, pâtissent de leurs très fortes ressemblance avec un certain petit cousin DC déjà plus que maladroitement adapté sur grand écran, "Green Lantern". L'escouade Kree du début rappelait déjà une Green Lantern Corp par son rôle mais, cette fois, c'est la construction même du principal antagoniste qui fait écho à un personnage culte de ce comic et également vu dans le film de Martin Campbell. C'est bien simple, à part un assistant Skrull blasé qui véhicule un ou deux sourires, ce deuxième acte sombre dans la somnolence la plus totale et y entraîne un spectateur de plus en plus apeuré par la direction prise de toute cette affaire.

Heureusement, le troisième et dernier acte va nous sortir de cette torpeur en revenant aux fondamentaux marveliens pour délivrer une dose d'action finale. Une dose plus a minima que bon nombre de ses collègues, certes, mais qui a au moins pour elle d'enfin révéler tout le potentiel (littéral et figuré) de sa super-heroïne. Jusqu'alors, on peinait vraiment à voir ce qui différenciait Carol Danvers de ses petits copains à super-pouvoirs (et comment celle-ci pouvait éventuellement mettre une bonne rouste à Thanos) hormis les jolis traits de Brie Larson pour l'interpréter. Les ultimes affrontements dévoilant l'ampleur de ses capacités se chargent in extremis de réparer ce manque et, mieux, permettent enfin d'accompagner le tout d'un vent féminin(iste) qui n'avait pas le début de la force d'une petite brise depuis le début du film. Couplé à l'émancipation de son personnage de la bulle de mensonges (masculins bien sûr) où il était enfermé, la prise d'indépendance féminine que "Captain Marvel" glisse dans la pleine possession des pouvoirs de son héroïne fait au moins mouche et se montre un peu plus habile que sa consoeur Wonder Woman sur ce plan. Le film n'est bien entendu pas un pamphlet engagé non plus mais il est incontestable que Marvel a voulu montré qu'ils avaient conscience de la portée (et du retard qu'ils avaient en la matière) de mettre une super-héroïne sur le devant de la scène.

Cela dit, pour une super-héroïne qui devait se montrer à la hauteur d'un certain Titan Fou, on ne peut pas dire que Captain Marvel convainc vraiment dans un des films les plus anecdotiques du MCU. Certes, le long-métrage amène des choses importantes pour l'avenir de la franchise mais, dépouillé de cette donne, il serait au final presque aussi anecdotique qu'un "Ant-Man et la Guêpe" sans une dernière partie plaçant enfin vraiment Captain Marvel et sa puissance au coeur des enjeux. Pour le reste, la recette Marvel habituelle fait le boulot mais paraît de plus en plus s'user d'elle-même malgré, par exemple, quelques partis pris pour bousculer le format d'origin story. Pas d'étincelles au niveau de la mise en scène ou à celui des effets spéciaux, un humour plus ou moins heureux (merci le petit chat Goose !) et des scènes post-générique forcément alléchantes pour la suite (enfin, surtout une), pas de doute, on est bien dans un film Marvel lambda et quelques fois bancal. Comme c'est le premier tour de piste de Captain Marvel, on peut lui pardonner mais elle et ses potes Avengers ont intérêt à frapper très fort dans quelques semaines...

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