A travers les vitres mouillées

Avis sur Carol

Avatar 6nezfil
Critique publiée par le

Heureux finalement sont ceux qui n'ont pas vu Loin du paradis, l'avant-dernier film de Todd Haynes, dont Carol reprend en grande partie les thèmes, le rythme et la tonalité. Ils auront un regard neuf et, espérons-le, admiratif, devant la quasi perfection de ce mélodrame des années 50 sur fond d'amours interdites. Décrire les sentiments intimes, tout en évoquant avec justesse et précision les caractéristiques morales d'une époque, n'est pas donné à tous les cinéastes. Surtout avec cette délicatesse, cette façon que certains jugeront peut-être trop lisse d'exprimer les emballements du coeur par le seul jeu des regards, des gestes et de gros plans filmés à travers les vitres, des voitures ou des appartements, parfois mouillés de pluie. Digne héritier de Sirk, on l'a dit et écrit souvent, Todd Haynes ne profite pas des possibilités d'aujourd'hui dans ce qui est "montrable", pour céder à l'impudeur. Ce n'est pas son genre. Lui, il laisse au spectateur la liberté de combler les manques, de remplir les cases vierges de la passion avec ses propres critères et souvenirs, y compris très personnels. Cate Blanchett y est égale à elle-même, royale, peut-être un peu froide mais c'est le rôle qui le veut. La vraie révélation est Rooney Mara, avec un visage changeant dans lequel perdurent les expressions de l'enfance et de l'innocence, quelques scènes rappelant de façon frappante l'angélisme d'Audrey Hepburn. Quelle actrice ! Carol, simple histoire d'amour, pourrait-on résumer. Mais les termes ont tout de l'oxymore et le film tire sa quintessence gracieuse des obstacles qui surgissent sur sa route.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 200 fois
2 apprécient

6nezfil a ajouté ce film à 1 liste Carol

Autres actions de 6nezfil Carol