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Cette adaptation de Carrie a été « récompensé » du prix de la suite ou remake qui n’aurait pas dû être réalisé par l’Alliance of Women Film Journalists Awards 2013, une récompense largement méritée. Ce film est une aberration et d’une médiocrité sans nom tant sur le plan cinématographique et adaptation.

On est en face tout de même de la troisième adaptation d’une même histoire, il faut donc de la nouveauté pour justifier le projet. Tout en sachant que le film de 1976 de Brian De Palma est largement rentré dans l’imaginaire collectif et, même si comme je l’ai écrit lors de son analyse, le film avait loupé le cœur du récit de Stephen King, il reste néanmoins un très bon film horrifique de son époque. Pour les amoureux du livre, l’adaptation de 2002 apporte quant à elle, une vision plus proche du récit, si on ferme les yeux sur les dix dernières minutes évidemment. Alors qu’elle était la promesse de celui-ci ? Un remake du film de 1976 ? Selon sa réalisatrice Kimberly Peirce, non, cela devait largement différé du film de Brian De Palma. En tout cas, c’était son discours avant la sortie du film où l’espoir était permis. L’espoir d’une réactualisation intelligente de la thématique du harcèlement avec peut-être, par exemple, une intégration de l’aspect numérique maintenant omniprésent dans la société et absente dans les années 70. Carrie, la vengeance n’offre rien de tout ça et impose à son spectateur globalement le même film que celui de 1976, mais le saupoudrant d’ajout immonde rendant le tout indigeste.

Commençons par l’aspect purement cinématographique et le premier problème que j’ai avec ce film : il m’énerve. Il m’énerve dans son aspect « toujours plus ». Carrie la vengeance, c’est cette personne insupportable dans une soirée qui n’arrête pas d’enchaîner sur les expériences des autres en surenchérissant continuellement par-dessus. On déteste tous cette personne et le film en est l’incarnation. Carrie a des pouvoirs de télékinésie et bien Carrie la vengeance lui rajoute de la pyrokinésie. Les autres films mettent seulement quelques scènes de ses pouvoirs et bien Carrie la vengeance va en rajouter plein parce qu’il y a le numérique. Si encore c'était des scènes intéressantes, mais pas du tout. Carrie fait valser une tasse la première fois qu’elle est dans le bureau du directeur de l’école et bien dans Carrie la vengeance elle fait bouger le bureau entier. Pourquoi tous ces rajouts ? La réponse est pour rien. Tout ce qui est rajouté dans ce film ne sert strictement à rien, ne raconte rien et s'offre même le luxe de ne pas être particulièrement joli dans ses effets, même pour son époque.
J’évoquais en ouverture de cette critique l’espoir de l’utilisation d’internet pour illustrer le harcèlement et réactualiser quelque peu les propos du livre, justifiant ainsi une nouvelle adaptation en 2013. Je peux toujours l’attendre puisque apparemment c’était certainement beaucoup trop d’effort pour le scénariste Roberto Aguirre-Sacasa. Alors internet est bien présent, on parle très rapidement d’une vidéo diffusée sur Youtube, mais elle n’est juste là que pour servir d’élément de culpabilité envers Chris et lui interdire le bal. Elle n’est, par exemple, jamais utilisée pour montrer que le harcèlement prend une ampleur bien plus grande par ce nouveau moyen de diffusion et communication. C’est aussi utilisé pour montrer que Carrie ne sait pas s’en servir et pour illustrer que sa mère la maintient dans un univers arriéré et j'imagine pour faire sourire le spectateur. Sinon ça pourrait aussi juste dire qu'elle vit dans une famille n’ayant pas les moyens de se payer un ordinateur ou n’ayant pas accès à l’apprentissage de son utilisation : le concept de fracture numérique et tout le reste. Mais bon c’est trop subtil comme concept pour le film.
Enfin parmi les gros reproches que j’ai envers le film dans un aspect purement cinématographique c’est qu’il n’a fait naître aucune émotion chez moi. Comme je le disais pour les films précédents, même en connaissant le destin de Carrie et l’inévitable fiasco du bal de fin d’année, je ne pouvais retenir un petit sourire et du contentement pour elle lors du sacre et face à la soirée qu’elle vivait. Ici pas du tout, le film n’aide jamais le spectateur a réellement s’attacher au personnage de Carrie. Finalement quand le bal est arrivé, je m’en foutais clairement de ce qui allait se passer. Tout simplement parce que le personnage de Carrie n’a pas eu de réel évolution durant tout le film : elle est la même du début à la fin. Ce qui indubitablement va me faire enchaîner sur le côté adaptation et le non respect du personnage de Carrie.

Carrie est dès le début du film en rébellion contre sa mère. Pour tous ceux qui connaissent le livre cela peut paraître aberrant, mais apparemment pas pour le scénariste. Alors non, elle n’est pas devenue une gothique rejetant l’ascétisme forcé de sa mère, mais lors de la première confrontation entre les deux elle vient à en dire « God, you suck ». L’emprise maternelle en prend un coup et ce n’est pas le fait de la montrer en train de se scarifier qui va rendre le personnage de Margaret plus impressionnante et dangereuse pour Carrie. Margaret est un personnage qui a une emprise psychologique énorme sur sa fille, l'empêchant de penser librement et la soumettant totalement. C'est dans cet aspect que réside le pouvoir et l'horreur de la relation mère-fille développée par Stephen King. C'est donc là-dessus qu'une adaptation doit se baser, ici ce contrôle est déjà fragilisé de base, et la scarification n'apporte pas de la profondeur à Margaret, mais n'en fait qu'un personnage dérangé. Ni plus, ni moins.
De manière générale, là où la découverte de ses pouvoirs doit permettre à Carrie de créer une nouvelle porte et une nouvelle possibilité de chemin de vie, se retrouve n’être qu’un petit levier pour une voie qui est déjà possible. Finalement sans ses pouvoirs, la délivrance de Carrie aurait quand même eu lieu à un moment ou à un autre. C’est là aussi que joue le manque d’affection envers le personnage qui nous est montré. Là où on devrait avoir envie de la consoler ou de se poser en bouclier pour elle, on en ressent pas le besoin, tout du moins de manière très atténué, le personnage a déjà cette graine de liberté et de volonté en elle. Mais bien pire que cela, le film fait de Carrie un personnage à la morale douteuse qu’on ne peut pas approuver, ni même comprendre dans sa libération de fureur. Le comble le plus total.
Disons le clairement, Carrie est une psychopathe dans ce film. Je pense qu’on est tous d’accord pour se dire que quand on pense à la scène d’explosion de Carrie, on imagine un personnage perdant tout contrôle et n’étant plus qu’une incarnation de la colère et d’une détresse profonde. Tous ? Non pas la réalisatrice et le scénariste apparemment. Carrie s’amuse pendant la scène de massacre dans le gymnase ! Sa gestuelle et son expression indiquent clairement qu’elle est consciente de tout ce qu’elle fait. Elle sauve même sa prof de sport, c’est bien qu’elle sait pertinemment ce qu’elle fait alors que dans le livre et le film de 1976, elle meurt parce que Carrie n’est plus présente mentalement. Cette scène est sensée être un drame dans son incarnation la plus totale, mais dans Carrie, la vengeance ce n'est qu'une scène de slasher avec des pouvoirs, rangeant presque le personnage de Carrie au même niveau que Jason ou Freddy. Même Carrie 2 gère mieux cet aspect de son personnage et pourtant il ne fait pas grand chose de bien.
Si on veut encore rajouter de la trahison à l’ouvrage de Stephen King, il fallait bien entendu rendre le personnage de Sue mentalement absente du film. Sue est présente et réalise ses actions comme dans le livre, là dessus pas de soucis, mais alors pour retrouver le personnage si intelligemment écrit par Stephen King on repassera. Toutes ses actions : à savoir remettre en question son comportement, mettre le doigt sur l’effet de meute, demander à Tommy d’inviter Carrie au bal ne sont dictées que par des vexations. A chaque fois, elle ne réagit qu’à une provocation de son entourage. Dans le livre, on a un personnage intelligent se remettant en question et bien le film vous offre un personnage n’agissant que par une fierté purement égoïste.

Je pourrais encore allonger cette critique en citant nombre de petits défauts au film : la scène complètement absurde de Carrie partant avec une explosion dans son dos, l’aspect si peu chrétien et terrifiant de la maison des White, la fin alternative du Blue-Ray totalement inutile, mais comme mon but n’est pas d’être exhaustif, je vais m’arrêter ici pour embrayer sur les acteurs et deux points positifs que j’ai malgré tout trouvé dans le film. Je pense de toute façon que vous avez compris qu’avec Carrie la vengeance on est face à un très mauvais film tant du point de vue cinématographique que du respect de l’oeuvre de Stephen King. Clairement la plus mauvaise adaptation de Carrie, au même niveau que la suite réalisée dans le seul but d’engranger de l’argent.

Les acteurs sont moins catastrophiques que le fond du film. Si le duo Julianne Moore (Hannibal, The Hours), dans le rôle de Margaret, et Chloé Grace Moretz (La 5ème Vague, Dark Shadows), dans le rôle de Carrie, ne sont pas horribles à regarder, cela n’a rien de transcendant. Elles font le job, mais sans plus. En même temps, je ne pense pas qu’une prestation transcendante aurait sauvé le film de son écriture et son scénario désastreux. Cependant, tout n’est pas correct, il ne fallait pas rêver, et au niveau des flop on retrouve Alex Russell (Chronicle, SWAT), dans le rôle de Billy Nolan, et Ansel Elgort (Divergente, Baby Driver), dans le rôle de Tommy. Clairement les deux acteurs ne sont pas au niveau et heureusement qu’ils n’ont pas plus de temps d’écran parce que c’est déjà assez douloureux comme cela.

Pour ne pas conclure dans une absolue négativité, j’ai gardé pour la fin deux points positifs à ce film. S’il faut retenir une scène intéressante - et qui pour le coup est un rajout - c’est celle de la lecture du poème devant la salle de classe. Une scène intelligente (si on oublie le sous-entendu très appuyé d’une relation entre une élève et son prof) où on peut voir que le harcèlement n’est pas qu’une affaire d’élève, mais que les profs ont aussi leur part de responsabilité. Le prof dans cette scène y participe très clairement, ce qui fait naître un contraste avec l’attitude de Mme Desjardin la prof de sport qui essaye de s’impliquer et de sortir Carrie de son enfer. Le deuxième point positif est qu’ils ont tourné certaines scènes dans une bibliothèque qui utilisent une bonne cotation de ses livres. Alors oui, on a vraiment mis, avec ma colocataire, la pause pour pouvoir lire ce détail et oui c’est une plaisanterie, mais en réalité je n’ai vraiment pas réussi à lui trouver un deuxième point positif tant il y a peu de choses à sauver dans ce long métrage.

En conclusion, Carrie, la vengeance est la pire adaptation de l’oeuvre de Stephen King. Elle n’est aucunement respectueuse de son matériel d’origine ayant de base le même défaut que le film de 1976 en passant complètement à côté du sujet du harcèlement. Mais si ce n’était que cela, on pourrait comprendre qu’un remake réalise les mêmes erreurs que son aîné, mais non Carrie, la vengeance va encore plus loin dans le non-respect du livre puisque les personnalités de Carrie et Sue sont complètement bafouées. Le film réalise même un doublé puisque il est aussi une catastrophe du point de vue purement cinématographique en offrant un spectacle indigeste se perdant dans le surenchère et un manque complet d’émotions. Une adaptation qui n’aurait pas du voir le jour et qui est à fuir absolument.

PhilippePaquant
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Écrit par

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