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Casablanca par abarguillet

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A Casablanca, en 1941, deux courriers allemands sont assassinés. Le capitaine Renault, responsable de la police locale, assure le major Strasser qu'il va arrêter le soir même le coupable dans un night-club de la ville, tenu par un certain américain Rick Blaine, lieu de tous les trafics où se côtoient régulièrement des partisans de Vichy mais aussi de la France libre, des joueurs, des voleurs, des trafiquants et des résistants, en quelque sorte un monde miniature qui représente toutes les tendances d'une société déstabilisée par la guerre et dont les instincts les plus noirs, comme les élans les plus nobles, sont sollicités par la complexité des événements.

Arrive dans le même temps un chef de la résistance Victor Laszlo accompagné de sa femme Ilsa Lund. Cette dernière demande d'emblée au pianiste, qui assure le spectacle musical, de jouer " As time goes by " et on comprend, en voyant apparaître Rick, qu'autrefois tous deux ont vécu une passion amoureuse dans un Paris encore libre. Mais la capitale est bientôt décrétée Ville ouverte et Rick, résistant américain, qui a déjà opéré en Ethiopie et en Espagne, se voit contraint de quitter la ville pour gagner l'Afrique du Nord. Il était prévu qu'Ilsa partirait avec lui, mais à la gare, on fait parvenir à Rick une lettre de rupture, et il part seul.

Depuis lors, il est un homme amer et désenchanté, un opportuniste cynique qui a oublié son idéal d'antan, son combat pour un monde meilleur. Il se contente dans l'immédiat de gérer son établissement au mieux de ses intérêts, sans se soucier du trafic occulte et de la guerre d'influence qui s'y pratiquent. Sa vie a basculé lorsque Ilsa a rompu leur idylle, de façon brutale et inexplicable à ses yeux. Grâce aux flash-back, on apprend qu'à Paris, elle a retrouvé Victor et pensé de son devoir de rester à ses côtés, d'autant qu'il revient auréolé de ses faits et mérites de grand résistant. Voici donc deux hommes qui sont soudain confrontés, non seulement l'un à l'autre, mais à la réalité du moment. Certes, ils aiment la même femme, mais leurs positions sont totalement divergentes et incompatibles : si Victor est resté fidèle à son engagement moral, Rick a oublié ses idéaux et se limite à surveiller les bénéfices de sa boîte de nuit, en corrompant, à l'occasion, les clients qui le sollicitent. Remis en présence d'Ilsa, pour laquelle il éprouve toujours le même amour, il va redevenir, au fil des circonstances, un homme qui renonce à sa neutralité et va prendre les risques qu'implique le retour à des convictions courageuses. Par respect pour lui-même et pour l'amour d'une femme, il fera en sorte de permettre l'évasion du couple vers l'Amérique, perdant celle qu'il aime une seconde fois.

Parabole politique et film de propagande américain qui a su bien évoluer, Casablanca a le mérite de mettre en scène, en un raccourci remarquable, le conflit mondial et les différentes forces en présence. On verra Rick lutter intimement entre son amour pour Ilsa et son devoir d'homme en proie à un dilemme moral qui lui fera retrouver son honneur et son courage, puisqu'il ira jusqu'à abattre le major Strasser, qui s'apprêtait à arrêter les fugitifs, sous les yeux du capitaine Renault. Ainsi le film de Curtiz, par le biais d'une relation triangulaire d'une forte intensité romanesque, revisite-t-il le thème de l'idéalisme, sublimé au cours de la scène où Rick entonne la Marseillaise face aux Allemands qui chantent Die Wacht am Rhein.

En homme blessé, qui cache sa fragilité sous des dehors désabusés et narquois, voire même impudents, auprès d'une Ingrid Bergman lumineuse et assez fine pour exprimer l'ambiguïté de son personnage, partagé entre le respect qu'elle porte à son mari et l'attirance irrésistible qu'elle éprouve toujours pour son ancien amant, Humphrey Bogart trouve là son meilleur rôle.

Michael Curtiz, émigré hongrois, arrivé aux Etats-Unis dans les années 20 et dont plusieurs membres de la famille avaient fui l'Allemagne nazie, a su rendre sensible l'état d'esprit de ces exilés, plus exposés qu'auncun autres aux dangers et aux trahisons. Certes, le film n'échappe pas aux lieux communs et aux clichés - il fut d'ailleurs tourné de façon anarchique, le scénario et les dialogues ayant été constamment remaniés, au point que l'issue du film n'était pas encore connue quelques jours avant la fin du tournage - mais le talent du réalisateur sut pallier à ces inconvénients et produire une sorte de petit miracle : l'alchimie inespérée et surprenante entre l'élégance de la mise en scène, la beauté des images, des gros plans et des clairs-obscurs, la vivacité et souvent l'humour des dialogues toujours efficaces, enfin l'interprétation remarquable des trois principaux acteurs et des seconds rôles, criants de vérité et de naturel.

Classique parmi les classiques, "Casablanca" est devenu un film culte pour les générations qui ont suivi la guerre et il l'est resté. Nominé huit fois aux Oscars, il obtint l'oscar du meilleur film, ceux du meilleur scénario et de la meilleure mise en scène. Tourné à Hollywood, il partage aujourd'hui le privilège d'être le film préféré des Américains avec "Autant en emporte le vent" et fit entrer dans la légende des couples romantiques du grand écran Humphrey Bogart et Ingrid Bergman.

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