La tête à l'envers

Avis sur Catacombes

Avatar Moonki
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Cette réflexion, d’autant plus sensible à l’entrée du logo universal au lancement du film, devrait vous apparaître : « les américains font un film d’horreur dans les catacombes de Paris ?...et pourquoi n’avons-nous pas, Français, eu cette idée – qui s’impose d’elle-même mine de rien – avant eux !! »
Car quand on y pense, sous les pieds des centaines de milliers de parisiens se trouve le plus grand ossuaire du monde, où reposent les restes de plusieurs millions de défunts, et dont n’est ouvert au public qu’une infime partie! C’est quand même un cadre surréaliste, qui ouvre la porte aux suppositions les plus invraisemblables et intrigantes.
Et le film dans tout ça ? Hey bien justement j’ai trouvé qu’il mêle avec un certain charme grotesque les éléments réalistes et les affirmations fantastiques, surtout pour qui vit à Paris. L’histoire est quand même très farfelue, voir simplette. Juge plutôt : La fille d’un grand archéologue reprend les travaux de son père, à la recherche de la pierre philosophale, qui soigne les malades et change n’importe quel métal en or. Vu qu’apparemment le plus grand des alchimistes était français et qu’il aimait bien les énigmes, c’est en toute logique qu’il a caché son caillou dans les catacombes de Paris. Et voilà notre jeune et jolie héroïne partie en compagnie de son caméraman, d’un ancien co-équipier et d’un groupe de « taupes » pour sonder les abîmes de cet enfer de moisissure et de crânes.
Lorsque le film commence, ma première impression fut méfiante. Tout d’abord, on ne peut pas dire que les acteurs jouent super bien, l’actrice principale et ses cinq expressions à la seconde en tête. Après ce n’est pas non plus le plus important dans ce genre de film. Une autre chose qui m’a un peu fait peur (et pas pour les bonnes raisons), c’est quand j’ai compris que le film serait fait suivant le principe de la « caméra embarquée » (cf Blair witch), exercice devenu éculé, qui nécessite un vrai parti-pris et une justification par rapport à l’histoire qu’on veut raconter. Enfin dernier inquiétude, que le film soit marqué par ce que je pourrais appeler « l’effet coca cola », cette horrible moulinette qui transforme même le plus hardcore des pitch de série Z en spot promotionnel pour les bonnes valeurs religieuses et familiales, comme savent si bien le faire les producteurs américains.
Au final qu'en est-il ? Je suis sorti du film agréablement surpris. Certes le film ne fait pas super peur (presque pas du tout en fait) et les rouages du scénario sont très grossiers, les résolutions des problèmes arrivant parfois sans explication convaincante. Il y a aussi un net problème pour vraiment définir le genre de menace auquel font face les personnages, ce qui entraîne beaucoup de pistes pas exploitées à fond (des templiers zombies ? un labyrinthe infernal? une antichambre temporelle ?). Enfin on retrouve un peu de « l’effet coca cola » dans la façon dont se résout le film (pas de spoil mais on se doute de comment ça peut finir).
Mais au-delà de ça, Catacombe réserve de bonnes surprises. A commencer par la mise en scène. OK ce n’est pas non plus du grand art. A quelques courts instants on peut voir que le réal outrepasse le principe de caméra embarquée pour aller un peu plus loin que ce qu’il est permis aux personnages de filmer. Mais quand même, j’ai trouvé certains passages particulièrement prenant et surtout bien montés, chose assez rare dans le genre « caméra embarqué ». Ce parti pris n’est pas si gratuit que ça finalement, car il arrive à créer un malaise à partir des images hallucinatoires qui parcourentt le film, surnaturelles et pourtant bien captées par l’œil « objectif » de la caméra. A ce titre le dernier plan du film est tout bonnement génial et explicite à merveille le titre original du film : « As above so below » (et là on comprend que Catacombes c’est quand même plus parlant comme titre pour nous Français).
Et pour finir, j’ai remarqué que pour un film « coca-cola », le réal témoigne par plein de petits détails d’un intérêt sincère pour la « culture » française. Les trois « taupes » qui guident les américains sont des autochtones, joué par des acteurs inconnus mais finalement très crédibles avec leur style shlagounet. Il y a quelque chose de presque attachant dans la façon dont le film montre un aspect de la vie marginale parisienne pour en faire quelque chose de complètement abracadabrant. Et signalons le bon goût de mettre des chansons de La Femme durant le film et au générique.
Au final, Catacombes est une toute petite série B, bancale, mais qui ne mérite pas moins notre intérêt, Français que nous sommes!

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