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César par Gérard Rocher

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Voici vingt ans que nous avons quitté le Vieux Port de Marseille. A cette époque, Panisse épousait Fanny enceinte de César. Un petit Césariot voyait le jour et Panisse devenait officiellement le père de l'enfant. Marius qui avait préféré le son des sirènes de bateaux à Fanny, cependant toujours amoureuse de son ancien amant, ne put prendre la place de Panisse. Cela fait également vingt ans que César est un grand-père plein de tendresse mais toujours aussi bougon. Les choses resteraient bien en place si le pauvre Panisse n'était pas sur le point de quitter cette terre qui venait de lui apporter ses vingt ans de bonheur avec Fanny. A la mort du vieil homme Césario qui est devenu un brillant polytechnicien est bien sûr présent et Fanny se résout à lui avouer l'identité de son vrai père. Le jeune homme, bouleversé apprend que Marius travaille dans un garage à Toulon et il décide de s'y rendre. Une mauvaise farce va faire passer son père pour un escroc vis à vis de son fils et celui-ci en sera tout retourné. Heureusement qu'un beau jour Marius vient rendre une visite surprise sur le Vieux Port et parvient à se disculper. Il retrouve Fanny qui l'attendait et là pour César c'est peut-être la délivrance !

Il est presque certain que Panisse aura vécu les meilleurs moments de sa vie grâce à Marius mais aussi à Fanny qui lui a consacré une partie de sa jeunesse sans broncher. Maintenant le compte à rebours est devenu impitoyable pour lui et c'est dans la dignité, entouré de ses éternels copains, qu'il s'éteint et que disparaît ainsi une figure incontournable du quartier. La vie n'est plus tout à fait la même pour le patron et pour les habitués du "Bar de la Marine". La partie de manille n'a plus la même saveur. La chaise de Panisse est désormais vide. Pour Fanny également la vie n'est pas des plus faciles, incomprise par son fils, polytechnicien distingué, qui lui reproche de s'être bien vite remariée après le départ de Marius. Césariot ne peut rester dans la situation inconfortable de ne pas connaître ce père habitant tout près de Marseille qui, rempli de scrupules, n'ose pas affronter une situation pénible et délicate remuant un passé encore douloureux. Il faudra que Césariot intrigué et choqué par le poids de ces révélations vienne "espionner" Marius à Toulon sur son lieu de travail pour qu'ils nouent le contact. De son coté Marius fait une incursion sur le Vieux Port avec des sentiments de nostalgie et d'injustice. Là encore Fanny est prise à partie par cette gente masculine ne voulant pas comprendre sa mauvaise posture, à l'époque, contrainte au mariage afin de sauver son image et surtout celle de son fils. Le tempérament machiste de l'homme se montre alors au grand jour face à Fanny. Devant cet orageux débat, tel un patriarche, César tente de remettre de l'ordre à cette situation et d'en prendre le contrôle. Le vieux bougon n'en est pas moins humain, tiraillé entre les rancoeurs des uns et des autres. César sait aussi que dans le coeur de Fanny une énorme place est réservée à son fils. Il se souvient encore du bon vieux temps où Fanny tentait de l'apprivoiser en venant s'asseoir à la terrasse du "Bar de la Marine".

Pour réaliser en 1936 ce dernier volet de la "Trilogie Marseillaise", Marcel Pagnol se remit à la réalisation et là il nous confirme qu'il était bien meilleur écrivain que metteur en scène. Il est vrai que dans ce film on ne retrouve pas l'allant des deux premiers. Même si le scénario est plein de finesse, le film paraît bien long car entaché de scènes interminables voire inutiles. Les derniers instants de Panisse manquent singulièrement de crédibilité car le personnage a du mal à convaincre vue sa verve et sa physionomie aux derniers moments de son existence. La farce assez ignoble des garagistes faisant passer Marius pour un trafiquant n'ajoute rien à cette histoire. A part cela, les dialogues restent percutants d'autant plus que le merveilleux accent de Marseille arrange bien les choses. Des moments de choix sont tout de même fréquents avec notamment la scène d'un chapeau posé sur le trottoir avec une pierre à l'intérieur devant la terrasse du "Bar de la Marine". Les retrouvailles de Fanny et de Marius sont également fort bien réussies . Bien que ce film soit un ton en dessous des deux autres, il ne dépare pas cette trilogie grâce au trio d'acteurs exceptionnels: Raimu, Orane Demazis et Pierre Fresnay. Sans remettre en cause le grand talent de Fernand Charpin, son personnage de Panisse est cette fois beaucoup moins crédible que précédemment. Césariot, le nouveau venu de cette histoire est interprété par André Fouche et personnellement je n'ai pas trouvé beaucoup de qualités de comédien à cet acteur tout au moins dans ce rôle important.

Ainsi se terminent les tribulations de ces habitués du "Bar de la Marine". César aura grogné toute sa vie mais il aura en même temps distribué du bonheur en ne cessant de ramener tout son monde à la raison. Fanny aura sauvé son honneur grâce au brave Panisse qui par son mariage avec elle sera devenu l'homme le plus comblé du monde. Marius aura payé cher son incorrigible passion pour les horizons lointains tout en le faisant payer aussi fort cher à Fanny. Césariot d'abord très choqué par la révélation tardive du contexte de sa naissance retrouve enfin son vrai père. Panisse disparu, puisse le petit monde de Marcel Pagnol couler enfin des jours heureux sous le soleil du Vieux Port...

MES CRITIQUES SUR "LA TRILOGIE" :

"MRIUS" (1931)
Scène de "La partie de cartes" : https://www.youtube.com/watch?v=w8rXPeB8-DY

"FANNY" (1932) : http://www.senscritique.com/film/Fanny/critique/22107981
Film complet : https://www.youtube.com/watch?v=Ch5rdGurpZ0

"CÉSAR" (1936) : http://www.senscritique.com/film/Cesar/409677#
Film complet : https://www.youtube.com/watch?v=mwtxMq0VN4Y

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