La chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Avis sur Chained

Avatar Juliefnt
Critique publiée par le

Comment parler de Chained ?
Comment parler d'une claque cinématographique de l'après visionnage ?
J'ai peur de l'évoquer, peur de trop en dévoiler.
Mais se taire serait un affront, une complicité.
En tout cas, en ce qui me concerne, et pour qui peut s'y retrouver directement ou de manière détournée, y aura un avant et un après Chained.

Le pitch : Visiblement heureux et accompli dans sa vie, Rashi est policier à Tel-Aviv. Il se rend sur des lieux de crimes, il surveille de potentiels dealers, bref, il cloisonne les délits. Lorsqu'il rentre chez lui après ses interventions de jour ou de nuit, il retrouve sa femme, Avigail et sa belle-fille, Jasmine, auprès desquelles il fait en sorte d'instaurer là aussi un minimum de règles, de faire régner bon sens et droiture. Mais rapidement Rashi est pris au cœur de diverses tourmentes et sa vie amoureuse et professionnelles se dégradent.

Au premier abord, le film ne m'a pas transcendée. La photographie est correcte, le montage aussi, le rythme parfois un peu lent, tout est très bavard, l'on suit les personnages en se demandant sincèrement où nous mène le film, quelle peut être la suite, voire, la finalité.
Mais la devine-t-on ?
Ce film est le premier d'un diptyque, un film "miroir". Chained nous raconte le parcours de Rashi tandis que Beloved, qui sortira la semaine suivante, se concentrera sur Avigail.

Je préfère prévenir tout de suite, je vais vous spoiler, je ne peux pas faire autrement, donc cessez votre lecture dès maintenant si vous ne souhaitez pas connaître le dénouement.

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Dans les toutes dernières minutes du film, Rashi la tue. Il tue Avigail, sa femme, celle qu'il chérissait, qu'il semblait vouloir envelopper de ses bras en permanence. Il lui ôte la vie juste avant de s'achever la sienne également. Le personnage principal, celui que l'on suit, pour lequel nous développons parfois de l'empathie, qui donne la sensation d'être dévoué corps et âme à sa famille en devenir, à son métier, cet homme-là, lui aussi blessé au cours de ses différentes mésaventures, a tué sa compagne.
Mais que nous raconte le film avant cela ?
Que nous dit-il de cette fine barrière qui justifie que la majorité des spectateurs -en tout cas, ceux qui étaient présents le jour de la séance à laquelle j'ai assistée- ne l'ait pas vu venir ?
Comment ne pas culpabiliser d'avoir pu considérer comme normales certaines de ses réactions, d'avoir consenti à ses excès d'autorité lorsqu'il pensait bien faire ?

J'ai eu la chance d'assister à une projection suivie d'un débat avec l'Association Nationale des Familles de Victimes de Féminicides et j'ai ressenti à la fois un sentiment profond de peine et de culpabilité de ne pas avoir pu prédire ce qui allait se passer in fine. De ne pas avoir vu les signes, là où ces femmes, soeurs de victimes de meurtres de la part des compagnons de leurs proches ont su repérer, dès le début, quels types d'abus psychologiques Rashi faisait subir à sa famille.
En cela, le réalisateur nous surprend, nous choque, il laisse planer le doute au dessus du personnage du bourreau jusqu'à la fin. Et ce n'est que lorsque cette fin arrive que nous comprenons que nous n'étions que les spectateurs d'un déclin, d'un noyau malade, faussement sain.

Le personnage de Rashi est écrit avec une subtilité étonnante. Tous les indices qui pouvaient annoncer le drame étaient présents, en toile de fond, mais jamais il n'est apparu comme étant violent et jamais il n'a haussé la voix de manière déraisonné. Tout se trouve... ailleurs.
Dans la masculinité toxique.
Dans les injonctions qu'il prononce.
Dans son désir permanent de dominer, d'encadrer.
Dans sa relation passionnelle à sa compagne, qu'il ne laisse à aucun moment prendre des décisions seule.

Et l'on se questionne sur soi.
Sur son propre rapport à l'Autre. L'on se questionne sur nos réactions parfois insensées face à un amour déchu, face à un partenaire que l'on sent s'éloigner.
L'on se questionne également sur les indices que nous pourrions déceler afin de protéger nos mères, nos soeurs, nos amies (ou pourquoi pas nos frères ou nos cousins également).
Mais où commence la toxicité ?
Et comment intervenir ?
C'est probablement la réponse que nous apportera Beloved.

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Chained est brillant parce qu'il soulève une multitude de questions essentielles. Masculinité, toxicité, difficultés dans la communication, peur d'être soi...
Non vraiment, c'est un bon film.
Et il l'est davantage à mes yeux après 48h de réflexion.
J'attends Beloved, son versant, pour les réponses qu'il me permettra d'obtenir face aux questions incroyables et douloureuses qu'il pose.

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