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Avis sur Chambre 212

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Madame va voir ailleurs depuis un bail déjà, s’encanaille avec d’autres hommes que Monsieur qui, lui, est resté fidèle à sa chère et tendre. Alors quand Monsieur apprend que Madame papillonne, ça jase, et Monsieur n’est pas content. Vingt ans d’amour et de mariage qui s’ébranlent soudain, remis en question, jetés par terre et piétinés, ça heurte. Monsieur rumine, se lamente, tandis que Madame s’en va en face faire le point dans une chambre d’hôtel avec vue plongeante sur leur appartement. Et puis Monsieur frappe à la porte, mais c’est Monsieur d’avant, quand il était jeune avec la tête de Vincent Lacoste, et qui vient mettre Madame face à ses responsabilités et l’histoire de son couple.

Théâtral et "bliesque", film de chambre(s) et de chabadabada, Chambre 212 confronte un homme et une femme à leurs désirs et leurs ratés. Entre deux portes, au pied du lit, avec soi-même ou dans les bras d’un(e) autre, on parle du temps qui passe, on parle du passé, des amours d’avant et de l’amour aujourd’hui, de ce que l’on aurait pu vivre, être, avoir, manquer, réaliser. Christophe Honoré compose des variations conjugales en mode joueur : joueur avec les dialogues, avec la mise en scène, les ellipses, les embardées, avec ses actrices et ses acteurs qu’il fait papillonner et qu’il fait chanter (Camille Cottin principalement qui reprend Could it be magic au piano), comme jadis dans Les chansons d’amour.

Sur le papier, ça fait rêver. Résumé comme ça, ça donne envie. Mais à l’écran, c’est ennuyeux à mourir. Les personnages passent la majeure partie du film à se morfondre et à ressasser leur vie (c’est particulièrement le cas avec celui de Benjamin Biolay qui joue avec la conviction d’un dépressif sous Defanyl) plutôt qu’à transmettre des émotions, émotions censées nous empoigner face à ce couple déchiré qui laisse pourtant indifférent, n’arrache que de rares sursauts d’empathie. Malgré ses écarts poétiques, voire surréalistes (le sosie de Charles Aznavour qui s’invite à la chose), le film fait affreusement toc, affecté, et reste figé dans sa construction désespérément binaire avec, d’un côté, Madame aux prises avec le souvenir de son mari et ses amants dans sa chambre d’hôtel trois étoiles, de l’autre Monsieur avec celui de sa professeure de piano dont il était amoureux et dont il se languit dans le vide de la chambre conjugale. Et nous au milieu, à se demander pourquoi on perd notre temps à endurer ce machin à peine plus fantaisiste qu’une virée dans un Formule 1.

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