Caricature et eau fraîche...

Avis sur Chappie

Avatar amjj88
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Décidément, j'ai perdu mon Modjo avec Neill Blomkamp. Après la claque subversive et artistiquement pétillante de District 9, j'ai attendu chacun de ses films avec une grande impatience, et je vais de déception en déception.
Même si Chappie relève nettement le niveau du caniveau que représente Elysium, raté à tous points de vue, il n'en reste pas moins qu'un Blockbuster bien en-dessous de la moyenne actuelle.

Côté points positifs, il faut évidemment reconnaître que les animations des robots dépotent méchamment. Elles sont d'une fluidité et d'un naturel sidérant, ce qui permet au moins sur le papier une empathie avec notre héros virtuel.
J'ai évidemment noté les clins d’œils assumés au Robocop de Verhoeven; des thématiques ultra-surlignées aux chara design de l'ED-209.

Mais si j'ai apprécié le chara design, je n'ai pas en revanche digéré l'insistance des clins d'oeils à Verhoeven ni la bouillie scénaristique qui restera au final; mash-up navrant de différentes directions artistiques.

D'un côté, on sent en effet le style subversif de Blomkamp, avec effectivement des thématiques du tout sécuritaire bien mises en place et violentes à souhait. (Le background de l'Afrique du Sud s'y prête d'ailleurs très bien)
Les scènes d'actions de ce point de vue sont d'ailleurs enfin bien filmées et percutantes, ce qui ne gâche rien.

Mais de l'autre côté, on a un ensemble de choses ridicules à pleurer qui viennent ruiner les quelques points positifs du film, dont l'ensemble des personnages gravitant autour de Chappie.
De simple faire-valoir en début de film, on saute en effet rapidement dans les cases de lamentables clichés.
Aucune nuance nulle part, du créateur gâteux aux débiles qui servent de famille d'adoption (Yo-Landi et Ninja...) en passant par un Bad-Guy navrant et une Sigourney Weaver en caricature improbable d'elle-même.
Même le personnage clef de Chappie perd rapidement tout intérêt devant la décrépitude de son comportement, patchwork dégueulasse de stéréotypes apposés les uns derrières les autres, et pour une grande partie orientés en séquences larmoyantes à vomir.
Si Short-Circuit choisissait la voie du sensible dès le départ, au moins l'orientation et la scénarisation permettant un ensemble cohérent et agréable à regarder. La narration était un peu gnan-gnan mais bien amenée et gentillette, avec un scénario prenant. (Oui, je l'ai vu et apprécié quand j'étais petit)
Ici le mélange des genre est imbuvable car sans cohérence et particulièrement mal écrit.

Pourtant ma déception vient surtout de l'aspect subversif.
Alors Ok, je fais peut être une fi;xette sur District 9, comme je l'ai fait avec Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro.
Je m'accroche à un modèle qui a vécu et je reconnais que la comparaison devrais être moins systématique.
Mais si j'avais tort avec Del Toro, qui assume complètement ses choix et son orientation artistique sur des films comme Pacific Rim ou Blade 2, Blomkamp continue à instiller globalement toujours les mêmes thématiques depuis District 9, avec un résultat qui me déçoit chaque fois un peu plus.Ce n'est pas le cas avec Guillermo Del Toro, qui varie le thèmes autant que les ambiances pour coller à différents publics.
Ici on prend le même socle et colle quelques nouveautés par-ci par-là d'un film à l'autre, sans soigner le fond, en priant pour que le Grand Public adhère sans réserve.
C'est un gâchis autant pour le réalisateur, qui a déjà montré ce qu'il avait sous le coude; que pour le public, qu'on perçoit en filigrane comme une vache à lait.
Et j'ai beaucoup de mal avec ça.

Pour revenir au film, la redondance des similitudes avec Robocop laissait pourtant voir une passerelle dorée entre le Blomkamp de District 9 et la patte de Verhoeven; que le amateurs ne peuvent pas ne pas avoir comparé un jour, d'autant que la violence jusqu'au-boutiste appuyait un véritable propos.
Pourtant ici point de critique ouverte d'un apartheid ou d'un État totalitaire, encore moins d'interrogation sur les limites éthiques de la cybernétique; juste quelques séquences mal gaulées au-delà de la maladresse avec une sensiblerie permanente qui frise la niaiserie.

Au final, je retiens que comme Blockbuster, je l'ai détesté car il n'assume ni le côté grand public ni le côté action pure, malgré une réalisation qui désosse méchamment.
Tant qu'à faire le balourd, en comparaison avec à un Blockbuster de chez Marvel, on sait dès le départ que ça va être con-con, mais au moins on a du fun et de l'action souvent bien amenée, et surtout avec une trame lisible.
Ici la trame est bordélique et les personnages sont tellement cons qu'on en ressort navrés.
Comme oeuvre subversive enfin, ce film m'apparaît également comme un échec.
Il ne soutient en effet ni une ambiance malsaine, ni un propos en deuxième lecture, encore moins une thématique cohérente.
Tout est axé sur le premier degré, sans aucune finesse ou artifice, et pire, avec un manque évident de structuration de l'histoire.
Le propos de départ ainsi que l'affinité avec Verhoeven s'étiole donc rapidement pour mettre en avant cette construction narrative boiteuse, constamment en balance entre des interrogations métaphysiques bancales et de l'action mal insérée dans la trame. La confrontation finale est d'ailleurs aussi débile qu'improbable.
Seule la fin du film ajoute une note tardive d'inspiration, et encore, pas bien originale non plus...

Bref, je ne vois pas de quoi être optimiste pour le prochain Alien ni ce qui me permettra d'arrêter de contempler District 9 avec nostalgie...

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