Divertissement inoffensif

Avis sur Charlie Mortdecai

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Si The Grand Budapest Hotel est une horloge suisse de comique burlesque et décalé, Charlie Mortdecai apparaît un peu comme sa contrefaçon chinoise déglinguée. En effet, à la mise en scène parfaitement rythmée et millimétrée du premier répond celle, brouillonne et agitée, du second. Là où Wes Anderson maintenait, avec une grande légèreté, le cap d’un récit échevelé tout en creusant, de façon souterraine, une certaine noirceur (celle de l’histoire du XXe siècle), David Koepp s’éparpille en laissant ses acteurs cabotins phagocyter son film inconséquent.

La comparaison peut sembler cruelle, tant il est vrai que les deux réalisateurs ne jouent pas dans la même cour. Mais tout de même, David Koepp tend le bâton pour se faire battre. Sur le papier, il paraît en effet bien difficile de nier les évidentes ressemblances entre son film et The Grand Budapest Hotel : une histoire de tableau dérobé, des personnages en apparence très cul-serrés mais en réalité complètement siphonnés, de l’énergie à revendre et, par moment, l’insolence d’un sale gosse. Mais David Koepp, réalisateur de sympathiques séries B (Fenêtre Secrète, Premium Rush), n’a pas les moyens de ses ambitions. Car la mécanique du comique, d’autant plus celle du burlesque, c’est un travail d’orfèvre : de l’ingénierie de haute précision. Une précision d’autant plus cruciale que tout doit sembler facile, naturel.
Or, ici, rien ne l’est, et la mécanique se grippe régulièrement. Parce que le burlesque de Charlie Mortdecai pâtit des à-peu-près de sa mise en scène. Et nombre de ses gags perdent ainsi facilement 50% de leur efficacité, du seul fait de leur mauvais timing. De même les dialogues, trop écrits, ne trouvent pas toujours le bon rythme (ce qui n’empêche pas quelques répliques bien senties). Il faut dire, aussi, à la décharge du réalisateur, que le travail de doublage en français laisse à désirer (notamment celui du personnage de Paul Bettany, Jock, qui se retrouve avec une voix impossible). En revanche, s’agissant des effets de transition désastreux entre chaque lieu visité par les personnages, David Koepp est seul responsable. S’il n’avait pas les moyens de se payer des effets spéciaux convenables, il n’avait qu’à se passer de cette coquetterie superflue. Quant aux acteurs, abandonnés par une direction ne leur donnant aucun cadre, ils sont livrés à eux-mêmes, et débordent donc de ce même cadre. Alors bien sûr, le cabotinage est ici voulu, et chacun s’en donne à cœur joie avec un plaisir communicatif. Mais à trop vouloir multiplier les sketches, le film perd sa cohérence. Et Johnny Depp, bien que tordant, est définitivement hors contrôle.

Est-ce à dire alors que Charlie Mortdecai est un gros ratage ? Ce serait peut-être un peu sévère. Car en dépit de ses nombreux défauts, le film reste assez appréciable. Et l’on peut même trouver un certain plaisir à voir un tel casting se lâcher à ce point dans l’exploration des limites du surjeu. Il s’agit seulement de prendre le film, avec indulgence, pour ce qu’il est : une petite gourmandise sans grande prétention qui, si elle est parfois un peu lourde, a au moins le mérite de remplir sa fonction de divertissement. Ni plus ni moins.

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