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Max Weber l'affirmait, " Prendre une position politique pratique est une chose, analyser scientifiquement des structures politiques et des doctrines de parti en est une autre". Lucas Belvaux est un auteur sincère qui poursuit depuis des années une carrière sans concession, choisissant des sujets qui le touchent et dans lequel il s'investit personnellement, trop parfois comme c'est le cas ici.

Sur le fond, la mécanique d'ouverture vers l'extrémisme populiste est plutôt bien vue, de même, la description d'un parti politique qui ne dit pas à l'écran son vrai nom, mais ne laisse guère de doute. Oui, on sent bien le côté grisant, qui devient aveuglant, de la montée d'une marche au pouvoir de Pauline. Bien vu également l'apparat qu'utilisent Agnès et Philippe pour masquer les fondations d'un parti qui a trouvé sa source dans la haine et la violence. Mais cela aurait demandé un peu plus de subtilité. Car si le film ne prend pas, c'est tout simplement parce qu'il finit par être caricatural, et donc subjectif. Belvaux choisit pour apprécier son film, ceux qui confirment sa vision et rejette de fait, plus ou moins consciemment, les autres. A titre d'exemple aucun protagoniste n'est jamais confronté à d'autres politiques qui jouent pourtant au gré de futurs résultats d'élection au "je t'aime moi non plus" (plutôt à droite) ou au "des voix pour eux c'est autant de moins pour les autres (plutôt à gauche).

Le personnage même d'Agnès est à la limite de la singerie, méprisante, froide et trop XVIème. Hors un leader politique populiste est tout le contraire quelque soit son auditoire (excepté son staff). Il se pose en défenseur de l'opprimé, est très accessible et choisit posément chaque élément de son discours pour séduire sa cible. Il doit être calculateur et apparaître effrayant car crédible auprès d'une partie des électeurs. Agnès est ici trop placide et inspire peu de sentiments. Dans la vraie vie elle ne ferait à peine que 2 ou 3%. Belvaux aurait du évoquer l'opération de marketing qui a fait passer la fille de à un dame d'apparence respectable, forte et humaine.

Si l'on prend l'entourage de Pauline, les travers sont les mêmes, le père communiste, l'amie militante de gauche, l'autre nazillone à souhait... tout cela sonne un peu faux...

En restant dans l'ordre du constat, Belvaux ne peut provoquer le débat. Il ne dénonce pas, ne cherche pas à faire comprendre les causes du mal ni celles d'un engagement comme celui-là. Sorti dans les années 90, le film aurait pu avoir un impact. Là il est déjà dépassé par ce qui est mis en place, et va beaucoup loin aujourd'hui dans le déni de la démocratie...

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