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Chobizenesse par G_Savoureux

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Seulement 3 étoiles, je ne peux me résoudre à mettre plus.
Tout d'abord parce que, parmi les films de Jean Yanne, celui-ci est vraiment en dessous.
Le mélange de cynisme, d'humour noir et de je-m'en-foutisme que l'on retrouve habituellement dans ses productions de l'époque ("Moi Y'En a Vouloir des Sous" et "Les Chinois à Paris" en tête) semble tellement à côté de la plaque qu'on a l'impression que rien n'est juste.
Du coup, les chorégraphies omniprésentes dans l'oeuvre de Yanne, sortes de parenthèses sous forme de comédie musicales atteignant à la fois le summum du kitsch assumé et la futilité d'un disco bricolé sont ici plus stressants et insupportables que jamais.

D'ailleurs, tout est un peu comme ça : ce que l'on passe habituellement à ses films (un sens du rythme complètement personnel... et mauvais, les approximations générales - une post-synchro toujours limite -, les acteurs pas toujours au top, un montage franchement inconstant) est ici presque impardonnable. Car si ces défauts ont toujours été présents chez Yanne, ce type de bricolage sur la forme passait toujours en arrière plan du discours de fond. Ici, c'est le contraire : la forme finit de plomber un fond n'en avait déjà pas besoin pour sombrer.

Car ce que j'appelle ici le fond est en réalité une vision du combat des producteurs qui veulent des moyens de monter des spectacles et la lutte des artistes pour s'exprimer sans avoir à faire de concessions. Là où ça pourrait prendre du corps, c'est quand on compare avec la situation personnelle de Jean Yanne, qui aura dû batailler à chaque film, à la fois entre son statut de producteur et celui d'artiste (scénariste, acteur, réalisateur). C'est peut-être cela, au fond, qui m'incommode : à ne pas avoir su résoudre ses conflits internes et ses problèmes personnels, il n'aura pas réussi à trouver le ton juste pour son film.

Une chose est sûre, Yanne semble fatigué de mener ce combat contre des financiers qui ne parlent pas le même language que lui, et se résigne peut-être sous nos yeux à ne plus faire que du travail de commande, comme le montre la chanson que se partagent les deux génériques :

Quand on est dans le chobizness
On n'en sort plus jamais, on n'en sort jamais plus
Amour, passion, malheur, ivresse
On fait toujours semblant, on fait toujours faux-cul
(...)

Quand on est dans le show business
On n'a pas de pudeur, on tapine et c'est tout
On vent sa tête on vent ses fesse
Tout le monde il est beau, il veut avoir des sous

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