"...to hell and back with Christine"

Avis sur Christine

Avatar Wykydtron IV
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Après une image-titre bien classe et le générique de début, une séquence se déroulant dans les 50's nous présente la naissance de Christine. On a l'idée du "black sheep", avec cette chaîne de montage où toutes les voitures sont identiques, sauf une, l'héroïne du film, qui se démarque par sa peinture rouge et non blanche. Rouge, comme le sang, comme le mal, aussi.
Le fait que cette voiture soit incarnée est signifié rapidement par cette façon de la filmer comme un personnage, par des gros plans qui montrent les diverses parties de son corps, avant d'en arriver à un plan sur le rétroviseur gauche, dans lequel on voit la future première victime de Christine. C'est comme si elle le fixait du regard avant de frapper.
Rien qu'avec ce découpage dans les premiers plans, on voit comme John Carpenter est un bon réalisateur. Même si ce n'est pas logique qu'un voiture soit peinte et pas les autres, etc...
Le seul truc en trop dans cette première séquence selon moi, c'est l'usage de la chanson "Bad to the bone", trop signifiante, comme la plupart des morceaux qui passent sur l'autoradio de Christine au cours du film d'ailleurs, mais on pardonne tant cette chanson est cool.
Plus tard, on retrouvera des plans sur l'autoradio, en contrechamp des jeunes qui se pelotent à bord de la voiture, comme si elle les observait. Et c'est juste après ce "regard" de Christine qu'on voit qu'elle fonctionne comme un cock-block.
Christine, c'est assurément le personnage le plus cool du film, et le mieux travaillé.
Les plans où elle se répare elle-même sont terriblement impressionnants. C'est juste dommage qu'on la voit pas se débarrasser de la merde que quelqu'un a déposé sur le tableau de bord, ça aurait valu son pesant d'or. Content par contre de voir une voiture tueuse poursuivre un gros, j'en avais envie depuis longtemps. Il y en a un autre qu'elle étouffe contre le volant. Je crois que le film veut nous faire passer un message. Et le fait que Leigh ait failli s'étouffer parce qu'elle mangeait un sandwich, sandwich rendant, comme tout le monde le sait, les gens gros ? (nan je déconne)
Christine est trop forte, elle sait même jouer à cache-cache.
Il y a un grand travail pour la rendre "vivante", mais plus bestiale qu'humaine. Vers la fin, l'avant de la voiture démoli fait penser à des mâchoires, et les bruits de moteurs font penser à des ronronnements animaliers.
Le mieux reste cette vision de la voiture en flammes, ressemblant à une créature infernale.
Oui, une voiture peut être badass.
La seule chose que je regrette un peu, c'est que cette histoire du compteur kilométrique qui défile à l'envers jusqu'à arriver à zéro ne soit pas plus exploitée. C'est relégué au rang de détail dans le film, surtout qu'on n'y prête pas trop d'attention étant donné que le kilométrage en est aux milliers.
Je n'ai pas lu le livre de King, mais apparemment (d'après ce que j'ai lu il y a des éons sur un forum, je crois), Christine est habitée par le fantôme de son ancien propriétaire. Le scénariste de Carpenter a peut-être viré ça pour gagner du temps, mais je préfère largement que Christine soit simplement une entité avec sa volonté et pensée propre.

On ne peut pas dire autant de bien des autres personnages.
Je me suis bien marré avec l'apparition du héros, archétype du nerd. Il faut voir sa coiffure, les stylos rangés dans sa poche de chemise, ses lunettes à grosse monture, qui en plus de ça finissent par avoir du scotch au milieu, pour compléter le cliché. Il n'aurait plus manqué que la ventoline.
Le premier truc dont notre héros, Arnie, parle avec son ami, c'est sa partie de scrabble de la veille !
C'est un personnage faible, qui suit les choix de ses parents, et qui s'écrase devant des loubards. C'est assez bon pour comprendre l'importance de la Plymouth pour lui, quand il impose son choix là-dessus, en insistant sur le fait que c'est la première fois qu'il demande à ce qu'on respecte ce que lui veut. J'imagine que dans le livre de King est évoquée une attirance forte mais inexplicable entre Arnie et la voiture.
C'est assez bizarre que ce personnage, si peu confiant en lui, soit quand même capable de donner quelques signes d'extraversion, notamment quand, dans le dos d'une fille et pour faire rigoler son pote le joueur de football populaire, il fasse semblant de la mordre.
En milieu de film, il suffit qu'Arnie retire ses lunettes (pourquoi, comment ?) pour être quelqu'un de totalement différent. Il ne respecte plus personne, il s'habille comme un rebelle, il menace ses parents, il jure à tout va ; il devient un gros salaud ... on n'y croit pas du tout, à cette métamorphose.
Il y a d'autres personnages auxquels on a du mal à croire : le vieux tout crasseux, avec une armature bizarre sur son buste, qui vend la voiture ; et ce gros barge instable qu'est le patron du garage, agaçant par sa manie de mâcher on ne sait quoi en permanence. Bon, ça leur donne un certain caractère, mais ils sont limite over-the-top.

En fait "Christine" a un problème d'écriture, peu subtile, avec des personnages inconstants, ou alors trop transparents, leur caractérisation passant trop par leur look (quoique, c'est aussi un problème de Carpenter, je pense). Il y a aussi des trucs rendus trop évidents : le patron qui dit qu'il connaissait quelqu'un mort dans une voiture comme Christine ; en plus c'est inutile, étant donné que l'info sur la personne morte dans Christine est donnée sans détours plus tard, par la mère d'Arnie, qui s'est renseignée sur le véhicule.
Pour moi, Carpenter rattrape certains défauts par sa mise en scène.
Les relations entre les personnages d'adolescents sont construites, dans le scénario, de par de nombreuses discussions assez marrantes sur le sexe (j'ai trouvé très amusant ce moment de contemplation sur la gomme au bout d'un crayon, que Leigh fait passer dans sa bouche en étudiant ; vrai et drôle à la fois). Carpenter solidifie les rapports amicaux entre Arnie et Dennis, dans la scène d'hôpital par exemple, aux blagues que se lancent les personnages s'ajoutent leurs taquineries et gestes de complicité, qui passent donc uniquement par l'image.
Peut-être n'était-ce pas dans le scénario non plus, cette fille que Dennis ne voit pas, alors qu'elle lui jette des regards en souriant, ou essaye de lui dire salut.
Vers la fin du film, il y a entre Leigh (la copine d'Arnie) et Dennis, qui voulait sortir avec elle, une proximité qui est celle d'un couple, sûrement créée par le manque d'attention d'Arnie envers la fille qu'il/qui l'aime. La proximité entre les deux amis d'Arnie passe par un positionnement l'un par rapport à l'autre, qui peut aussi être justifié par la peur de Christine qui les réunit, mais aussi ce petit geste de Leigh qui pose sa main sur la jambe blessée de Dennis pour l'aider à appuyer sur une pédale d'accélération.
Carpenter, lui, sait se montrer subtil.
J'avais lu, au même endroit où j'avais appris qu'il y avait un fantôme dans le roman (ou alors mon esprit a modifié ce que j'ai lu au fil des années), qu'il manquait cette comparaison entre Christine et la femme.
Bon, ce n'est pas dit directement, mais ça se devine très facilement je pense, de par le prénom de la voiture, le fait qu'Arnie lui consacre du temps tandis que les autres draguent, le fait qu'Arnie écoute de la musique romantique dans sa voiture, ...
Il perd ses amis de vue en passant du temps avec Christine, comme certains le font quand ils ont une copine ; ironiquement, pendant ce temps où ses proches se demandent ce qu'il devient, Arnie nous a caché qu'il était le "date" de la fille qui refusait les autres mecs.

Dernières notes sur la mise en scène : Carpenter abuse un peu de la courte focale (mais pas autant que dans In the mouth of madness où c'en est affreux), et j'ai remarqué un petit faux-raccord à un moment, quand Dennis met ses mains dans ses poches, mais peut-être qu'au montage il n'y avait pas la matière pour bien raccorder, qu'en sais-je ?

"Christine" a des défauts, mais quand même beaucoup de qualités, qui me font me demander à nouveau comment Carpenter peut alterner les films bons voire géniaux avec ceux tous pourris.
Quel que soit mon avis définitif sur ce film-ci, j'espère que si un jour je deviens réalisateur, je saurai placer dans mes créations des éléments aussi subtils et malins que ceux trouvés par Carpenter pour "Christine".

EDIT : J'ai regardé les scènes coupées, il y en a une où la destruction de la voiture dure, et plus ça va, et plus ça fait penser à une scène de viol et de dégradation à la "I spit on your grave". Surtout quand un mec pisse dans le réservoir et semble en jouir. On se rapproche encore plus de l'idée que Christine est une personne.
Mais ça a bien fait d'être coupé, c'est trop long et on a pas besoin de voir un mec chier sur le tableau de bord.

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