Chungking express

Avis sur Chungking Express

Avatar Velvetman
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Un homme aime une femme mais n’arrive pas à lui parler car cette dernière semble ne plus vouloir de ses nouvelles. Une femme aime un homme mais a du mal à lui faire comprendre car elle parait trop timide, préférant se cacher derrière son comptoir de serveuse ou dans l’appartement de celui-ci. L’amour est imprévisible, il est difficile de savoir quand il nous frappe et il est encore plus difficile de le saisir. Deux histoires, deux moments de vies qui se ressemblent sans se côtoyer, deux personnes qui vivent leur amour solitaire de façon intime et réservé. Elle qui adore écouter la musique à fond comme pour rêver et ne plus écouter le brouhaha d’une ville en ébullition qui contre balance avec sa solitude sentimentale. Lui court tout le temps, et mange de façon gargantuesque. Wong Kar Wai, avec Chungking express, est peut être au sommet de ses fulgurances visuelles. On ressent le même aspect sensoriel qu’on l’on apercevra dans son film suivant, Les anges déchus, avec cette caméra volubile qui capte les la frénésie d’une ville où tout est en mouvement, en accélérant ou freinant l’espace-temps qui entoure nos personnages, comme pour encore plus marquer la déambulation de l’individualité de la collectivité vrombissante. Mais le réalisateur sait se faire plus doux, plus statique, presque emporté par une apesanteur délicieuse, notamment dans la deuxième partie du film, où il prend le pouls de la timidité des sentiments, l’attrape sans relâche, rappelant la poésie visuelle de Nos années sauvages.

C’est simple, c’est beau, c’est léger comme l’air, il montre la peur de mal faire par rapport à l’autre, la générosité de ces petits regards en biais qui en disent long sur l’étendu de cet amour grandissant, mais qui n’arrive pas à se dévoiler au grand jour. Bien évidemment comme à son habitude, Wong Kar Wai est aidé par la subtilité et toute la finesse de ses acteurs, qui allie drôlerie loufoque et romantisme désenchanté. Il y a deux films dans le film, deux histoires. La première peut dérouter car trop insaisissable pour qu’on puisse s’attacher ou rentrer en totale compassion avec leur déception affective. Mais les deux histoires, malgré leurs différences formelles ou émotionnelles, s’emboitent parfaitement, et montrent à elles seules, tous les contours de l’amour qui s’immisce en nous. Chungking Express reste un film qui bouillonne d’idées visuelles, dansant à travers les mélodies délicates de cette musique qui parcoure l’espace-temps et qui caresse la moindre parcelle d’émotions des protagonistes du film. Le film montre avec talent la difficulté du quotidien, de choisir le bon moment, de prendre sa chance quand il le faut pour ne pas avoir de regrets. C’est un film sur lequel, on compatit, on sourit mais derrière cette légèreté, Wong Kar Wai dessine trait pour trait le visage sublime d’une génération qui vie difficilement dans cette volonté de voler de ses propres ailes tout en essayant de sortir vivant des déboires de leur existence.

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