Yé rien compris

Avis sur Chungking Express

Avatar Joejoe
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Bon sang de bonsaï, je suis troublé par l'effervescence unanime qu'a pu produire ce film ! C'est bien simple, pour la première fois, je dois m'en remettre entièrement à l'émotion. Pourquoi ? Parce que je-n'ai-absolument-rien-compris à la trame, espérant tout le long quelques explications qui n'arrivent pas. Cela ne m'aide d'ailleurs pas à expliciter mes émotions. Je sais bien que les conditions de visionnage d'un film ont un impact immense sur l’effet qu’il peut nous donner. Mais alors là, je suis dans une obscurité crasse. Le film n'est pas commun ça c'est clair, ce qui semble d'ailleurs faire la singularité de Wong Kar Wai. Très franchement, il faudrait surement que je le revisionne pour le juger correctement. Mais bon ce n'est pas grave, je vais me laisser aller à l'écriture comme elle vient.

Une fois n'est pas coutume ce n'est pas une histoire qui est racontée dans ce film mais deux. Deux qui se suivent et qui n'ont aucun lien à part la sandwicherie le Chungking Express, dans lequel on peut voir notre premier puis notre second héros.

La première demi-heure on observe l’acteur Takeshi Kaneshiro jouer matricule 223, un jeune policier sur le point de fêter ses 25 ans, qui tente tant bien que mal d'oublier son ex. Il passe par tout un rituel afin de l'oublier complètement, allant jusqu'à manger 30 boîtes d'ananas dans la soirée ce qui le rend inévitablement malade. Il tente aussi de se trouver au plus vite quelqu'un d’autre afin d'oublier la femme qui l'a délaissé. L'ensemble est assez élégant et touchant. Tony fait assez immature, naïf, il se comporte un peu comme un ado, mais le rituel des boîtes ou le fait de courir afin de se vider de toute son eau pour ne plus pouvoir pleurer, c'est joli. En fait ce qui me gêne, c'est les prises de vue et les lieux. Oui on peut dire que c'est artistique et tout et tout, mais sans être difficile, ce n'est pas agréable à suivre et souvent la lisibilité en pâtie. On revoit toujours les deux mêmes pov' lieux, qui peuvent être représentatifs d'une réalité, mais bon... Bref, Tony rencontre une femme énigmatique dans un bar, il tente de la draguer, ils boivent comme des trous, il la ramène chez lui, elle s'endort, il part courir, fin de l'histoire. A ce moment-là, j'étais sûr que l'on reverrait ces personnages, mais ce n'est pas le cas. J'aime les fins ouvertes, mais là ce n'était juste que la pose d'une base, qui si développée aurait façonnée une histoire surement surprenante et prenante, mais qui ne donne aucune suite. J'aurais certainement apprécié de voir la tournure des événements de cette histoire, car je suivais tout de même le tout avec intérêt, mais-là ça m'arrête net. Bon passons...

La deuxième histoire, nous propose une intrigue assez similaire, bien que deux fois plus longue. L’acteur Tony Leung Chiu-wai joue Matricule 633, policier, la trentaine, vient de se faire larguer et tombe amoureux de la serveuse du Chungking. Lui, semble plus mature, plus responsable plus posé que 223 qui faisait chien fou. Faye (la serveuse) jouée par Faye Wong une chanteuse de pop chinoise, fait plus gamine rêveuse, instable, libre de ses faits et gestes. Elle est dans sa bulle, faisant abstraction de ce qui l'entoure et pas du tout sujette à la peur de déplaire, elle se fiche totalement du regard d'autrui.

Le truc, c'est qu'il n'y a rien. Je trouve les personnages moins intéressants que les premiers. Je suis frustré. Les dialogues sont rares et peu utiles à la progression de la trame. Les lieux sont toujours aussi insipides. Les musiques que l'on entend cinq fois de chaque, sont plutôt agréables et créent parfois une atmosphère plutôt sympa, psychédélique presque. C'est vrai qu'habituellement on entend les titres musicaux qu’une fois dans un film, là Kar Wai prend le parti de les répéter inlassablement. C'est plutôt une bonne idée, bien que crier au génie pour si peu est peut-être un peu exagéré... L'enchaînement des événements est absurde et totalement invraisemblable. On vogue en plein délire d'un metteur en scène fou. Franchement, pourquoi pas ! Je veux bien me laisser happer par les fantasmes d'un artiste. Le problème, c'est que l'on a commencé par me mettre dans une autre disposition avec la première partie du film et que durant toute la suite, je suis dans une vaine recherche de quelques explications. Je déteste ne pas comprendre et pendant une heure je ne comprends rien.

Ok Faye rentre chez 633 lorsqu'il est absent, elle y fait le ménage... Elle ajoute des poissons dans son aquarium, chamboule un peu toutes ses affaires... Pendant des jours et des jours. Lui, ne se rend compte de rien. Comment est-ce possible ? Il a une très mauvaise mémoire de chez lui, non ? Si 633 raconte rêveur, que chacun de ses biens sont vivants et expriment la tristesse de son ancienne relation, c'est mignon mais bon... En fait, je ne suis même pas sûr qu’il y ait de l’amour entre Faye et 633, Faye semble tellement détachée que je ne sais pas trop, si elle ne se laisse juste pas aller à ses envies. Le peu d’événement est raconté avec tellement de pudeur que je ne suis sûr de rien.
Non ce film est désespérément vide ! Les scènes se répètent en se suivant sans le moindre aboutissement. Je veux dire, il faut 45 minutes de film pour que 633 se décide enfin à inviter Faye. Elle, pendant ce temps, part pour la Californie, oui elle économisait pour voyager. Il devait la suivre peu importe où elle irait, mais il jette bêtement, la lettre : l’explication de son absence au rendez-vous. Puis la récupère, mais trempée il ne peut lire la destination de Faye. Il la revoit à son retour et lui dit qu'il la suivra partout. Le film se termine.

A ce moment-là, je n'avais pas passé un mauvais moment, je m'étais un peu ennuyé mais ce qui m'avait fait tenir c'était l'attente d'explications. Je sais bien que ce qui compte plus encore que de bon textes, de bons acteurs ou de bons je sais pas trop quoi d'autres, c'est l'ambiance, l'atmosphère qui se dégage d'un film, mais là j'avoue que Kar Wai n'a pas fait assez d'effort pour venir vers moi afin que je le suive, l'ensemble est trop superficiel. Je n'ai pas ressenti d'émotion particulière. Je pense comprendre qu'on puisse être embarqué, mais je ne comprends pas comment si peu de gens se sont retrouvé dans ma situation. Je me sens si seul... Venez moi en aide !

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