Cuir ou salopette ?

Avis sur Cinquante nuances de Grey

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J'enfonce ma carte dans le distributeur. Les portes s'écartent devant moi. Une forte odeur de bourgeoise envahit mes narines. L'éclairage tamisé révèle des rangées de fauteuil d'un rouge affriolent. Les gloussements des MILFs créent un fond sonore imprégnant. Le noir se fait, et la séance commence. Tout d'abord, ça chatouille un peu. On me titille avec une petite étudiante mal habillée et atrocement coiffée, en laquelle l'irrésistible Grey voit un fort potentiel (et il sera bien le seul). On me sort un jeu psychologique d'une subtilité à faire jouir un camion citerne (à force de se mordre la lèvre toutes les deux minutes, elle va finir par manger sa mâchoire). Puis le film commence à essayer de me stimuler du bout des doigts. Esthétique feutrée du luxe clinquant, bande originale bien maousse (intégralement extraite de la best porno sex song playlist avec des basses qui crachent et des femmes qui chantent grave pour faire suave et glamour), et ils parlent. Ils parlent, ils parlent. Mais tu vas abandonner les préliminaires et balancer la sauce ? Non, attends, l'attente fait partie du plaisir. Grey passe acheter dans la boutique où elle bosse de l'adhésif, des serreflex et de la corde, elle lui suggère une salopette... Ah, je commence à souffrir, ça y est ! Ils s'embrassent : 30 minutes. Ils couchent : 50 minutes. Puis il parle enfin du contrat SM. Et là, ça fait tellement mal pour ceux qui connaissent un minimum les pratiques... En termes d'aseptisation, c'est aussi violent que l'adaptation d'american psycho. Deux heures, et rien. Mais quand je dis rien, c'est rien. Le film est obligé de faire des ralentis pour montrer que les acteurs ne se frappent même pas. Les accessoires servent uniquement à se caresser. Autant dire que Dorian Grey (on s'en fout si c'est pas son prénom) est un énorme frustré qui ne peut jamais bander de tout le film au vu de la platitude des traitements qu'il propose à sa nouvelle partenaire, et d'ailleurs, ça transparaît presque dans son jeu. Puis 6 coups de ceinture, et là, elle veut arrêter, parce que c'est malsain en fait. Et fin. Douleur, fisting anal de cette perte de temps et hématophilie chronique, je ramasse mon vomi sur le siège pour l'avaler goulument. La fille fait un break en retournant chez maman parce que c'est dur de s'être pris une fessée, et Grey revient pour lui faire faire un tour de planeur inutile. Je défèque sur mon siège et m'étale les excréments sur le torse. Il lui offre une voiture gratos mais elle hésite toujours, car c'est pas son truc de base... Il inonde de luxe ses partenaires, et veut les convaincre façon Richard Gere alors que des pros le satisferaient à moindre frais. Je déchire des lanières dans les tissus du siège et me frappe avec. Je m'empale sur l'accoudoir et pousse à fond pour aller jusqu'au bout. Faut que je ressente un truc, là, le film est en train de me rendre impuissant. Les cinquantenaires continuent de glousser dans les rangs de devant. On voit, furtivement, la touffe pubienne de grey, surement le plan le plus osé de tout le film. Bref, du bondage, on n'aura rien vu, et six coups de ceinture qui ne laissent pas de marque. C'est pas aujourd'hui qu'on aura révolutionné le sexe au cinéma, ni briller d'audace. Et puis, l'attente se muant en douleur, impossible de ne pas soupirer devant ces recettes toutes faites de femme lambda courtisée par l'étalon riche et séduisant qui a juste des goûts particuliers... Même en termes de désir féminin, c'est vulgaire et consensuel. Enfin bon, quand on voit que pour la sortie du film, on vend des guides pour s'initier au SM sans se faire mal, on pouvait déjà rigoler. Comme le disait Nobert de la fistinière, de mon temps, c'est une soumise au milieu, et fist pour tout le monde !

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