La liberté, nom d'une couille satanique, est une rengaine pompeuse de notre civilisation.

Avis sur Cloud Atlas

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Je tiens à préciser dès maintenant que je n'ai pas lu « La Cartographie des nuages », roman sur lequel est basé le film. Je me contenterai donc d'une analyse cinématographique appuyée sur le scénario du film, et non pas sur les écrits de David Mitchell – analyse qui, soit dit en passant, sera aussi bordélique et aussi longue que le film.

Aller voir Cloud Atlas à 21h30, à moitié endormie et la tête pleine des révisions de la journée, ce n'est pas vraiment une bonne idée. Dès la première phrase, dès la première image, on se pose déjà des milliers de questions. Et, disons le tout de suite, ça ne s'arrange pas ! Tournant la tête vers mes amis pour y trouver la même tête ébahie devant tant de complexité, j'essaie d'écouter ce que j'entends, ou du moins une partie. Avouons le, c'est particulièrement difficile. Si les dialogues sont plein de sens et ont certainement une portée philosophique, on a réellement du mal à les placer dans un contexte précis, et donc encore plus de mal à en saisir le sens. Ainsi, il faut bien une vingtaine de minute avant de commencer à comprendre une partie de ce que l'on nous raconte, et je pense qu'il faut avoir vu la fin, pour saisir l'importance du début.
Si ces discours et ces scènes incompréhensibles nous laissent pantois, le fil conducteur se dessine petit à petit, à mesure que s'épanouissent les personnages. Au premier abord, les histoires des six personnages principaux semblent indépendantes. Ces six personnes vivent dans six périodes différents, dans six endroits différents, et nous suivons leurs périples à travers le temps et l'espace. Et c'est lorsque l'on commence à se dire « mais j'ai pas déjà vu sa tête quelque part ? » en froncant les sourcils et regardant s'il n'y pas un TARDIS caché dans un coin, que l'on comprend qu'il existe un lien entre tout ce beau monde. Petit à petit, des détails à peine visibles lient les vies des personnages, qui dépendent en fait les uns des autres dans ces différents univers.
La science-fiction et les théories des univers parallèles font alors leur apparition, lorsque Sonmi, que je présenterai plus tard, déclare : « Sachant que nos vies ne sont pas les nôtres, du berceau au tombeau, nous sommes liés les uns aux autres. Dans le passé, comme dans le présent. Et par chacun de nos actes, et chacune de nos impulsions, nous enfantons notre avenir ». Voyages spatio-temporels, multivers, univers parallèles, nous vivons les hypothèses de physique théorique qui nous font tant rêver. Et si, à chaque fois que nous prenions une décision, une nouvelle branche de notre avenir se créait, laissant alors notre univers se détacher entre un futur A et B, dont nos actes sont à l'origine ? Ce que l'histoire essaie de nous dire, c'est que nous construisons nous même notre destin, et que chacune de nos idées et de nos actions auront une répercussion sur le monde.

Chaque histoire nous apporte une morale différente, puisque se déroulant dans des circonstances différentes. Ce qui m'a sans doute le plus touché, c'est la vision de Néo-Séoul, nouvelle capitale de Corée du Sud, puisque l'ancienne a été détruite par la montée des eaux. Premièrement, nous découvrons ce futur hypothétique, presque post-apocalyptique, et ce que pourraient vivre les futures générations suite à ces changements climatiques dont on nous parle tant. Mais les scènes à Néo-Séoul vont plus loin. Elles nous montrent aussi la possible évolution de notre société, que l'on nous montre comme encore plus capitaliste qu'aujourd'hui, où Big Brother est devenu réalité et la liberté un mythe. C'est le combat de Sonmi, ancienne serveuse (autant dire esclave, dans son cas) destinée à mourir, qui découvre la vérité sur son monde. Son combat pour cette vérité nous rappelle l'importance de se battre pour ses idées, quelles qu'en soient les conséquences sur notre vie pourvu qu'elles améliorent celles des autres. Je n'irai pas plus loin, au risque de vous spoiler le film, mais je soulignerai tout de même deux détails amusants, les « téléphones » portables high-tech du futur qui sont tous de la marque Samsung, et l'évolution des visages qui nous laisse perplexes face à cette vision cauchemardesque de l'évolution (ou manipulation) physique.
Les péripéties des autres héros sont toutes aussi passionnantes, bien qu'elles soient moins choquantes, et les acteurs les incarnent à merveille. Hale Berry, qu'elle soit cette célèbre journaliste du San Francisco des années 1970 ou un bonhomme avec un œil de verre, et absolument géniale – bien loin de sa performance dans Catwoman, vous m'excuserez ! Tom Hanks, qu'on reconnaît à peine, joue son rôle à merveille, qu'il soit bon ou mauvais, et il en est de même pour Jim Broadbent, qui nous émerveille toujours autant. Enfin, nous avons la chance de revoir Hugo Weaving, toujours aussi génial, qui parvient même à nous faire peur dans son costume de joker-bouffon vert-Palpatine, qui va jusqu'à déclencher un puissant "Et ben merde alors !" de ma voisine.
De ces histoires, nous apprenons qu'il faut avoir confiance en soi, mais aussi en l'autre, l'importance et la force de l'amour, la nécessité du combat pour ses idées et pour la vérité, et le film se fait même un plaidoyer en faveur de l'abolition de la traite des noirs au XIX ème.
Les décors, quant à eux, sont tout aussi monumentaux. On est émerveillés par ce Néo-Séoul, par cet océan qui s'étend à perte de vue, et par cette étrange forêt, d'où l'on s'attend à voir surgir des prédators, ou des ewoks.

L'humour décalé est également très bon, que ce soit pour la folie d'un Tom Hanks rasé et tatoué qui balance un critique du haut d'un building, ou pour les jurons du type « nom d'une couille satanique ! ». Sans parler du language gungan de Jar Jar Binks.
Il y a également beaucoup de références à d'autres films, tels que Platoon, Soleil Vert, Tron, LOTR, Fight Club, et j'en passe... mais également beaucoup de références historiques, qui sont les bienvenues dans notre tentative de trouver des points de repères (attentats supposés de l'OLP, Guerre de Corée, colonies extra-planétaires à venir, etc).
Enfin, pour finir sur une touche d'humour, le générique nous fait beaucoup rire. Un acteur, une acolade, cinq noms, c'est ce qui fait le charme de cette adaptation.

En conclusion, si j'ai adoré cette dystopie, je serais tout de même tentée de dire « Je ne vous ai pas compris. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ici. Je ne sais pas ce que vous avez voulu faire ». Je le conseille vivement, tout en préconisant beaucoup de patience puisque la séance dure 2h50.
Et pour finir sur une note de philosophie, je vous laisse avec deux citations qui m'ont particulièrement plu.

« La liberté. Rengaine pompeuse de notre civilisation. Il n'y a que ceux qui en sont privés qui savent ce que cela signifie ».
« J'ai trop vu le monde, je ne vaux rien comme esclave ».

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