La guerre froide se réchauffe

Avis sur Cold War 2

Avatar Palplathune
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Avec son casting quatre étoiles et sa promotion ultra-agressive, Cold War n’avait pas a eu de difficultés à s’imposer comme une des grosses réussites commerciales de l’année 2012. Mais si le film avait réussi à attirer le public dans les salles, il n’avait pas vraiment convaincu. La faute à un scénario inutilement alambiqué, une sur-dramatisation de tous les instants et une résolution décevante. Cela n’a pas empêché Edko de mettre une suite en chantier qui sort donc cette semaine sur les écrans de Hong Kong. Malheureusement, comme on pouvait le craindre, ce second épisode présente à peu de chose près les mêmes défauts et qualités que son prédécesseur.

Cold War 2 reprend exactement là où le premier s’arrêtait. Sean Lau (Aaron Kwok) est le nouveau police commissionner et fait l’objet d’un chantage par l’auteur des attentats du premier film, Joe Lee (Eddie Peng) : S’il ne le libère pas, un de ses hommes tuera son épouse. Après une opération mal gérée, le criminel parvient à s’échapper. Ce dernier, soutenu par un groupe de puissants hommes politiques et hommes d’affaires, tente alors de convaincre son père, l’ancien haut fonctionnaire Waise Lee (Tony Leung Kar Fai), de rejoindre leur camp dans leurs machinations pour mettre au poste de chief executive un des leurs.

Les principales qualités dont fait preuve Cold War 2 se trouvent sur le plan technique. Au premier du rang duquel, on trouve bien sur son visuel et sa direction artistique sans faille. Tout comme sur le premier film, les deux réalisateurs ne ménagent pas leur peine pour mettre en valeur la ville à l’aide de magnifiques plans aériens et autres intérieurs luxueux. La belle photographie de Jason Kwan garantit que la rétine du spectateur sera constamment flattée pendant l’intégralité du métrage. De même, avec Chin Kar Lok aux commandes de l’action, on a forcément droit à quelques séquences violentes bien senties dont un accrochage dans un tunnel particulièrement mémorable. Le principal défaut, c’est toujours une sur-dramatisation constante, à coup de musique pompière, de dialogues sentencieux et de gros plans des stars. Le procédé est tellement surutilisé qu’on frise régulièrement la parodie pure et simple.

Une des caractéristiques qui distinguait, et sauvait partiellement du naufrage, le premier Cold War était son extrême localisation. Les thèmes qui imprégnaient le film correspondait à des préoccupations spécifiquement Hong Kongaises. Et les réalisateurs ne manquaient pas la moindre occasion de souligner par petites touches la spécificité de Hong Kong par rapport aux autres villes d’Asie et, surtout, de Chine Continentale. Ces intentions sont toujours présentes mais apparaissent plus superficielles que dans le premier volet. Cérémonie funèbre à coup de cornemuse, utilisation de l’anglais, passeports BNO sont certes bien présents pour nous rappeler l’héritage colonial unique de la ville. Mais Jack Ng, le scénariste, ne semble pas avoir pris en compte les évolutions politiques récentes qu’a connues Hong Kong dans son scénario. Ainsi, Sean Lau met régulièrement en avant la mission de la police de servir les citoyens en toute impartialité. De même, les antagonistes du film sont présentés comme des représentants de groupes d’intérêts influents qui cherchent à prendre le pouvoir. Or, c’est complètement ignorer la situation politique de la ville depuis la rétrocession. Il est bien connu que le leadership de la RAS est entre les mains des puissants tycoons et de Pékin et ses représentants locaux. Impossible d’espérer être aux commandes de la ville sans le soutien de ses deux factions. Cold War 2 semble pourtant croire que le gouvernement local dispose d’une légitimité populaire et est un arbitre impartial dans les luttes d’influence entre les différents secteurs de la société. Il n’en est bien sur rien. De même, si la police de Hong Kong a disposé pendant longtemps qu’une bonne image auprès du public, les événements de la révolution des parapluies ont considérablement écornés cette image et la police apparait de plus en plus comme une extension du pouvoir en place, bien loin de l’impartialité affichée ici.

Paradoxalement, ce que le film perd en justesse politique, il semble le gagner en émotions. C’est surtout grâce aux sous intrigues tournant autour de Chow Yun Fat et Tony Leung Kar Fai que celle-ci s’exprime. On croit particulièrement à la sincérité des sentiments de ce dernier quand il a affaire à son fils ou à ses anciens hommes. Dommage que cette facette n’ait pas davantage été mise en avant dans le récit plutôt que cette intrigue politique qui peine à tenir debout.

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