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Where the streets have no name

Avis sur Collatéral

Avatar Tony Martin
Critique publiée par le

Cela faisait longtemps que je n'avais rien écrit ici et c'est ce film, qui pourtant n'est ni le meilleur ni le moins bon que j'aie vu depuis tout ce temps, qui m'a donné envie de m'exprimer à nouveau. Envie de m'exprimer mais, pour dire quoi ? Justement, c'est le fait qu'il m'ait donné envie d'en parler qui m'a intrigué.

Je suis au courant de son existence depuis sa sortie, mais il m'avait peu intéressé à l’époque. Il était vendu, comme toujours, en tant que film d'action hyper nerveux, avec des scènes de poursuites d'une intensité folle, Tom Cruise, l'homme qui casse des briques, bref, un film d'action à la "Le Transporteur", sorti 2 ans plus tôt et qui m'avait déjà laissé de marbre. Telle était l'image - purement fondée sur le marketing - que j'en avais à l'époque où je ne prenais même pas la peine de regarder les noms des réalisateurs et/ou scénaristes sur les affiches.

Depuis, je me suis mis à regarder activement des films et j'ai appris à ne pas me fier à la com' qu’on en faisait. J'en ai donc vu certains de Michael Mann (dont j'ai surtout apprécié Heat pour des raisons proches de celles exposées ensuite) et me suis souvenu de Collateral : une subite envie de visiter L.A. de nuit m'a finalement poussé à le regarder lors de la séance entre amis du mardi soir.

Ce qui m’a marqué, c’est son ambiance; ce qu’aucun publicitaire ne sait vendre, jamais. J'ai donc été très rapidement plongé dans ce que je cherchais et d’une manière encore plus satisfaisante que je ne l’espérais. L'aspect très contemplatif de la ville et très cru de la vie quotidienne de Max, notre chauffeur de taxi, lors des premières minutes, donne immédiatement un ton au film qui justifiera beaucoup d’éléments des deux heures qui suivent.

Le décor est posé, une cliente monte, on tient la conversation banale de taxi, mais ça ne dure pas longtemps : on comprend qu'on a plus à se dire, qu'on est en bonne compagnie et qu'on peut se dévoiler, un peu. Max (Jamie Foxx) n'est chauffeur que de façon temporaire, le temps de mettre ce qu'il faut de côté pour monter sa propre société de limousines de luxe. Annie (Jada Pinkett Smith), elle, est procureur : c’est la veille d’un important procès contre un cartel de drogue pour lequel elle va répéter toute la nuit, histoire de gérer la pression. Max la dépose donc à son bureau puis monte le client suivant, Vincent, incarné par Tom Cruise.

Je dois reconnaître que dans ce rôle, il m’a bluffé. Dans le sens premier du terme, c’est-à-dire qu’il était Vincent dans ce film; pas une seconde j’ai pensé à Tom Cruise en le voyant. Je pense que c’est la meilleure prestation que j’ai vue de lui. De façon générale d’ailleurs, les acteurs sont méconnaissables (je vous laisse les surprises, vous ne les verrez peut-être pas non plus) et nous entraînent de manière tout à fait crédible dans cette nuit qui dérape - peut-être aussi grâce à l’unité de temps et de lieu, qui donne une cohésion forte à l’histoire. Leurs réactions sont humaines et les dialogues sont vrais. Vincent “achète” Max pour la nuit, il a 5 visites à rendre, et entre chaque arrêt on a l’occasion de participer aux discussions de plus en plus profondes de ces personnages qui finalement font “juste leur travail”.

Cela fait partie de ce qui séduit le plus dans Collateral à mon avis : le sens de la pause, des interludes. Car oui il y a des scènes d’action, des courses poursuites, une enquête de police de thriller avec de la tension, mais on peut quand même largement respirer, regarder les personnages discuter de façon posée et en prendre plein les yeux avec les très beaux plans de Los Angeles. J’ai personnellement trouvé qu’il y avait des moments paisibles, voire poétiques qui soulignaient bien l’un des propos du film : quoi qu’il se passe dans ce taxi, dans cette rue, ou dans cette ville ce soir, tout le reste du monde continue de vivre. Mis à l’écrit comme ça, c’est bateau (ça n’en reste pas moins vrai) mais dans le film c’est plutôt bien amené et par plusieurs faisceaux plus ou moins directs.

On pourra reprocher à certaines scènes de n’être “pas réalistes” comme celle de la boîte de nuit (la deuxième) ou la scène finale (dans le train), mais ce n’est pas le réalisme qui fait à mon sens le cœur du film, c’est surtout sa narration imagée, sa représentation des quêtes personnelles de deux individus qui s’affrontent, plus dans les idées et les dialogues que par le corps d’ailleurs, tandis que la vie suit son cours. Cette confrontation est d’autant plus intéressante qu’elle permet aux deux protagonistes d’affronter leur propre reflet, de mettre les mots sur ce qui entrave leur évolution, tous deux persuadés de faire leur job de façon temporaire, pour survivre, mais finalement embourbés dans leur situation actuelle.

Pour revenir sur la dernière scène (symptomatique du cinéma de Mann), il s’agit probablement d’une de mes favorites, par l’utilisation si bien justifiée de tant de licences qu’on voit trop souvent - simplement parce que ce sont des canons que les gens sont habitués à voir - mais qui ici soulignent encore une fois très bien les propos. Et par le rappel de ce fait divers clef dans le film : “Un clochard meurt dans un métro, les gens continuent de s’asseoir en face de lui pendant des heures”. On nous laisse méditer là-dessus avec enfin le soleil qui pointe son nez sur Los Angeles.

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