Une réminiscence de ce qui fut déjà proposé par Budd Boetticher et Randolph Scott

Avis sur Comanche Station

Avatar JéJé fait son Bagou
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Un type qui a réussi une chose, une seule chose dont il peut dire être fier, ça suffit. Enfin, c'est ce que mon père me disait toujours.

Budd Boetticher est un maître du western à ne pas en douter, celui-ci faisant appel à une approche très personnelle dans une conduite souvent intimiste jouant essentiellement sur une approche psychologique avec les personnages, gravitant autour d'un scénario commun qui fait sens à la dramaturgie du récit présenté, le tout chaque fois autour d'un budget modeste à travers une durée du film qui n'excède jamais les 1H15. Une formule qui a chaque fois fonctionne grace à l'intérêt dramatique insufflé. Comanche Station marque la fin de la collaboration entre Randolph Scott et le cinéaste Budd Boetticher. Pour cette dernière, le duo présente un Far West abandonné de Dieu, ravagé par la cupidité des hommes (sujet favori du réalisateur), dans lequel on explore les préoccupations thématiques et morales d'un groupe de personnages en proie au doute, se questionnant sur la place de chacun au sein d'un monde difficile qui n'épargne personne.

Comanche Station est un divertissement intelligent et savoureux qui malheureusement sent le déjà-vu. Le film ressemble à une histoire qui fut déjà racontée et en mieux par le duo Scott / Boetticher avec "La chevauchée de la vengeance" et dans une certaine mesure via la cupidité reprochée avec "L'Aventurier du Texas". C'est un peu problématique, car ayant vu ces fameux westerns qui ont une intrigue similaire, la qualité de l'intrigue jouant sur les mêmes ambiguïtés avec l'impact des personnages quasi comparable annihile le contenu final qui s'en trouve bien moins percutant et audacieux. Heureusement, Comanche Station reste un western pourvu de nombreuses subtilités qui met tout du long à mal des valeurs solides, même auprès de ceux qui n'aspirent plus qu'à une rédemption que le cinéaste ne permet à aucun moment. Seul le final avec la révélation autour du mari de Nancy Lowe (Nancy Gates) apporte un petit souffle d'espoir qui permet d'entrevoir un avenir moins austère dans ce monde corrompu et violent.

Les scènes d'action n'ont rien de bien glorieux, étant ici avant tout un prétexte permettant de mettre à profit la relationnelle problématique entre les différents personnages. Le récit alterne tout du long des petites scènes de fusillade avec des séquences plus posées dans laquelle on explore la complexité de ce groupe. La première moitié du long-métrage se déroule avec très peu de dialogue ce qui amène une ambiance de grandeur et de pessimisme oppressant plongeant le spectateur dans une nature vaste et sauvage qui alterne les superbes paysages de Lone Pine. La musique de Mischa Bakaleinikoff accompagne superbement les différentes péripéties du récit. Les personnages sont bien campées, les comédiens apportent une proposition personnelle qui va de pair avec les états d’âme de chacun. Des personnages cyniques allant de concert avec le monde dans lequel ils gravitent puisqu'on explore continuellement à travers eux le fatalisme.

Ben Lane incarné par Claude Akins en tant qu'antagoniste se révèle être le plus humain de tous puisqu'il accepte sa condition d'homme qui aura voué toute une vie à mettre la main sur un gain conséquent lui permettant une élévation, bien que dans son dernier soupir il viendra à reconnaître être lui aussi prisonnier d'un cercle vicieux lui permettant aucune émancipation. Frank (Skip Homeier) et Doby (Richard Rust) les deux compagnons de Ben Lane apporte beaucoup de texture en tant que cavalier détestant ce cercle de violence auquel pourtant ils contribuent, Doby voulant absolument en sortir alors que Frank s'y résout car sachant pertinemment impossible le cheminement pour y arriver. Nancy Lowe par Nancy Gates libéré d'un camp Indien dans lequel elle fut violée à maintes reprises affiche une mine alarmiste quant au retour auprès de son mari dont elle ignore s'il acceptera une femme salie par d'autres hommes. Vient enfin Jefferson Cody incarné par le charismatique Scott Randolph prisonnier d'un deuil qu'il n'a jamais su faire, continuant jusqu'à la mort la poursuite d'une chimère incarnée par sa femme kidnappée depuis des années qu'il sait pourtant qu'il ne retrouvera jamais. Jefferson Cody est un personnage très intéressant que Randolph incarne efficacement mais dont on regrette un manque d'ambition autour de celui-ci, surtout avec un tel background.

CONCLUSION :

Comanche Station réalisé par Budd Boetticher est un western sobre mais compétent qui ne sera pas le film le plus mémorable du duo Scott / Boetticher qui prend fin avec cette oeuvre. Une série B de qualité qui propose un scénario simple dans la forme mais original dans le fond qui malheureusement n'offre que peu de surprise lorsqu'on a déjà vu les autres oeuvres du duo. Reste un western intelligent qui apporte un cynisme percutant autour des personnages.

L'inspiration de cette oeuvre n'est qu'une réminiscence de ce qui fut déjà fait par Budd Boetticher et Randolph Scott.

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