Smells like teen spirit

Avis sur Come As You Are

Avatar Yuan Cloudheart
Critique publiée par le

Disons-le franchement, je ne suis pas une personne que l'on pourrait qualifier de "religieuse". Et disons-le franchement, Come As You Are avait tout pour ne pas me réconcilier avec le religion. Mais dans une société où l'obscurantisme parvient peu à peu à se refaire une place, surtout aux Etats-Unis, le nouveau film de Desiree Akhavan était nécessaire.

Come As You Are prend place en 1993 dans un centre, appelé La Promesse de Dieu, où des jeunes sont reçus en thérapie pour "soigner" par la foi leur homosexualité. Cameron Post, seize ans, y est envoyée par sa tante après qu'elle ait été surprise à embrasser sa copine. Dirigé par le Docteur psychiatre Lydia Marsh (oui oui, docteur psychiatre...), l'établissement pousse ses pensionnaires à se repentir par leur foi en Dieu et apprendre à refuser les tentations du Mal.

Desiree Akhavan parvient à mettre en lumière l'absurdité des discours, des thérapies et des "ateliers" sans jamais entrer dans la moquerie facile. La force du film réside dans le fait que l'on suit un personnage, Cameron, qui hésite parfois entre envoyer chier Lydia Marsh, qui a dû avoir son diplôme de psychiatre dans un Happy Meal, et se laisser convaincre qu'elle doit revenir à la "normalité" hétérosexuelle. Ainsi le film ne prend pas le parti d'un personnage qui raillerait en continu les tentatives d'une bande de cul bénis rétrogrades, mais pose un regard relativement neutre sur les événements pendant les deux tiers du film. Le dernier tiers, certes plus critique, préfère mettre en lumière quelques fautes personnelles des dirigeants dépassés par ce qui se passe à la Promesse de Dieu, plutôt qu'une défaillance générale de la religion à s'adapter à une société en évolution.

Le film parvient tout de même à distiller un petit quelque chose d'oppressant, en partie par le très bon jeu de Jennifer Ehle, glaciale. Et bien sûr, l'identification n'aurait pu être la même sans la performance de Chloë Moretz, qui est, comme à peu près toujours, très douée. Sasha Lane est également brillante.

Baignant dans une constante lumière un poil sepia et des couleurs très légèrement délavées, l'action est immédiatement remise sans difficulté dans les années 90, ce qui permet de mettre une sorte de distance, mais pour autant les choses ont-elles évoluées ? Il existe encore probablement des centres de ce genre aux USA, je suppose. Et si Come As You Are n'a pas vocation d'en demander la fermeture, il pose au moins la question de leur bien-fondé.

Au final, difficile d'en dire réellement plus sur le dernier long-métrage de Desiree Akhavan. Ce n'est pas le film de l'année mais il est bien dirigé et pose des questions. Malgré quelques longueurs, on sort de la salle de s'interrogeant sur ce qui peut pousser des humains à considéré comme maladif quelque chose de naturel (car oui, n'en déplaise aux plus réac, l'homosexualité existe chez une pelletée d'animaux autres que nous).

Au final, c'est un des rôles de cinéma non ?

Poser des questions.

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