L’ignominie de la thérapie de conversion, dans un film trop doux

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Correctement interprété, glauque et sobre à dessein, réalisé avec intelligence, mais **sacré**ment barbant, forcément (ça commence par un prêtre racontant qu’un adolescent ne doit surtout pas s’amuser parce que ce serait l’assurance de pêcher…). En fait, c’est répugnant de bout en bout, mais insidieusement, volontairement insidieusement, en écho à la logique lente quoique brutale de cette immonde thérapie de conversion. Ce n’est donc pas un mauvais film, au contraire sans doute, mais je ne l’ai pas aimé pour autant… En l’écrivant, je me rends compte que ce n’est pas un film qui tente d’être appréciable, et ça, ça l’est, appréciable. À l’écriture toujours (grâce au temps réflexif qu’elle donne), je me rends compte aussi que c’était sensuel et très doux de manière récurrente, ce qui n’est pas si évident à produire… Ça montre à la fois frontalement, pudiquement et simplement une sexualité adolescente, féminine, homosexuelle qui plus est. On est loin des clichés hollywoodiens venant compenser par leurs excès ce puritanisme étasunien dont il est ici aussi, encore une fois question (et dont je me fous bien, au fond…). C’est le métrage antithétique des deux premiers épisodes de Dare Me que je découvrais avant-hier, et qui eux, me procuraient un plaisir cinématographique net, un plaisir d’ordre synesthésique. C’est le métrage d’une femme, ou plutôt de deux, puisque Desiree Akhavan s’est appuyée sur le roman d’Emily M. Danforth. D’un autre côté, le déroulement s’est révélé très prévisible, notamment la manière dont ça tourne mal pour la protagoniste et son couple, et surtout bien vite, comme s’il avait fallu se débarrasser de l’encombrant « élément perturbateur ». Idem pour un certain nombre d’interactions ou d’événements, y compris le climax faiblard accompagné de violon (et ce malgré l’importance de l’acte). Mais bon, à titre personnel, c’est surtout l’absence de révolte que je ne peux pas concevoir, cette docilité de la protagoniste et de ses camarades d’infortune, même si elle est crédible. D’autant qu’en y pensant, j’ai moi-même choisi, à un âge similaire, d’endurer – des étaux différents, mais pas moins dévastateurs – plutôt que tout brûler… Nous sommes étonnamment résilients, finalement… Reste qu’après Dog Pound et cet autre film dans un « boot camp » pour adolescents dont je ne retrouve pas le nom, ça paraît très léger, très oubliable… Justement parce qu’eux s’appuyaient sur la rage qui, visiblement, m’est plus familière que je ne veux bien l’admettre.

Comme d’habitude, j’ai cherché le titre de cette critique après l’avoir écrite, et il me fait réaliser encore une chose : s’il est trop doux à mon goût, ce film est cohérent. Étant donné la douceur et la simplicité potentielles de la vie (bien présentes et bien montrées lors des flash-backs), la fugue finale transmet l’idée qu’il vaut effectivement mieux, face à l’abject, fuir, que de se (laisser) détruire. Et fuir est plus courageux que de ne pas « tout brûler », comme je l’évoquais.

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