Western italien passionnel avec Tomas Milian, Fernando Rey, Jack Palance. Vive la révolution !

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Oups, j’avais fait la liste de mes envies, et voilà que je zappe « Le dernier face-à-face » de mon visionnage westernien pour me consacrer à mon coup de cœur préféré, « Il était une fois dans l’Ouest ». Oui, Morricone me manquait terriblement et je pardonne à l’anti-duo Tomas Milian-Lee Van Cleef ce mouvement de colt que je n’avais pas prévu. J’ai dégainé du Sergio Leone trop vite. Encore toutes mes excuses Monsieur Sollima.
« Il était une fois dans l’Ouest » a donc été mon W numéro trois.
Pour me rattraper, je choisis un autre Sergio en cours de route : le fameux Sergio Corbucci. A moitié pardonné déjà, amis spectateurs ? Merci. Vous voulez le titre du western ? « Companeros ». Me pardonnez-vous à 80% ? Si oui, merci.
Rengainons donc pour une critique de plus de ma part. « Companeros » : mon western numéro quatre.

Pour sa cinquième collaboration avec le futur compositeur de « Mission », Sergio Corbucci, qui a déjà coopéré avec Ennio Morricone sur « Le mercenaire » et « Le grand silence » notamment, signe et soigne un western spaghetti digne d’un ‘Dollar’ léonien.

Synopsis : un trafiquant d’armes suédois fait équipe avec Vasco et son groupe de révolutionnaires mexicains pour venir en aide à Xantos, le vrai chef révolutionnaire, détenu par les américains. La bataille peut commencer.

Doté d’un scénario facile, Corbucci, également scénariste, prend part à la Révolution, tisse à gros trait les personnages, et se met au service de l’aventure et des courses-poursuites toutes plus entrainantes les unes que les autres. Sergio nous maintient en haleine grâce aux soubresauts de l’histoire qu’il nous raconte avec passion.

Passion qu’on découvre au niveau de la bande-son. Morricone, par ses envolées lyriques avec le titre « Vamos a matar, companeros », n’en finit pas de nous envoûter et de nous faire part de sa révolution musicale, tant sur les cordes que sur les chœurs qui nous font chavirer de bonheur. On a envie de continuer à chanter après le final. C’est dire la facilité déconcertante et la magnificence de la musicalité qu’a le compositeur qui a été camarade de classe avec Sergio Leone. N’oublions pas le regretté Bruno Nicolaï qui a ici œuvré à diriger l’orchestre.
Ou la classe à l’italienne, tout simplement. Bravissimo !

Ensuite, niveau acteurs, on a droit à du lourd : un casting quatre étoiles. Et pas des moindres.
Tout d’abord, on a Tomas Milian qui incarne un Vasco animal à souhait. Il est ce révolutionnaire ordurier et irrespectueux de l’ordre et des conventions. Une très belle composition de sa part. Découvert grâce à Mauro Bolognini (« Les garçons »), Milian tournera pour des westerns italiens (« Colorado » de Sollima, « Trois pour un massacre », « Les quatre de l’Apocalypse ») avant de s’expatrier à Hollywood (« JFK », « The yards »).
Après, on a Franco Nero, le trafiquant suédois. Propre sur lui, il dégaine quand il en a besoin. Beaucoup moins sur les nerfs que son compère rebelle Vasco, il impose sa vision de la révolution tout en tentant de mener Vasco sur son terrain de bataille. Une interprétation sobre, sans fausse note et sans artillerie lourde dans ses mains : la rengain’attitude. Coup-double ! « Django » a lancé la carrière de Franco. Ce personnage, qui laisse traîner derrière lui un cercueil, a été créé par les frères Corbucci (Bruno et Sergio). Par la suite, il a joué dans « Tristana » de Buñuel, « Keoma », « 58 minutes pour vivre » et dernièrement dans « The lost city of Z » de James Gray, notamment. Franco Nero ou l’art de nous faire décharger notre six coups. Bim !
Ensuite, nous avons droit à Fernando Rey qui nous donne l’image de Xantos, ce chef révolutionnaire mexicain adepte de la non-violence. En dehors de sa rage de vaincre par la parole, Fernando met son talent au service d’un peuple qui l’acclame. Fernando Rey, par sa sagesse, est ce porte-parole qui guide le peuple. Prix d’interprétation masculine en 1977 pour « Elisa, mon amour » de Carlos Saura, l’habitué buñuelien (« Viridiana », « Tristana »…), aura tourné pour les plus grands : Welles, Friedkin, Rosi, Comencini… .
Ce trio, Tomas Milian-Franco Nero-Fernando Rey, vu une seule fois dans un western spaghetti !, brillamment dirigé par Sergio Corbucci, se met au service de la Révolution mexicaine en nous entrainant dans de folles escapades. D’excellentes interprétations pour des gueules de cinéma qu’on ne peut oublier. Boum ! Des têtes à l’européennes qui nous disent que le cinéma all’italiana existe bel et bien. Merci !
A leurs côtés, il y a Jack Palance, le méchant américain qui possède un pisteur, son faucon. Et tous les deux sont machiavéliques, bien entendu ! Eternel criminel du cinéma -« Le masque arraché », « L’homme des vallées perdues », « Les mongols » d’André de Toth, « Les professionnels » de Richard Brooks, « Batman »…-, Palance est ici l’atout poker-menteur de « Companeros ». Joker !

Pour parler de la mise en scène, le réalisateur de « Django » englobe son scénario certes déconcertant et sa musique en une invitation au western qui se traduit par une équipée européenne dans laquelle son casting s’en donne à cœur joie. Une mise en scène envoûtante au service d’acteurs au diapason. La classe à l’italienne de la part du futur metteur en scène du « Spécialiste » (avec Johnny Hallyday).
De plus, Corbucci honore et glorifie le western spaghetti en prenant comme méchant un acteur américain qui a l’habitude de jouer ce genre de rôle (Jack Palance). Et pour couronner le tout, celui qui dirigera plus tard le tandem Hill-Spencer livre une parodie du western Zapata en filmant la scène finale en une bataille totalement délirante.

Pour conclure, « Vamos a matar, companeros »(1970), farandole corbucienne, reste ce western spaghetti pur jus, délirant et étonnant qui rend un vibrant hommage au genre.
Spectateurs italiens, attenzione, une révolution peut en cacher une autre… !

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