Efficace mais niais

Avis sur Contagion

Avatar Jduvi
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C'est l'un des nombreux effets collatéraux du Covid-19 : sans la vilaine bestiole, jamais je n'aurais eu l'idée de visionner ce Contagion de piètre intérêt. Je lis ici et là que les productions de Soderbergh se situeraient entre le blockbuster et je film d'auteur ?... Le curseur est très proche du blockbuster alors car rien, dans ce cinéma, n'a de personnalité. Aucune vision, aucun choix fort de mise en scène. Il se trouve que ce Contagion s'intercale pour moi entre deux visionnages de Inland Empire, de David Lynch (près de 3h de Lynch d'un coup, je peux pas). Un contraste éloquent, qui montre la différence entre un auteur et un fabricant de film. Chez Lynch, un univers prégnant, immédiatement reconnaissable. Chez Soderbergh, une sensation tout aussi prégnante de déjà vu. Du cinéma industriel, à l'image de la musique du film jouée par des machines.

Alors attention, on ne s'ennuie pas, "ça se laisse voir"... Mais je me dépêche d'écrire cette critique car demain je crains d'avoir oublié ce film. Tout cet argent dépensé !... car le film a dû coûter bonbon vu certaines scènes comme par exemple celles de panique dans les rues... Tout ça pour ça : presque rien.

On pourra se rabattre sur le côté documentaire, et juger à quel point le film était prophétique. Car, on ne peut lui enlever cela, Soderbergh s'est documenté. Le virus part d'Asie, une chauve souris est mêlée à l'affaire, il est très contagieux. Beaucoup plus létal (et spectaculaire : la bave qui sourd des lèvres) que le Covid-19, cinéma à sensation oblige. Les scènes de panique sont un brin poussées, mais la réalité peut aussi dépasser la fiction : Soderbergh n'a pas imaginé qu'on dévalise les rayons de PQ... Quant au vaccin, on est flatté en tant que Français que le film nous place parmi les deux seuls véritablement fiables (avec les vaccins américains bien sûr !), pour le reste on verra si l'avenir confirme, car à l'heure où j'écris ces lignes le vaccin n'est pas encore au point...

Dans ce film choral, Soderbergh fait émerger quelques personnalités, qui nous font immanquablement tomber dans le gnangnan : Mitch (Matt Damon) doit avaler la pilule de l'infidélité de sa femme et protéger sa fille mais à la fin il lui offre une fête avec son amoureux, c'est beaueaueau... Le docteur Cheever (Laurence Fishburne) donne son précieux vaccin au fils de Roger, le modeste employé qu'il côtoie au boulot, c'est beaueaueau... Le docteur Orantès (Marion Cotillard) prend fait et cause pour ses ravisseurs, qui ne l'ont kidnappée que pour sauver des enfants pauvres, c'est beaueaueau... Le docteur Ehle trouve le vaccin en se l'injectant à elle-même, trop fort, mais refuse tous les honneurs, en référence à son dévoué géniteur, c'est beaueaueau...

Bref, le cinéma américain dans toute sa niaiserie. Efficace mais niais. Bien sûr, je ne le résume pas à cela, mais il faut reconnaître qu'il tombe dans ce registre plus souvent qu'à son tour...

Je sauverai la scène finale, qui m'a amusé. De quoi passer tout juste la barre des 5.

5,5

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