Par le pouvoir de la monogamie - l'analyse de tout ce qui ne va pas dans ce film

Avis sur Crazy Amy

Avatar Weliany
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En voyant l'affiche du film et en lisant le sujet je fut fort intriguée par Trainwreck (en vo). Voilà que je m'en vais faire un petit tour sur la fiche casting et bon sang que c'est alléchant. Y a de l'acteur du Saturday Night Live, du caméo sportif en passant par Daniel Radcliffe et surtout, l'animal spirituel du web Amy Schumer. À force de trainer sur Tumblr je me suis familiarisé avec sa bouille d'amour et son ton caustique et son discours honnête et pointu. De plus le tout est réalisé par Judd Appatow, l'homme qui te fait rire des problèmes des autres et réfléchir sur les tiens le tout avec bonhommie.

Que de bonnes raisons de regarder le film. Non ?

Attention je lance le sensanalyse.com au lieu du senscritique donc vous êtes prévenu(e)s !

Problème n°1 l'affiche.
Elle est très révélatrice de ce qui ne va pas avec le film. Premièrement la bouteille d'alcool est cachée dans un sac papier. Car aux USA on n'a pas le droit de boire sur la voie publique, par contre si c'est dans un sac OK (hum hum). Secondement, on a un personnage féminin qui d'un geste autoritaire nous défend de la juger, de dire quoique ce soit concernant son comportement alors que le titre même du film la juge en la traitant de "catastrophe" ou de "désastre" en vo et de "folle" en français (oui enfin le français anglais mais bon ceci est un autre débat.)
Paradoxe ? Oxymore visuelle ?
Et ensuite il y a un homme, à moitié caché par la femme qui lève un sourcil étonné. La présence de Bill Hader est ce qui m'a donné envie de regarder le film en premier lieu, mais elle me rend perplexe car je ne comprend pas pourquoi il est là et de quoi il s'étonne. Son visage exprime à la fois la peur et l'amusement. Again avec le paradoxe ou l'oxymore visuelle ?
Quand j'analyse l'affiche - surtout maintenant que j'ai vu le film - je me dis que ça aurait dû être un signal fort, et que j'aurais dû passer mon chemin car elle envoie plusieurs signaux contradictoires révélateurs de l'oscillation perpétuel du film.

Problème n°2 : le sujet !
Amy, jeune femme moderne bien dans sa peau ne croit pas en la monogamie mais va tout remettre en question le jour où elle rencontre un mec bien.
...Là je vois un gros, gros problème de compréhension.
La monogamie n'a rien à voir avec le fait d'être ou non avec un mec (ou une femme) "bien".
La monogamie c'est un "régime juridique par lequel une personne ne peut avoir qu'un seul conjoint". En gros une relation exclusive tandis que la polygamie c'est un "état d'un homme ou d'une femme ayant plusieurs conjoints".
Dans le cas de Amy j'aime la définition botannique qui dit "caractère d'une plante qui porte à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles" car elle dégage autant de masculinité que de féminité et son personnage dit clairement qu'elle a eu des relations sexuelles avec des femmes comme des hommes.
Pour en revenir à la monogamie versus la polygamie, Amy n'a JAMAIS plusieurs conjoints. Elle couche à gauche et à droite et quand le film commence elle est plus ou moins en couple avec un homme qui ne lui convient pas mais qui est tout de même adorable. Donc le pitch du film est au final hors sujet. Car Amy connait déjà un mec bien mais ne se remet pas en question quand elle est avec lui, elle continue de voir d'autres hommes de manière purement sexuelle mais n'a pas plusieurs relations de couple. Elle ne croit pas en la relation de couple et l'arrivée de Aaron (Bill Hader) va bel et bien remettre ça en question mais pas parce que c'est un mec bien mais parce que c'est quelqu'un dont elle va tomber amoureuse.

Problème n°3 : le traitement du sujet

Je vais être brutal mais le film est inconsistant et tourne en rond. Les scènes, bonnes à l'unité s'accordent souvent mal dans l'ensemble et c'est bien dommage. C'est lent, c'est long, et si Appatow a le don de nous faire aimer des personnages pas forcément sympathiques là ce n'est pas le cas.
Traiter le personnage de Amy de "désastre" c'est y aller fort de café. Son véritable soucis serait plus son addiction à l'alcool et la drogue que sa conception des relations amoureuses/sexuelles. Mais sinon en quoi est-ce une catastrophe d'aimer son statut social, son job, de ne pas vouloir s'attacher à un seul homme ? En quoi c'est si horrible que ça de ne pas vouloir entrer dans les carcans de la société et surtout en quoi c'est bien de forcer les choses ?

Le film entre dans une psychologie de PMU dès le début par une scène humoristique où le père prône à ses deux enfants les joies de la polygamie à travers une métaphore hilarante. Plus tard Amy appliquera avec soin les leçons données par son père alors que sa jeune soeur fait parfaitement l'opposé. Et Trainwreck de parler du pouvoir des mots de nos parents, de la façon dont ils nous façonnent de manière insidieuses.
Si ce n'est pas gênant au début, cette psychologie de quartier périclite lorsqu'elle rencontre Aaron. Déjà il faut attendre un bon moment avec qu'il n'arrive mais surtout le film gratte à peine la surface. Amy est censée se remettre en question lorsqu'elle tombe amoureuse de lui mais le hic c'est qu'on ne la voit pas tomber amoureuse. Il y a une relation professionnelle qui évolue en quelque chose de plus et elle fait comme à son habitude. Amy garde une distance, érige un mur entre elle et les hommes de sa vie pour des raisons qui lui sont personnelles et ne sont jamais développées dans le film (encore une fois je trouve que le terme "trainwreck" est exagéré). Après c'est lui qui lui court après, il fait tout pour entrer dans sa vie, se montrer indispensable émotionnellement et ça, désolée mais ça me gène. Ce n'est pas de l'amour c'est de la force. Le film nous force à adhérer à cette relation, veut nous faire croire qu'elle est plus saine et bonne pour Amy que tout ce qu'elle a connu auparavant.
Appatow ne laisse pas d'espace à son héroïne ni de temps pour qu'elle évolue. Il prend un moment à nous la montrer heureuse et épanouie autant qu'elle puisse l'être tandis qu'elle enchaîne les relations sexuelles pour ensuite nous crier à la figure "NON EN FAIT ELLE ÉTAIT MALHEUREUSE ET INCOMPLÈTE !!!"
Oui peut-être mais ça fonctionne pas comme ça Mr Appatow. Les gens peuvent changer d'avis, de comportements suite à des rencontres, des relations mais ça prend du temps vous savez. À moins d'être un(e) adolescent(e) à la personnalité spongieuse (cf Thirteen de Catherine Hardwicke) on ne change pas du jour au lendemain.

À aucun moment je ne peux qualifier le comportement de Amy de "désastre" si ce n'est pour son évident problème avec l'alcool et la drogue. Sa non-envie de se lié émotionnellement est certes un soucis mais pas une catastrophe et le changement qui s'opère chez elle, cette révélation sort tout droit du cul arc-en-ciel d'un bisounours. C'est l'équivalent moderne de la princesse en détresse sauvée par l'amour sauf que, Amy n'avait pas besoin d'être sauvée. Elle n'est pas au bord du gouffre. Elle est certes quelques peu instables mais qui peut dire être 100% sûr de soi et de ses choix ?

Quelque soit le titre "Trainwreck" ou "Crazy Amy" c'est quoiqu'il en soit exagéré. Amy est une femme indépendante, avec ses problèmes et vouloir lui coller un homme à tout prix pour la faire tenir est une insulte pure et simple.

Est-ce que je vous ai dit que l'homme en question était blanc, plutôt beau gosse et riche ?
Oui Appatow croit encore aux contes de fées d'antan mais moi je ne crois pas en Appatow 2015.

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