Un Assayas en demi-teinte, trop dense et anti-spectaculaire d'un coté, mais aussi stylisé et intéres

Avis sur Cuban Network

Avatar Rémy Fiers
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Olivier Assayas est l’un des réalisateurs les plus passionnants et prolifiques du cinéma français. En premier lieu parce que c’est un cinéaste touche-à-tout mais aussi car il s’essaye régulièrement à faire tourner des stars internationales de tous azimuts et qu’il est doué pour aborder tous les genres à sa sauce, très indépendante et à la patte artistique très marquée. Mais il y a rarement de juste milieu, les films d’Assayas on les aime ou on les déteste et c’est souvent propre à chacun. On a adoré le mystérieux « Personal Shoper », le délicieusement méta « Sils Maria » ou le plus ancien « L’Heure d’été » et on a détesté le laborieux « Après mai » ou l’incompréhensible « Demonlover » qui parlait d’espionnage industriel et informatique.

Dans « Cuban Network » il est question d’espionnage également mais de faits réels et d’agents doubles durant la fin de la Guerre froide à Cuba. Le scénario est très dense, beaucoup trop, et si l’on en saisit les grandes lignes narratives, il est plus difficile de tout saisir dans le détail. Le réalisateur revient dans le même coin géographique que son « Carlos » mais doit condenser un propos complexe en moins de deux heures. Pas toujours facile, ni réussi. Mais le montage est tellement rythmé que l’on ne s’ennuie pas même si on est pas non plus passionné car il y a bien trop de personnages qu’on a pas forcément le temps de creuser. A l’inverse d’un film d’espionnage à l’américaine, « Cuban Network » est anti-spectaculaire à souhait, refusant toute scène d’action ou qui en mette plein la vue pour se focaliser sur l’intime. Un paradoxe étonnant entre le fond et la forme qui fonctionne plutôt bien, tout comme le fait d’être beaucoup plus ambigu sur le parti pris politique que bien des œuvres du genre ou sur le sujet. Des œuvres qui ont tendance à fatalement épouser la cause du camp américain. Ici, coproduction internationale oblige, le propos est bien plus nuancé et il n’y pas de point de vue clair, ce qui s’avère être ici plutôt une qualité.

Les acteurs sont excellents mais peinent à s’incarner et c’est surtout les personnages féminins qui sont mémorables. Pénélope Cruz est impeccable en épouse perdue tandis qu’Ana de Armas, dans un rôle pas facile à défendre et peu présent à l’écran, surprend et étonne en bien. Dans une réalisation stylisée, une forme très travaillée et flatteuse à l’œil ainsi qu’une reconstitution pas trop tape-à-l’œil, Assayas assure mais déçoit à véritablement passionner car rien n’est creusé vraiment. On l’impression d’une histoire aux multiples ramifications qui est juste survolée, trop centrée sur la sphère personnelle aux dépends du groupe et surtout pas assez axée sur les moments de tension. Il y a donc un côté décevant, « Cuban Netwok » manquant d’ampleur, de souffle, de liant et prenant trop de temps pour mettre ses enjeux réels en place. Pour un résultat s’avérant confus si on veut en saisir tous les tenants et aboutissants. Original, confirmant que son auteur s’accommode de tous les genres et sujets mais pas toujours convaincant, ce long-métrage ne laissera pas un souvenir impérissable. On attend sa prochaine incursion (la science-fiction comme Claire Denis avec « High Life » par exemple) avec impatience !

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