Parle à mon cul-de-sac, ma tête est en ballade

Avis sur Cul-de-sac

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Elle est étrange cette alchimie qui peut immédiatement nous lier d'affection pour un film.
Ou comment, en quelques plans, et dès les premières secondes, tomber sous le charme de ce "cul-de-sac".

Une voiture en panne. Deux malfrats en perdition. Celui qui pousse a un bras en écharpe.
Son compère arbore un visage ahurissant de drôlerie tant il semble pris de stupeur. Celui qui pousse va trouver refuge dans un château jonché sur un promontoire rocheux, laissant son complice à la merci de la marée. S'en suit un huis-clos loufoque.

Pour son troisième film, Roman Polanski continue d'expérimenter avec peu de moyens.
Alors, polar ? Comédie ? Drame ?
Autant le dire tout de suite: les rebondissements de ce qui aurait pu ressembler à un thriller ne sont pas ce qui compte ici. Seule prime l'atmosphère et les personnages. Et de ce point de vue, la réussite est indéniable.
Regardez les malfrats: celui qui pousse, c'est Lionel Stander, à la voix et au physique gargantuesque. Celui qui se voit englouti par l'eau montante, c'est Jack MacGowran, que l'on retrouvera peu après comme vieux prof farfelu dans le bal des vampires.
Le couple qui va les accueillir bien malgré eux est composé d'un Donald Pleasence ubuesque (maquillé et en nuisette, on est assez loin de Blomberg) et d'une Françoise Dorléac décidément si différente de son endive de soeur. Même maquillée comme un poireau, elle exhale un érotisme permanent qui contribue beaucoup à la réussite de certaines scènes.

Et question scène, il s'en trouve une particulièrement hallucinante en milieu de métrage. Un plan séquence de plus de sept minutes comprenant plusieurs pages de dialogues entre les deux mâles principaux de l'histoire, un avion qui passe à la seconde près, une Teresa qui part courir nue dans une mer du nord glaciale, le tout sous un coucher de soleil ne permettant que peu de prises. Un tour de force d'autant plus réussi qu'artistiquement très agréable.

Alors si vous voulez voir un enfant de quatre ans tirer au fusil vers des adultes, une voiture poussée dans un mètre d'eau, Donald Pleasence en fofolle excentrique ou en train de jongler avec des œufs, Françoise Dorléac courir nue sur une plage perdue et bien d'autres choses réjouissantes encore, n'hésitez pas une seconde.

Si ce film est un cul-de-sac, le sac en question est bien agréable à visiter.
Un sac de jolie fille. Une qui a un très joli cul.
Pouf pouf.

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