Douce odeur de Série B

Avis sur Cyborg

Avatar JéJé fait son Bagou
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Il y a d'abord eu l'effondrement de la civilisation, l'anarchie, le génocide, la famine. Puis quand il a semblé que les choses ne pouvaient pas empirer, nous avons eu la peste. La mort vivante, fermant rapidement son poing sur toute la planète. Ensuite, nous avons entendu les rumeurs selon lesquelles les derniers scientifiques travaillaient sur un remède qui mettrait fin à la peste et restaurerait le monde ... Le restaurer ? ... Pourquoi ?
J'aime la mort ... J'aime la misère ... C'EST CE MONDE QUE J'AIMEEEEE !!!!

Beaucoup d'entre nous ont regardé ce film plusieurs fois quand nous étions enfants et les souvenirs qu'il ramène sont incroyables. Aujourd'hui Cyborg est considéré par beaucoup comme une vulgaire daube, pourtant bien qu'il soit loin d'être parfait, j'estime qu'il ne mérite pas ce déluge de haine. C'est pourquoi avec cette critique je vais tenter de redorer cette production made in Cannon, qui n'est pas le meilleur travail de Jean-Claude Van Damme, mais s'avère être un exutoire digne d'intérêt.

Cyborg (1989) réalisé par Albert Pyun, est un film de science-fiction post apocalyptique de série B dans la plus pure mouvance du genre années 80. Mettant en avant un Jean-Claude Van Damme dans un univers clairement inspiré de Mad Max, réussissant tout de même à tirer son épingle du jeu pour se différencier de son mentor. L'histoire s'illustre par sa conduite simple mais efficace du bien contre le mal, avec un héros qui va devoir dépasser ses limites pour atteindre son objectif. L'intrigue est cohérente. Le récit avance très vite. On va droit dans le vif du sujet sans pour autant négliger la partie dramatique. Net et sans bavure.

On peut compter sur de nombreux touchants, tragiques, violents et efficaces flashbacks pour créer un lien étroit avec le héros du film représenté par Gibson. Avec ce rôle de passeur Van Damme incarne un personnage qui se démarque de sa filmographie. Il incarne un homme solitaire profondément traumatisé, qui pour se débarrasser des démons qui le tourmente va se jeter dans la gueule du diable pour le confronter. Une intense blessure provoquée par l'abominable et tyrannique Fender qui des années plus tôt, avec sa bande a tué sa femme, son fils adoptif, et a kidnappé sa fille adoptive, le laissant pour mort au fond d'un puits. L'antagoniste principal du film est incarné par Vincent Klyn dans le rôle de Fender, un chef de gang nomade qui aime ce monde de désolation et l'embrasse totalement. Avec son groupe ils déchainent les enfers partout où ils passent, semant désolation et destruction. Personne n'est épargné. Un véritable fléau synonyme de chaos. Une représentation du mal qui peut certes paraître caricatural, mais qui fonctionne très bien en posant une menace véritablement perceptible. Un mystère entretient ce méchant duquel on se demande s'il est bien un mortel ou un cyborg, chacun se fera son opinion dessus.

Le cyborg Pearl Prophet (Dayle Haddon) qui est celle au centre de l'histoire me paraît secondaire, même si elle représente le dernier espoir contre la peste. Pour affronter Fender, Gibson peut compter sur la comédienne Deborah Richter alias Nady Simmons, une belle rose qui pique qu'on a l'occasion de voir courir toute nue. Une femme coriace et bagarreuse qui apporte du relief au personnage de Van Damme qui est souvent dans le mutisme. En cela, la narration est excellente, il y a très peu de dialogue, tout passe avant tout par des regards et des gestuelles. C'est ingénieux, privilégié un coup d'oeil à un discours peut-être pertinent si bien fait, ce qui est le cas avec ce long-métrage. J'aime beaucoup les costumes des personnages, le style vestimentaire cyberpunk fonctionne très bien. Les détails sont présents, jusqu'au moindre grain de sable sur les vêtements.

Les décors sont un peu vides, néanmoins suffisamment marquant pour re-transcrirent un univers cohérent, qui certes ne livre que les grosses lignes à cause de sa courte durée de vie, mais tient quand même la route. Une terre du futur décimée par une violente peste qui a réduit à néant la société ainsi que ses habitants. Les survivants gravitent dans un monde brutal et en ruine où seuls les plus forts survivent. Il est plaisant de constater qu'à l'inverse de beaucoup d'autres films du genre, celui-ci possède encore un environnement avec une faune, ce qui pose une antithèse intéressante, entre la ville putride et dévastée synonyme de mort, et la campagne qui ""semble"" hors du temps car épargnée de cette folie. La transition entre la zone interdite et Atlanta est appréciable.

L'ambiance est d'une efficacité pesante avec ses nombreux cadres apocalyptique terriblement rustre et hostile, avec une constante ornementation de morts, de cadavres crucifiés et coupé en morceaux, allié à une musique très efficace. Kevin Bassinson signe une excellente bande originale, très variée aux tonalités très année 80 qui marque grandement le long-métrage. Les divers titres apportent du panache aux actions, de la gravité à la dramaturgie de certains personnages, une identité au mal, la désolation à ce monde... En bref de l'excellent boulot amenant une atmosphère terrifiante. D'ailleurs je possède l'album du film. La réalisation n'est pas non plus sans reste, proposant des filtres de couleurs intéressant avec des plans quelques fois intelligents, et une photographie soignée même si le manque de budget se fait ressentir.

ENFIN parlons des combats! Cyborg est une véritable mine en confrontation épique, avec une grande variété dans les bagarres. Beaucoup d'affrontement dans un cadre de course poursuite à pied endiablée. Les combats sont bourrins, peu de place à la technique, c'est barbare, et sa tape sec. Tout le monde se défoule, on a même droit à de bons fights femme vs femme. Combats aux corps-à-corps, aux couteaux, aux glaives, aux guns, tout y passe (n'oublions pas la lame intégrée à la chaussure de Gibson). Toujours dans une intense concentration de violence où les membres volent dans tous les sens, pas de pitié, pas de quartier, tous les coups sont permis. Certaines séquences sont tout bonnement culte, comme la fameuse scène dans les égouts où Jean-Claude Van Damme fait un grand écart à plus de deux mètres de haut et transperce de son glaive un ennemie passant en dessous de lui. Joli travail également lors de la poursuite dans les marais avec une confrontation mouvementée entre un Gibson au couteau contre un des hommes de Fender armé d'une lance.

Le combat final est épique, illustré dans une arène adaptée aux circonstances se passant de nuit les pieds dans l'eau sous une violente averse de pluie avec l’orage qui résonne autour. Ne reste plus que la rage de Gibson contre le tyrannique Fender. Torse nu et enragé les deux hommes se livre un intense combat à mort sous testostérone, où parer les coups est exclu, s'envoyant en pleine poire de grosses mandales à tour de rôle jusqu'à ce qu'il y en est un qui tombe. Un duel d'homme à homme, de conviction à conviction, un combat bourrin. Les seuls éléments qui pourraient peut-être déranger à la longue sont les hurlements incessant de Fender avec son grossier "AAAHEEEUUU", et la tête de crisper bouche ouverte qu'il fait lorsqu'il s'en prend une. À la base les cries constants des hommes de Fender sont une bonne idée, dans le sens où ils le font pour faire peur à leurs victimes et aussi pour donner leurs positions aux autres du groupe.

Je terminerais par la séquence la plus marquante du film, autant culte qu'épique, avec la crucifixion de Jean-Claude Van Damme qui se met à littéralement péter les plombs en repensant à la mort barbare de sa famille. Un grand moment très fort.

CONCLUSION :

Cyborg est un excellent film de série B s'illustrant par de bons personnages principaux, un bon méchant (très méchant), une super bande sonore, des environnements sympas qui s'intègrent parfaitement dans le cadre post-apocalyptique et une atmosphère terrifiante. Bien entendu ceci est contre-balancé par son petit budget et quelques petites fautes de goût. Néanmoins tout est réuni pour faire de ce film un divertissement accompli pour ce genre de production.

Pas mal pour un film écrit en 3 jours, tournée en seulement 23 avec un budget de seulement 500 000 dollars. Albert Pyun malgré ses petits moyens et le peu de temps impartit à fait un boulot très honnête. Nul doute qu'avec plus de temps et de finances on aurait eu droit à un gros film.

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