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Dallas Buyers Club par Sarah Lehu

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Près de dix ans après l'époustouflant C.R.A.Z.Y, le cinéaste canadien Jean-Marc Vallée signe avec Dallas Buyers Club très certainement l'un des plus beaux films de 2014.
Réalisé avec un petit budget et en seulement vingt-cinq jours notamment grâce au soutien sans faille de son acteur principal Matthew McConaughey (qui a aidé au financement du film, sacrifiant une partie se son salaire), Dallas Buyers Club, est l'histoire à la fois belle et tragique de Ron Woodroof, un Texan amateur de rodéo et de sexe, homophobe cela va de soi... un homme moyen et égoïste qui apprend qu'il est porteur du VIH. Il va alors par la force des choses et pour sa survie apprendre à se battre pour toute une communauté malade, réclamant le droit d'être traitée légalement et librement contre le virus du sida.

Alors bien sûr, dit comme ça, le film n'aurait pu être qu'un biopic sentimentaliste et dramatique seulement destiné à faire pleurer le spectateur durant deux heures.
C'est mal connaître Jean-Marc Vallée qui au travers de son personnage principal, Ron, un homme au franc-parler et bien décidé à ne pas se laisser faire par des médecins expérimentant de nouveaux médicaments, est le contre-pied du personnage pleurnichard.

Ainsi, si le sujet est grave et le parti pris politique assumé, le film s'autorise une légèreté rafraîchissante grâce à des dialogues justes et souvent drôles, s'appuyant toujours sur le couple incongru que forment Ron (Matthew McConaughey) et Rayon (Jared Leto), un travesti également atteint par le virus qui va l'aider à vendre les médicaments, les autres, pas ceux vendus par les lobbys pharmaceutiques.
Pas de chichi dans la mise en scène, une construction simple et efficace qui se base sur la chronologie des événements, qui amène forcément une intensité émotionnelle puisque nous voyons peu à peu les corps de nos deux compères changer, au fur et à mesure que la maladie prend le pas sur leur combat.

Finalement, le réalisateur tire son parti des trous budgétaires et se concentre sur l'essentiel : le jeu d'acteur. Matthew McConaughey et Jared Leto sont méconnaissables et jouent intensément leurs rôles. Et si le parcours de Ron Woodroof est celui d'une rédemption, celle-ci se fait en finesse, par des regards, des visages qui se transforment et qui peu à peu laissent deviner que Ron et Rayon partage quelque chose de fort, allant bien au-delà du business.

Jennifer Garner est là où on ne l'attendait pas, son jeu sobre et juste nous apprend beaucoup sur la personnalité de Ron et contribue à ne pas faire du film un portrait complètement à charge des médecins.
L'autre point fort du film ? Certainement le son. déjà très travaillé dans ses autres films, Jean-Marc Vallée prend ici le parti de traduire une partie des maux dont souffre Ron par le son, impliquant le spectateur dans la souffrance du personnage. Les musiques quant à elles contribuent à dynamiser le film et à rendre les séquences un peu clipées des différents voyages de Ron pour aller chercher les médicaments non répétitives.

Dallas Buyers Club, s'épargne le superflus et le pathos évident d'une telle histoire pour se concentrer sur le parcours d'un homme qui a la rage de vivre et de mourir comme il l'entend. Un portrait juste, et des acteurs époustouflants. Quel plaisir de revoir Jared Leto après quelques année de silence et quelle joie de voir Matthew McConaughey se faire une belle place dans le paysage cinématographique, allant toujours plus loin dans l'implication que demande ce type de rôle.

A voir absolument ! D'ailleurs j'y retourne...

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