Le Sacrifice d'une Chanteuse

Avis sur Dancer in the Dark

Avatar Jolan F.
Critique publiée par le

Lars Von Trier : Réalisateur danois et dépressif aux films à caractère psychanalytique/psychologique ancré dans un réel pessimiste.

Bjork : Chanteuse/productrice islandaise au style inclassable assez électronique, trip-hop, underground, ...

Un jour ces deux êtres se sont rencontrés, cela à fait une des explosions les plus fortes dans l'univers cinématographique du début des années 2000.
Un choc.
Une empreinte dans le domaine du film dramatique, dans la carrière du cinéaste mais aussi de la chanteuse.

Allez, encore un peu de contextualisation,
Von Trier était déjà relativement connu, il se fait remarquer avec "Element of Crime" et "Europa", tous deux étant passé à Cannes.
Mais il à surtout marqué la croisette avec le film de 1996 "Breaking The Waves" avec lequel il remporte le Grand Prix pour son histoire moralement et psychologiquement pesante. Ce film est aussi le premier de sa Trilogie Coeur d'or issue d'un conte qu'il a lu enfant, il présente des personnages simples qui restent purs dans des circonstances toujours tragiques. Ils sont tournés entièrement en caméra épaule, les deux autres sont "Les Idiots" (faisant partie du dogme) et qui se conclut avec le film dont nous parlons.

Il instaure avec Thomas Vinterberg un nouveau courant filmique qui va rapidement s'essouffler, le dogme 95 : Elle agit en réaction aux superproductions anglo-saxonnes qui utilisent de nombreux artifices et effets spéciaux, son but est de revenir à une sobriété visuelle plus expressive qui permet un plus grand réalisme cinématographique. Tout est en prise directe, peu de montages sonores, beaucoup d'improvisations, à la limite du documentaire.

En sachant tout cela nous pouvons enfin parler de l'oeuvre marquante de l'année 2000.

Et je ne parle pas d'un certain Requiem ...

Avec ce film, Lars sort des dogmes mais s'en inspire quand même largement, il conserve un style quasi-documentaire avec une caméra portée qui peut déstabiliser à certains moments tellement elle nous semble intrusive dans la vie des personnes que l'ont suit. On retrouve son style si marquant entre naturalisme et captation de la "réalité" et symbolisme avec ...

Je suis obligé d'en parler, même si je veux moins spoiler possible.

... Avec les scènes de comédies musicales qui dénotent de l'ensemble du film. La mise en scène n'est plus la même, elle est pourtant loin des clichés hollywoodiens de ce genre de film.
Grâce à plus de 100 caméras positionnées à des endroits stratégiques, ses scènes sont montés de façon à voir l'action sous-tout les points de vue. Cela crée l'aspect irréel et imaginaire de ce que vit la jeune femme pour s'échapper de ce monde si cruel et brutal.

Cette oeuvre nous parle d'une jeune femme vivant seule avec son enfant, elle essaye tant bien que mal de vivre une vie normale étant une immigré tchécoslovaque aux États-Unis. Elle aime les comédies musicales hollywoodiennes, elle est naïve mais d'une grande gentillesse.
Le problème, elle a une maladie grave qui va faire qu'elle va devenir aveugle. Elle a peur pour son fils qui pourrait hériter de ce problème. S'ensuivent de longues heures de souffrance, de "joie", de tristesse et ...

Beaucoup d' INJUSTICE.

Voilà pourquoi il m'a beaucoup touché, je hais l'injustice. C'est la chose la plus horrible qui soit. Elle est là, partout dans notre quotidien, qu'on la voit ou pas, elle existe et ça me dérange.
L'histoire est celle d'une jeune femme qui va voir sa vie s'écrouler pièce par pièce mais qui reste bloquée dans son petit monde et ne veut pas voir la réalité en face. Björk interprète une femme innocente, qui va devenir coupable pour enfin devenir la victime. Cette intolérable cruauté que présente Von Trier montre une critique acerbe de cette "justice" aveugle et dysfonctionnel.
Bjork est tout bonnement exceptionnel dans ce rôle, elle ne fera plus de cinéma par la suite ce qui est dommage vu ses talents. Il faut dire que Lars n'a pas arrêté de la maintenir dans un état mental instable pendant tout le tournage comme l'a fait Stanley Kubrick avec Shelley Duvall pour Shining, elle dira du tournage que c'était une expérience horrible et qu'elle aurait dû seulement faire la musique.

NON

Je reste si impassible dans cette critique, si analytique, je ne peux pas continuer comme ça !

Plus qu'un film, plus qu'une oeuvre, plus qu'un long métrage d'un dépressif détraqué.
C'est avant tout un choc cinématographique et émotionnel que procure ce film.
J'étais prêt, je connaissais le réalisateur, le casting, j’avançais en territoire connu et pourtant LVT m'a bien eu !

Une claque immense. Que dis-je ? Un énorme coup de poing qui brûle dans le ventre.
Je n'ai pu le noter après l'avoir vu, l'effet dépressif du long-métrage était encore trop présent.
J'ai fait quelque chose devant ce film que je fais que très rarement en général (au cinéma ou dans la vie quotidienne), j'ai pleuré.
Vraiment beaucoup, les larmes coulaient toutes seul. Je ne pouvais rien faire.
C'est tellement rare chez moi qu'il fallait que je le fasse remarquer. Je ne me rappelle plus la dernière fois où j'ai autant pleuré. Un enterrement ? Devant Requiem For A Dream ?

La réputation dramatique du film, j'étais aussi informé : " J'ai jamais autant pleuré que devant Dancer in the Dark", " D'une tristesse incroyable" "Des émotions intenses et inattendues", ...
Nous connaissons ce genre de ''critique", elles était semblables pour La La Land, si vous trouvez cela vraiment triste et que vous avez pleurer devant ce film. Vous n'êtes pas prêt au déluge qu'est Dancer in the Dark, ces critiques sont fondés cette fois ci.

Le film commence, je vais bien. Je suis le parcours de Selma, elle a une existence difficile mais bon c'est comme ça la vie. Puis certains éléments me font tiquer, pourquoi ce personnage fait ça ? Pourquoi il se passe telle chose ou pourquoi cette personne est méchante avec elle ?
Et précisément au bout d'1h10, le moment où tu comprends l'univers du film et vois une lumière au bout du tunnel. Le film t'emmerde et te met un sale coup dans le visage qui te fait trembler et restera marqué sur ton pauvre corps misérable.

Tu as mal, tu sens un destin tragique se dessiner pour cette pauvre femme pour qui tu as tant de compassion. Tu te sens comme un ami ou un amoureux, tu veux que sa vie soit bonne et sereine.
Mais la vie est une pute. Comme dans tous les films de Lars Von Trier, la vie te fait pas de cadeaux et aime bien faire chier.

Au bout d'un moment tu vas mieux, tu te remets de tes émotions, tu sais à quoi te préparer. La fin est inévitable et tu te prépares au pire. Mais tu n'es toujours pas prêt, ça tu ne le sais pas. Tu vas t'en prendre pleine la gueule et même en sachant l'histoire de A à Z, tu vas crier, tu vas souffrir, tu vas pleurer oh oui tu vas pleurer !

Le film va se terminer, tu seras par terre, ton cœur brisé en milliers de morceaux, tu vas rester mutique devant une telle violence viscérale et psychologique. Tes larmes recouvriront ton visage où se trouve ta bouche, grande ouverte, le choc tellement grand.
Tu y repenseras, tu te rappelleras de certains moments avec une tristesse latente.

Tu ne pourras plus voir le film. Tu ne voudras plus le voir. Peut-être un jour tu le reverras, mais avant cela il faudra faire passer ce que tu viens de voir avec beaucoup d'amours et de joie, j’espère que tu en trouveras !

Une danse dans le noir.
Un cri dans ta mémoire.
Un chant dans le désespoir.

En fait, c'est cela Dancer in the Dark.

Un sacrifice d'une âme pure et insouciante, jeune, jolie, gentille, attentionnée devant une justice injuste, cruelle, horrible, diabolique ou tout simplement humaine.

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