De l'ombre ressortira la lumière

Avis sur Dark Waters

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Faire un film sur une affaire sociale pose éminemment plusieurs difficultés auquel le réalisateur doit faire face pour attiser l’œil du spectateur, qu’il soit familier ou non avec l’histoire. Celui-ci en produisant une œuvre cinématographique doit avoir en tête des idées artistique particulières afin d’apporter une plus-value à l’histoire en la filmant, faire ressentir des choses qui permettront non seulement aux spectateurs d’en apprendre davantage sur l’affaire en question, mais également à s’identifier aux protagonistes ressentir leurs émotions. Le nouveau film de Todd Haynes ne connaît ainsi pas vraiment un succès total par plusieurs aspects, dans cette histoire vraie qui suit l’avocat Robert Bilott d’un influent cabinet qui se charge de défendre un fermier victime d’empoisonnement d’une usine de produit chimique DuPont, qu’il a l’habitude au contraire de défendre, décimant la plupart de ses bêtes et dégradant aussi son propre état de santé. En effet malgré plusieurs aspects intéressants notamment au début du film, le récit donne plus l’impression de pouvoir être lu sans la nécessité d’être vu, ce qui pose évidemment plusieurs problèmes tout au long du récit.

On peut cependant noter une mise en scène assez intéressante au début par le contraste dans un premier temps entre bureaux de Cincinnati et campagne de la Virginie, qui met en place le propos du film par la déconnection totale entre les deux mondes. D’un côté les bureaucrates sous une lumière jaune et chaleureuse qui contraste au temps très gris et boueux de la campagne Virginienne, avec seul Robert comme intermédiaire entre les deux. En revanche tout ça s’estompe au fur et à mesure de l’histoire où la mise en scène ne parvient pas à se réinventer, étant donné qu’à présent tout se joue entre tribunal, réunion et quelques scènes familiale, l’académisme de ce qui est montré devient quelque peu redondant et les maigres tentatives de se démarquer par des effets visuels ne parviennent pas vraiment à nous toucher personnellement autrement que par les faits en eux-mêmes. Le récit ne fonctionne au final que par le fait de suivre tout du long le même personnage, à qui on s’identifie par la performance très impressionnante de Mark Ruffalo qui de par ses mimiques et la subtilité de son jeu donne de la consistance à son rôle, en oubliant ainsi parfois les personnages secondaires peu développés.

Le film a ainsi le mérite de vouloir s’attarder sur le principal, de toujours garder et expliquer les éléments importants de l’histoire sans s’égare, tout en donnant des éléments techniques importants qui nous garde attentif sans jamais vraiment nous perdre. Le montage très rythmé de manière à garder l’attention et la concentration du spectateur est réussi d’autant que l’on comprend globalement tout, ce qui est assez compliqué pour de telles affaires au langage très technique. Alors le réalisateur pour envenimer le récit procède à quelques artifices cinématographiques afin de montrer toute la détresse des personnages face au drame qu’ils sont en train découvrir mais, encore une fois aucune cohérence général entre les différentes thématiques n’est créé. Le lien familial du héros est en effet très superficiel, on n’apprend rien des enfants et guerre plus de la mère, le dilemme d’attaquer une usine qui emploi beaucoup chez la classe ouvrière locale n’est abordée que par un simple ralentit, sans compter le manque criant de consistance du personnage interpréter par Tim Robbins qui n’apporte littéralement aucun dynamisme à l’histoire.

On observe ici plus un film de directeur de la photographie qui par la texture qu’il met à son image en dis plus que tout le reste. Le chef opérateur de Virgin Suicides notamment se démarque du conformisme au genre de Todd Haynes, tout est expliqué comme par une simple lecture d’un article de journal et où les cartons en bas de l’image pour à chaque fois situer le temps et l’action symbolisent son manque d’imagination. Ainsi des films comme Pentagone Papers ou encore Spotlight, avec ce même acteur principal d’ailleurs, sont beaucoup plus réussis dans leur approche de l’histoire vers le cinéma, où là avec Dark Water, le visuel filmique apporte plus qu’une simple lecture des faits, puisqu’ici, c’est plus l’incroyable et l’inimaginable qui nous captive, l’histoire elle seul nous est intéressante par ses évènements déjà produits, mais le film en lui-même par sa mise en scène ne nous émeut pas.

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