Film d'investigation classique et efficace au constat édifiant même si la patte de son auteur est ab

Avis sur Dark Waters

Avatar Rémy Fiers
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Un scandale sanitaire, des citoyens lésés et un groupe industriel spécialisé en produits chimiques sont au centre de ce film d’investigation soigné et édifiant qui rentre dans la plus pure tradition du David contre Goliath incarné en film. On pense aux récents et très réussis « Spotlight » et « Pentagon Papers » mais, au vu de la teneur de l’affaire avec un empoisonnement d’une population par l’eau, c’est bien sûr vers « Erin Brockovich » que notre esprit se tourne en premier lieu. Si « Dark Waters » n’a pas la fougue et le côté original de ce dernier, il s’en approche qualitativement. On est cependant étonné de voir un metteur en scène tel que Todd Haynes à la barre d’un long-métrage abordant un sujet et un genre comme celui du film d’enquête à charge, lui qui est plus habitués aux somptueux mélodrames à l’ancienne comme « Carol » ou « Loin du Paradis ». D’ailleurs, s’il n’est pas manchot dans sa mise en scène ici, il n’atteint pas le sublime de ses derniers films et son style habituel semble totalement absent, comme effacé par le sujet.

L’image terne et les tons froids alternant les bleus glacés et les verts d’eau collent parfaitement au propos mais on sent l’artiste qu’est Haynes se ranger formellement derrière son histoire et ne pas tenter d’y imposer son style. C’est un peu dommage mais cela n’empêche pas le film d’être prenant et réussi en dépit de sa forme et de son déroulé, tous deux classiques et attendus. Cette histoire vraie met en exergue la notion d’héroïsme et de courage et il est admirable de voir comment cet avocat s’est battu au détriment de sa famille pour faire obtenir gain de cause aux habitants de Parkersburg. L’abnégation de Mark Ruffalo dans le rôle est exemplaire et on sent son investissement dans ce projet duquel il est également producteur. A contrario, hormis une ou deux scènes, le rôle d’Anne Hathaway en épouse compatissante mais délaissée est ingrat et il est étonnant qu’elle l’ait accepté, celle-ci n’ayant ici pas grand-chose à défendre. En effet, le scénario se concentrant peu sur les conséquences néfastes de cette bataille sur la famille de l’avocat, cela restant très satellite à l’aspect central et l’enquête.

Cette affaire tentaculaire et complexe est toutefois parfaitement vulgarisée ici et la manière dont elle est présentée pour les spectateurs est, dans les grandes lignes, exemplaire. Pour ce genre de sujet à priori pas très agréable et facile d’accès c’est tout à fait admirable. Le récit nous captive durant les deux heures même si les preuves recherchées par cet avocat se résument à une enquête sur de la paperasserie, des échanges entre personnes de droit et des joutes de tribunaux. Haynes se concentre à l’essentiel et parvient à rendre ce type de séquences peu avenantes plutôt passionnantes, c’est une gageure. Quant à la charge contre l’entreprise Du Pont et tout ce qu’elle représente, elle a le bon goût d’être fine et bien amenée. Les révélations de l’enquête et les encarts explicatifs de la fin se suffisant à eux-mêmes. « Dark Waters », en plus d’être un divertissement (certes sérieux) et d’être divertissant, se mue alors également en film nécessaire qui fait réfléchir et bouger les consciences. Le genre de chose qui est ces temps de crise incertains et opaques n’est pas de refus pour réveiller les populations.

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