Orange Ô Désespoir

Avis sur Darkest Minds : Rébellion

Avatar Mike Öpuvty
Critique publiée par le

Issue tout droit de l'animation ( Kung Fu Panda 2 et 3 ), Jennifer Yuh Nelson se voit confier les rennes d'un film live. D'autres avant elle s'y sont essayé avec plus ou moins de bonheur : Andrew Stanton a fait John Carter sympathique Serial à l'ancienne mais sans succès commercial. Brad Bird a réalisé Mission : Impossible 4, franc succès de la saga, puis Tomorrowland, un projet-fétiche qui s'est viandé au box-office. Tous deux ont retrouvé le confort de l'animation dans les mois qui ont suivi...

Du coup, pour s'assurer un succès instantané, Jennifer jette son dévolu sur The Darkest Minds, la cent-millième adaptation d'un roman pour jeunot à la con. Le marché est saturé de ce genre de saletés qui ont fait la gloire de nombreuses jeunes stars, et d'ailleurs à la tête du casting on retrouve Amandla Stenberg, la jeune Rue du premier Hunger Games.

Pour finir, l'affiche scande fièrement "Par les producteurs de Stranger Things et Arrival" deux gros ratages de la SF moderne, merci les gars.

Alors n'entretenons plus de suspense suranné : The Darkest Minds est une merde de tous les instants. Il n'y a pas un pixel d'original à l'écran, tout semble balisé, vu et revu, prévisible dans les moindres détails même pour ceux qui n'ont pas vu la bande-annonce, qui va jusqu'à montrer LA DERNIÈRE SCENE DU FILM !

Nous avons donc, pour la cent-millième fois, un monde qui va mal pour des raisons totalement arbitraires et incohérentes : 90% de la population enfantine est morte horriblement, les survivants ont des super-pouvoirs classés par couleur. Oui, c'est encore un film avec des factions et une métaphore bidon de se trouver-soi-même...
Les Verts sont hyper-intelligents. Or on sait tous qu'un scénariste débile ne peut écrire un personnage plus intelligent que lui-même donc ne vous attendez pas à des prouesses de dingue. Ils sont considérés comme non-dangereux et par conséquent enfermés dans des camps à lacer des chaussures. Histoire de bien exploiter leur intelligence légendaire !
Les Bleus font de la télékinésie avec du vent, des arbres des tronçons de route, des bennes à ordure, des twinkies... Jesus et ses pains peut aller se rhabiller ! Ils sont considérés comme marginalement inoffensifs et sont enfermés dans des camps.
Les Ors manipulent l'électricité, voire à certaines occasions créent de l'électricité de toutes pièces. On les appelle "Or" parce que la seule représentante de cette catégorie est asiatique, et que ça serait malvenu de l'appeler "Jaune". Ils sont considérés comme potentiellement dangereux et sont enfermés dans des camps. Où y'a toujours plein d'électricité partout en permanence.
Les Oranges peuvent ( si vous lisez ce texte à voir haute, prenez une grande inspiration, faîtes-moi confiance ) : Lire dans les pensées des gens, voir les rêves des gens, voir le passé des gens, effacer des souvenirs dans le passé des gens, imposer leur volonté aux gens pour qu'ils se tirent une balle dans la tête, ou aillent marcher sans s'arrêter comme dans X-Men Origins : Wolverine, envoyer des pensées dans la tête des gens et pour finir décider de les violer, juste comme ça pour faire méchant. Ils sont considérés comme dangereux, donc à tuer sur place.
Les Rouges, eeeuh je sais pas trop quoi dire... Ce sont des bêtes sauvages dépourvues de toute humanité, qui crachent exactement les mêmes flammes que Guy Pearce dans Iron Man 3. Ils sont par conséquent conservés dans des camps, avec juste une cagoule sur la tête. De temps en temps on les lâche pour tuer des gens car une balle dans le crâne c'est trop clément.

Et donc dans ce petit monde, Ruby est... Orange. Avec un nom pareil, c'est ballot.
Bref, le soir de son dixième anniversaire, alors que la population est en grave danger d'extinction et que le fascisme médical s'impose, ses parents lui offrent un porte-clef en rigolant, haha ma fille quelle belle vie s'offre à toi, sans déconner... Et le soir elle va dans leur chambre pépère, ils dorment en cuillère ( mais QUI dort comme ça !? ) et elle touche le bras de sa maman et par accident elle lui efface tout souvenir d'elle ! Le lendemain, contre toute preuve empirique qu'elle a une fille, comme par exemple une chambre de fille, des photos de famille, un état civil... La mère la dénonce aux autorités qui l'emmènent séance tenante.
Le gag c'est qu'à ma connaissance elle a pas touché le bras de son père, qui du coup est parfaitement au courant qu'il a une fille et va avoir toutes les peines du monde à discuter avec sa femme pendant quelques jours, au moins.
- Mais enfin, si ! On a une fille, elle s'appelle Ruby. Regarde cette photo !
- Ah je me souviens de cette fois où on était tous les deux à Disneyland et qu'on prenait des tas de photos d'enfants sur des manèges, mais y'avait pas notre fille vu qu'on n'en a pas.
- C'était son anniversaire hier, on lui a offert un porte-clef !
- Oui, je me souviens quand on était dans cette chambre de fille qu'on entretient mystérieusement dans la maison depuis dix ans et que tu tendais un porte-clef dans le vide... Qu'est-ce que tu peux être bizarre...

Bref, Ruby découvre la vie des camps, où elle a tôt fait de se faire passer pour une Verte à la faveur de mesures de sécurités absolument inexistantes lors du protocole d'identification des couleurs. Les années passent, elle fait des lacets, et un beau jour on la sort de là, parce que bon, faut lancer une intrigue quand même. Mandy Moore, autre transfuge du cinéma d'animation ( Raiponce ) concocte un plan d'évasion qui ferait pâlir Sylvester Stallone de jalousie : elle prend une voiture et sort par la porte ! Le truc de ouf, personne n'y a pensé... Bon elle se fait gauler en moins de deux, évidemment... HEUREUSEMENT que Ruby peut contrôler les gens sinon c'était baisé.

Alors c'est là que ça se complique : Mandy Moore propose à Ruby d'intégrer un camp. Ça parait couillon, comme ça, mais son camp à elle il est mieux, parce qu'on apprend à péter des gueules plutôt que faire des lacets. Mais sinon, c'est tout pareil, c'est un camp. Alors Ruby fuit avec les premiers parias de passage et, vous allez sans doute pas me croire, mais eux ils fuient les camps de l'Administration Américaine, ils fuient les camps de Mandy Moore, car ils veulent intégrer... Un camp !
Mais un autre camp, quoi. C'est un camp où il y a des gardes armés avec des rondes, et pas le droit de sortir, mais sinon il est au bord d'un lac et on y apprend la culture des poivrons, ce qui est un gros progrès par rapport à faire des lacets et péter des gueules.

Pour que le film dure plus longtemps, y'a un peu de mystère autour du camp qu'ils cherchent, mais ils croisent fortuitement des sosies malveillants de Ron, Harry, Hermione et Neville qui leur donnent un indice bidon, à leurs corps défendant, pour le trouver.
Le trajet est évidemment le théâtre d'une romance sirupeuse entre Ruby et Liam, le leader Bleu des parias... D'une tension sexuelle si épaisse qu'un malaise durable traversera chaque spectateur jusqu'au générique de fin. Rien sur cette terre ne saurait préparer votre échine aux spasmes nerveux qui la secoueront. Au passage je tiens à saluer le talent et la force d'abnégation d'Harris Dickinson, qui écope de répliques qui égalent en mièvrerie toute la carrière de Francis Cabrel réunie !

Quand lors du climax du film il invente une histoire alternative de leur rencontre avant de se faire enlever la mémoire par un long baiser ( odieusement pompé sur Superman II ) l'acteur donne toute ce qu'il a, il y croit, il est à fond dedans, je sais pas comment Harris a pu aller au bout de la scène, vraiment c'est un monstre du jeu d'acteur. Je veux dire, y'a Laurence Olivier, Marlon Brando et puis lui !
Du coup il repart avec de curieux souvenirs, comme la fois où parlait à une serviette dans la salle de bains, ou celle où il est resté seul dans un champ à essayer d'embrasser du vent, ou encore cette soirée honteuse où il dansait tout seul comme un con... Mais, sans grande surprise, il a avec lui le fameux porte-clef donc l'espoir est permis !
Ruby quant à elle accepte de devenir une leadeuse charismatique du camp de Mandy Moore et se tartine la gueule d'orange avant de lever la main au ciel, comme le font les meilleurs leaders charismatiques !

Fort heureusement, le film a rapporté 12 pauvres millions de dollars sur un budget de 34, ce qui, espérons-le tuera dans l'œuf toute velléité de pondre une suite ! D'après IMDb, Jennifer Yuh Nelson a pour projet de faire un remake de A Bittersweet Life. Tremblez, pauvres échines !

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 890 fois
6 apprécient · 1 n'apprécie pas

Mike Öpuvty a ajouté ce film à 2 listes Darkest Minds : Rébellion

  • Films
    Cover 2018 - FLOP 10

    2018 - FLOP 10

    Avec : Gueule d'ange, Darkest Minds : Rébellion, Les Mauvais Esprits, Rester vivant : Méthode,

  • Films
    Affiche We Need to Talk About Kevin

    FLOP 30 des années 2010

    Avec : We Need to Talk About Kevin, Chappie, Pourquoi j'ai pas mangé mon père, The Revenant,

Autres actions de Mike Öpuvty Darkest Minds : Rébellion