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So long, David

Avis sur David Lynch : The Art Life

Avatar Neeco
Critique publiée par le

David Lynch est un monstre sacré du cinéma. Un artiste prolifique, passionnant et mystérieux. Au travers de ses films, Lynch fascine. Il propose ses tripes servies sur un plateau d’argent, l’art à l’état pur. Alors quand un film documentaire prend pour titre « David Lynch, The Art Life », toi tu penses que tu vas pouvoir les prendre à pleine mains ces viscères. Les triturer dans tous les sens, les goûter, les léchouiller pour trouver la source de cette œuvre d’esthète malade. Bien sûr, comme de juste, nulle réponse à cette question, autre que le goût amer des sucs digestifs sur ta langue rose et fraîche.

Dans ce documentaire, j’ai vu beaucoup de David Lynch mais très peu de Art Life. Pourtant j’étais déterminé. Installé dans mon canapé, j’ai aligné les cadavres de Pelforth (ouais bon, j’ai pas trop d’thunes…) sur la table basse en décortiquant le bouzin, toujours plus assoiffé. Le générique vient lécher la dernière image bien trop tôt, je n’ai pas eu le temps de trouver de définition satisfaisante à cette « Art Life », cette vie faite d’art. Qu’est-ce donc, donnez-moi du sens bordel, ne me laissez pas en plan alors que le houblon commence à peine à chatouiller mon hémisphère gauche !

C’est terminé. Je passe en revue certaines scènes que j’ai gardées en mémoire, comme quand tu continues de frotter ta voiture avec la brosse pleine de mousse alors que le jeton est fini depuis longtemps, juste quelques secondes.

Fort heureusement, l’esprit émoussé et moussé, j’ai fini par divaguer au cours du film dans ce qui m’a semblé judicieux de caractériser comme étant ma propre définition de The Art Life. N’étant moi-même pas un artiste, je préfère comprendre le concept de Art Life comme une vie faite d’aspirations artistiques, de l’art consommé à défaut d’être créé en quelque sorte.
J’ai d’ailleurs pensé à vous, puisque depuis quelques temps en parcourant l’immense corps chaud et moribond du sacro-saint site officiel de la culture mondial, je me pose beaucoup de questions sur mon intérêt pour les formes d’art en général et pour le cinéma en particulier. Ce dernier étant plus quantifiable qu’une chaude après-midi passée à admirer des œuvres sombres dans un musée climatisé, j’ai cherché au fond de mon petit cœur quel était mon rapport au cinéma. De là, j’ai d’abord dû me demander ce qui définissait la cinéphilie. Est-ce une question de quantité ? Je ne le pense pas, et le temps passé sur SensCritique me conforte dans cette opinion tant le rapport au nombre est trop souvent (mais pas toujours cela va sans dire) une question d’ego plus que de passion et d’abnégation artistique. Tout le monde peut passer 2h devant un film. Mais ça demande un investissement intellectuel, une démarche personnelle pour réussir à sortir quelque chose de l’œuvre, à la contextualiser, la nuancer et la digérer. Ça demande de la rigueur, du travail de documentation et par-dessus tout une humilité absolue.

Cette humilité dans son rapport au cinéma est quelque chose qui me semble fondamental. Le cinéma est un art populaire, il permet même une socialisation dans ses rapports à autrui. Ce qui tue le cinéma, ce n’est pas la multitude qui va voir le dernier Marvel pour se détendre, passer un moment dans une salle confortable et climatisée. Ce qui tue le cinéma c’est le pédantisme forcené, c’est cette course au visionnage qui te colle tellement aux films que tu vois que tu ne peux plus prendre le recul pour le digérer, c’est quand tu ne prends plus le temps de discuter des films autour, disons, d’une mousse post-séance sous prétexte que les autres n’ont pas le bagage et ne comprenne rien au cinéma.

Je crois que j’ai une piste. La cinéphilie serait plutôt un rapport d’honnêteté vis-à-vis d’une œuvre. J’entends honnêteté dans une acception très large. Il faut nécessairement se renseigner sur le film, son contexte et son auteur pour pouvoir en toute conscience savoir si on apprécie ou pas un film. Il faut se délester de son éducation, ses idées reçues, ses certitudes sur le monde pour accepter une œuvre d’art avec toute l’ouverture d’esprit qu’elle mérite. Il faut, enfin et surtout, être en mesure de partager et transmettre les enseignements et les idées qu’on a extrait d’une œuvre pour que l’art puisse pleinement devenir le propre de l’homme et lui survivre.

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