Entre Hésitation et Assurance...

Avis sur De Gaulle

Avatar Raphaële Martinat
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Charles et Yvonne de Gaulle vivent de très près les événements de 1940 et agissent du mieux qu’ils le peuvent dans cet univers glaçant et incertain alors que la Seconde Guerre Mondiale, à peine commencée, prend une tournure définitive. Il leur faudra toute leur volonté pour réussir, l’un à sauver la France, l’autre à protéger leurs enfants et à retrouver son mari…

Commençons par une petite anecdote, voulez-vous : le 18 juin 1940, une gamine du nom de Françoise essaye maladroitement de capter la radio anglaise, tandis que sa famille est partie faire une balade, après plusieurs jours d’agitation et de fuite. Soudain, elle entend à la radio un certain de Gaulle parler. Comme ce nom lui est familier (le frère du général était un collègue de son père, qui l’avait remplacé sur une mission), elle s’arrête et écoute. Elle a treize ans, presque quatorze, donc elle ne comprend pas tout mais saisit quand même que le monsieur n’est pas en train de parler de météo. Au retour de ses parents, elle s’exclama alors « y’a un certain général de Gaulle qui dit que la France n’est pas finie et qui appelle à la continuation des combats ». Comme cela semblait important, son père s’exclama qu’ils réécouteraient la BBC le lendemain pour voir ce que ce général avait d’important à dire. Ça peut sembler ridicule ce que je vais vous dire mais le père de Françoise croyait dès 40 que rappeler Pétain était une bêtise sans nom. Aussi, ce de Gaulle leur était tombé du ciel tel un petit miracle. Françoise était ma grand’mère et fut donc, par essence, l’une des rares à avoir entendu l’Appel du 18 juin, le 18 (et non le 19 comme la majorité des français) et donc à être l’une de ceux qui firent le bouche-à-oreille qui aida le général à être entendu.
Autant vous dire que, lorsque j’ai appris qu’il y avait un film qui retraçait l’Appel du 18 Juin qui allait sortir, je me suis dit qu’ils avaient intérêt à ne pas louper ce moment… surtout que ma grand’mère est morte, il y a un petit mois.
Et, dans l’ensemble, le pari est réussi. On replonge bien au cœur de la Débâcle, sublimé par une très belle photographie et une mise en scène qui se veut à la fois sobre, grave et téméraire, quand il faut souligner la gravité des événements ou les gros risques que de Gaulle prend pour… pour quoi ? Parce que, si nous connaissons aujourd’hui le déroulé de l’histoire et que nous voyons l’Appel comme un événement aux conséquences positives (le début de la résistance française, pas rien, quoi !), le film arrive à bien nous rappeler tout le doute et l’incertitude qui pouvaient envahir de Gaulle en juin 40.
Le film est donc un combat perpétuel entre l’hésitation et l’assurance, empêchant les personnages de s’effondrer, de douter ou de seulement savoir s’ils ont pris une simple bonne décision. En cela, il était donc important de montrer aussi bien le mari que la femme car Yvonne a aussi eu un parcours du combattant, qu’elle a dû gérer seule, avec sa fille trisomique et sa bonne, sous les bras. Rejointe par ses aînés, Yvonne décide finalement de se réfugier à Brest, alors que rien n’indique que ce soit la bonne solution. De là, comme guidée par le pressentiment que son mari a besoin d’elle, elle prend le dernier bateau qui quitte Brest, sans savoir où Charles se trouve, ou tout simplement où le navire les emmène. Finalement réunis, c’est ensemble qu’ils vont affronter la guerre et que de Gaulle va former son image.
Si l’histoire est forte et bien maîtrisée, je me suis posée une question durant tout le film : est-ce que je suis émue parce que j’ai naturellement de l’affection pour les de Gaulle ou est-ce que la réalisation (et la musique, grave mais discrète) m’apporte vraiment des émotions ? Et je n’ai toujours pas la réponse. Le problème vient que ce n’est pas que les personnages qui oscillent entre hésitation et assurance… c’est aussi le film. La première demi-heure ne sait pas sur quel ton jongler. On commence avec… Charles et Yvonne qui se roulent un patin au matin (aouch, les gars, s’il y a un truc que je ne veux PAS voir de leur amour, c’est quand ils se faisaient des mamours) ! Puis, on enchaîne sur une scène à l’église, une balade en famille et un repas dominical où on fête l’anniversaire d’Elizabeth (la seconde des de Gaulle) en avance… le rapport ? Je ne sais pas. Peut-être montrer ce qui définit le général au début de la guerre. Mais, du coup, on ne sait jamais sur quel ton le prendre… et puis, il y a aussi les sous-titres, qui ont dû être rajoutés en post-prod, lorsqu’on s’est rendu compte que le spectateur risquait d’être perdu dans la timeline… sauf que, du coup, avec le montage, on a l’impression que deux ou trois jours se passent à chaque fois alors que, effectivement, entre le 15 et le 19 juin, ça bougeait tellement que c’est à se demander si les protagonistes prenaient seulement le temps de faire une sieste. Le résultat est qu’avant la superbe scène de la décision de partir en Angleterre et du premier message de la radio, on s’emmerde avec le film. On ne reconnaît les personnages historiques impliqués que lorsqu’on les nomme (Pétain était vraiment présent au gouvernement avant le 17 ?), sinon leurs physiques nous disent quelque chose dans le meilleur des cas (à savoir, si vous connaissez bien cette période historique). Quant aux dialogues, ils sont généralement pourris car trop pompeux (faussement pompeux, car une vieille dame dit au moins une fois « au final », expression contemporaine hyper moche que personne ne devait dire à l’époque) et je me suis même demandée si les acteurs qui jouaient des anglais étaient bien anglais ou juste très bons pour faire des accents corrects (j’ai eu un sérieux doute sur celui qui joue Churchill qui, en plus d’être un mauvais sosie, est compréhensible quand il parle en anglais -un comble !). Heureusement, la performance de Lambert Wilson sauve le tout et on est vraiment pris dans l’action à partir du moment où le général prend la décision de « déserter » la France pour poursuivre la lutte.
Mais, avec toujours la question : est-ce que c’est un bon film parce qu’il réussit à nous émouvoir ou parce que nous sommes naturellement pris d’affection pour les protagonistes ?
PS : pourquoi centrer l’histoire sur Anne aussi ? Je comprends l’intérêt de souligner l’handicap de la fille de Gaulle trop longtemps restée à l’ombre, par protection et amour. En plus, ça permet de montrer toute la difficulté d’Yvonne pour fuir la France mais… pourquoi les flash-backs ? Ils n’apportent rien à l’histoire, autre que de montrer la difficulté des parents, depuis la naissance de leur fille, à s’occuper d’elle. Pire, ils gâchent l’histoire puisque, là où elle était censée se focaliser sur le combat et le sacrifice qu’entreprend le couple de Gaulle au début de la guerre, les flash-backs mettent Anne sur un pied d’égalité avec ses parents… bien que le film ne la traitera jamais comment il traite ses parents. Donc, ok de montrer la trisomie de la fille (parce que diversité dans le cinéma, parlait de celle dont on parlait le moins, ajouter un côté dramatique supplémentaire au combat d’Yvonne, etc.) mais… pas ok que cette partie de l’intrigue gâche le message du film qui porte sur le doute et la volonté du couple de faire face aux épreuves.

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